[CRITIQUE] Hill of Freedom

Amour contrarié

Astucieux Hong Sang-Soo, dans Hill of Freedom il raconte une simple histoire d’amour en mélangeant astucieusement les différentes lettres qu’écrit Mori à Kwon. Mori est un japonais, qui arrive en Corée du Sud dans l’espoir de demander en mariage la femme qu’il aime, mais il se trouve confronté à son absence. En l’attendant, il s’installe dans une chambre d’hôte. Chez Hong Sang-Soo l’amour est toujours la plaque tournante de l’histoire. Des hommes, des femmes et de l’alcool pour souder l’ensemble. Mori, en l’absence de la femme de sa vie, est démuni. Il erre dans les rues, ne connaissant personne, ne parlant pas la langue. Hong Sang-Soo avait déjà réalisé ce dispositif de placer un acteur étranger en Corée. Dans In Another Country, Isabelle Huppert vivait trois expériences différentes de l’amour en étant à la fois un peu semblable et complètement différente. Ici, l’acteur japonais, Ryo Kase, raconte en voix-off et par lettres son attente. À la manière de Montesquieu, Hill of Freedom est un film épistolaire dans lequel les lettres mélangées par accident arrivent dans le désordre, changeant alors l’histoire simple en un complexe moment d’amour.

Comme dans chacun de ses films, la mise en scène est très claire, il utilise abondamment les zooms pour focaliser son image vers le cœur d’un problème, nous demandant par ce geste technique de nous concentrer sur ce qu’il va suivre. Mise à part les zooms, Hong Sang-Soo n’utilise peu, voire pas d’effet de caméra, aimant les plans fixes qui cadrent les personnages en face à face dans le décor. De cette manière, il offre au spectateur le dialogue ainsi que la situation qu’il engendre. Ce sont les mots qui importent, la manière dont les acteurs buttent dessus. Comment ricoche l’anglais dans la bouche de coréens et d’un japonais. La gestuelle est un élément majeur de sa mise en scène, car les corps et les acteurs passent différents états : l’absence d’abord, la surprise, l’alcool, la gêne, etc. Tout dans un même effet simple de cinéma : les corps parlent avant les effets techniques.

Le cinéma de Hong Sang-Soo, depuis son premier film Le jour où le cochon est tombé dans le puits en passant par HA HA HA, jusqu’à son dernier film Hill of Freedom, s’intéresse aux relations entre les hommes et les femmes, ce qui les lient et les délient. L’amour au centre de toutes les attentions. Sous toutes ses formes, sous tous ses désirs. Chez Hong Sang-Soo, on parle beaucoup, on boit énormément, mais on s’aime d’autant plus. Il réinvente chacun de ses films en cherchant de nouvelles manières de nous conter l’histoire. Hill of Freedom n’échappe pas à cette règle. Il est magistral d’amertume et de beauté.

Marine Moutot

Réalisé par Hong Sang-soo
Avec Ryo Kase, Sori Moon, Young-hwa Seo
Comédie dramatique, Corée du Sud, 1h06
8 juillet 2015

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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