[CRITIQUE] Difret

Honneur aux femmes ! 

Dans une Ethiopie des années 90,  encore malmenée par des traditions et des pratiques qu’on jugerait aujourd’hui barbares, une lueur d’espoir, de progrès se dessine pourtant ; ce que porte en lui-même le premier long métrage de Zeresenay Berhane Mehari : Difret.

Difret résulte manifestement d’un projet ambitieux de Zeresenay. Le film prend des allures de docu-fiction en confrontant une enquête, une contestation des traditions à une esthétique typique des westerns des années 60 (duels, courses poursuites…). Honneur au cinéma africain qui se hisse lentement mais sûrement vers une  renommée internationale à la hauteur des géants américains et européens. Honneur aux femmes, ces « créatures » considérées comme étant fragiles, sensibles mais qui sont pourtant fortes et courageuses. Honneur à l’humain, à sa dignité, à sa vie qui prévalent et qui se doivent d’être préservées. Un homicide pourrait se justifier par la légitime défense. Néanmoins lorsqu’une femme en est l’auteur, l’acte serait injustifiable. Le réalisateur pointe la domination d’une justice régie par la loi du talion, l’analphabétisme chez les femmes, le mariage forcé des jeunes filles à peine pubères, l’enlèvement prénuptial, la violence conjugale subie par les femmes.

Contre ces pratiques bestiales qui dévalorisent les femmes, Zeresenay ne manque pas de mettre en scène l’existence d’une association d’avocates qui manœuvre en faveur des droits et des libertés des femmes. Le personnage de Meron Getnet (Meaza) est l’avocate en charge de l’affaire de la jeune fille accusée de meurtre, Hirut (Tizita Hagere). Cette dernière n’a pourtant fait que se défendre, voulant échapper aux griffes de ses ravisseurs et plus précisément de celui qui devait être son futur mari. Son seul souhait : revenir chez ses parents. Hélas, dans le village où elle vit, les traditions ont la vie dure. Hirut, parce qu’elle ne voulait pas s’y soumettre en bonne fille qu’on voudrait qu’elle soit,  n’est plus qu’une paria dont on veut la peau. Il serait temps d’admettre que la femme est l’égale de l’homme… à quelques exceptions près. Quoi qu’il en soit, le rôle de la femme ne se limite pas à celui qu’elle occupe dans son foyer. D’autant plus qu’elle est libre d’en fonder un ou de se détourner de ce chemin préconçu pour elle. Meaza en témoigne parfaitement.

Meron Getnet incarne avec assurance mais sans grande performance Meaza, son personnage charismatique qui ne recule devant rien. Il en est autrement lorsque les émotions de Meaza s’en mêlent. Le constat est le même quant à  Tizita Hagere (Hirut). Le réalisateur voudrait-il montrer que les émotions s’en mêlent parce que ce sont des femmes ou parce que malgré leur combat acharné, ce serait une manière de nous ramener sur terre (et puis elles aussi de les faire redescendre de tous leurs espoirs) pour montrer que ce sont des êtres humains ?

Si le spectateur devrait avoir davantage d’empathie pour les personnages, le jeu des actrices l’en empêche tant le manque de vraisemblance dans leurs gestes et particulièrement leurs émotions qu’elles tentent de faire transparaître est criant. Cette « fausse note » dans leur jeu se fait d’autant plus ressentir lorsque Hirut et Meaza sont confrontées. Toutefois, il est louable que ces actrices manifestement non-professionnelles aient pu incarner des rôles aussi déterminés.

Si la caméra portée pourrait rappeler encore une fois l’aspect documentaire du film, l’usage en est assez peu maîtrisé ce qui provoque un inconfort visuel. Malgré les belles images sur le paysage de la campagne éthiopienne, le rythme lent de la mise en scène fait écho à la vie par trop tranquille, monotone parfois des villageois. La quiétude des plans pèsent alors sur le spectateur qui se laisse heureusement mais très rarement surprendre par les scènes de western.

Certes quelques éléments de mise en scène desservent  Difret mais le film est porteur de voix : celle d’un combat, celle de la montée du féminisme, celle d’une remise en question des traditions ancestrales, celle du cinéma africain en plein essor.

Norosoa Francia

Réalisé par Zeresenay Mehari
Avec Meron Getnet, Tizita Hagere, Haregewine Assefa
Drame, Ethiopie, 1h39
8 juillet 2015

 

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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