[CRITIQUE] Wind River

Oubliées

Le froid, le vent, l’air glacé s’impriment sur les visages. Ces visages fermés qui cachent la douleur et l’horreur que recouvre la neige. Cory Lambert, pisteur dans la réserve indienne de Wind River, chasse un puma qui décime les troupeaux. Dans cette étendue blanche il trouve le cadavre d’une jeune femme, violée, pieds nus. Il s’agit de l’amie de sa fille, morte quelques années plutôt. Cas d’homicide, le FBI doit se charger de l’affaire. Ils envoient une jeune recrue, Jane Banner. Capable, motivée, la jeune femme n’en est pas moins à sa première affaire et ne connaît rien aux plaines glaciales de cette réserve indienne. Elle demande alors de l’aide à Cory, qui connaît la région et sait lire dans les pas des hommes et des bêtes.

Taylor Sheridan, pour son deuxième film en tant que réalisateur[1] décide d’aborder, sous la forme d’un thriller, l’abandon de l’Etat d’une partie de sa population. Envoyer une agent débutante seule, le carton concluant le film qui annonce que les disparitions de femmes d’origine indienne ne sont pas reportées par la police. Mais avec dans le même temps, une « presque » erreur avec le casting de la part du réalisateur. La dénonciation est à double tranchant et finit par se retourner contre Taylor Sheridan, également auteur du scénario. Les deux protagonistes sont blancs – bien que le personnage interprété par Jeremy Renner soit marié à une indienne – et ce sont les seuls à pouvoir aider les policiers indiens à résoudre ce crime. Ce défaut, qui pourrait montrer une faiblesse dans le scénario, est en même temps une dénonciation de la suprématie blanche qui continue encore de s’exercer des siècles après l’abolition de l’esclavage. C’est l’homme blanc qui connaît la réserve indienne par cœur. C’est la femme blanche qui a l’autorité pour résoudre ce crime. En fond, les indiens sont là pour se faire tuer et aider à comprendre. Taylor Sheridan montre avec efficacité cette disparition de l’indien sur ces propres terres, disparition amorcée dès que l’homme blanc a posé ses pieds sur le continent. L’énigme est presque un prétexte pour montrer comment vive ces hommes et femmes et quelles sont leurs espérances dans un avenir auquel ils ne croient plus. Le shérif, celui qui finalement a le mieux réussi, est impuissant dans ce vaste endroit.
Les paysages blancs, le passé des personnages viennent alimentés le récit. Le visage fermé de Jeremy Renner cache une palette d’émotions qui nous serre la gorge et nous touche le cœur. Tire-larme ? Pas le moins du monde, l’émotion offert par le film est réelle, il s’agit de pères qui perdent leur enfant. Mais également de femmes fortes. La victime est présentée comme une fille courageuse, une battante. Nous apprenons qu’avant de mourir de froid, elle a parcouru plus de 10km, pied nus dans la neige. Il y a Jane Banner, touchée par l’histoire de la victime et par les habitants de Wind River, qqui souhaite par tous les moyens arriver au bout de l’enquête. C’est grâce à elle que le spectateur peut entrer dans ce monde glacial de Wind River. Elizabeth Olsen incarne parfaitement cette fragilité, cette force qui habite cette jeune recrue du FBI.

La photographie qui montre ces grandes étendues comme des lieux inhospitaliers, dompté par l’homme grâce aux machines, mais également à la patience et à l’observation, met en relief un scénario profond qui dénonce un pan de la société américaine en parlant de sentiments universels. Taylor Sheridan montre et prouve son talent dans un thriller haletant.

Marine Moutot

Film de Taylor Sheridan, 2017
Avec Jeremy Renner, Elizabeth Olsen, Kelsey Asbille, Gil Birmingham, Julia Jones …
Thriller, États-Unis, 1h47
30 août 2017

[1] Il a notamment écrit les scénarios de Comancheria de David Mackenzie et Sicario de Denis Villeneuve.

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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