[CRITIQUE] Happy Together

Vibrante obscurité

Deux hommes partent de Hong Kong pour Buenos Aires. Ils s’aiment, se quittent, se remettre ensemble … 

Nous sommes à la veille de 1997, Hong-kong va être rétrocédée à la Chine. Moment crucial dans l’histoire de la ville qui redoute cet instant. Wong Kar-wai est lui aussi à un croisement. Encore méconnu et mal-aimé dans son pays, son film Chungking Express (1994) a, pourtant, acquis le statut de film culte — il a été distribué aux États-Unis par le biais de la société de distribution de Quentin Tarantino et également en France, mais réalise peu d’entrées. De plus, il a assis son style avec Les Anges déchus (1995). Le cinéaste hongkongais ne veut pas refaire les mêmes films et questionne sa mise en scène. Autour de lui, tout le monde lui demande s’il veut traiter de la rétrocession dans son prochain projet. Wong Kar-wai, avec son chef opérateur Christopher Doyle et son directeur artistique William Chang, décide alors de partir à l’autre bout du monde : à Buenos Aires, en Argentine.
C’est le titre du livre de Manuel Puig, Les Mystères de Buenos Aires (The Buenos Aires affair, 1973) qui donne l’idée du lieu au cinéaste, mais peu de choses seront gardées du récit. Happy Together est l’histoire d’amour de deux hommes dans une ville étrangère. Mais pas si étrangère que cela. Wong Kar-wai affirme dans plusieurs entretiens qu’il voulait fuir Hong-kong et que finalement, il filmait Buenos Aires comme sa ville natale.

Le film commence par une scène intense et sexuelle. Deux hommes s’étreignent dans un lit. La photographie en noir et blanc n’empêche pas la scène d’être frontale. Wong Kar-wai montre le couple homosexuel comme un couple banal, il ne souhaite pas mettre en scène des stéréotypes et surtout pas des clichés qui circulent régulièrement, et encore aujourd’hui, autour du personnage de l’homme gay. Il s’agit d’un véritable film sur l’amour, la perte, la perdition et les retrouvailles. Sans jamais tomber dans le pathos, Wong Kar-wai réussit à saisir des instants, qu’il colle bout à bout. Sa technique consiste à tourner des scènes au fur et à mesure sans avoir de scénario préétabli — ce qui aboutit, souvent, à des tournages qui dépassent le planning de départ.
Les excellents Leslie Cheung et Tony Leung Chiu Wai jouent avec brio les deux amants. Le film tourne surtout autour de Lai Yiu-fai (Tony Leung Chiu Wai). Sur des musiques entraînantes, le film suit l’évolution du protagoniste. Avec une utilisation prégnante du tango, le film peut être comparé à cette danse sensuelle où les corps s’enlacent et tournent pour tout oublier. Le personnage incarné par Leslie Cheung désire qu’à chaque fois cela tourne mal, recommencer à zéro. Mais à la manière des Cendres du Temps (Wong Kar-wai, 1994) où le héros n’arrivait pas à oublier malgré une potion magique, ici les héros ne peuvent que se souvenir et répéter à chaque fois. Ils n’effacent rien, ils recouvrent juste avec une couverture les blessures. Et la douleur est plus forte encore.

Véritable hymne à la beauté, Wong Kar-wai innove visuellement. Le plan de Buenos Aires filmé à l’envers est à couper le souffle et donne le vertige. La quête des protagonistes est celle du cinéaste qui se cherche. L’entrée de la ville dans la Chine continentale est une étape importante pour tous les Hongkongais et fuir fut une des solutions. Wong Kar-wai revient par la suite à Hong-kong, qu’il n’avait jamais vraiment quittée, et comme son personnage, il est en paix avec lui-même.

Marine Moutot

Réalisé par Wong Kar-wai
Avec Tony Leung, Leslie Cheung, Chang Chen
Drame, Hong-Kong, 1997, 1h39

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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