[CRITIQUE] The Greatest Showman

Un feu d’artifices

La bande annonce nous avait prévenus, les affiches nous le répétaient, mais nous restons tout de même éblouis alors que s’entament les premières notes du greatest show.

Le pitch : dans les années 1870, l’entrepreneur américain, d’origine modeste, Phineas Taylor Barnum voit ses affaires se développer, notamment grâce aux freak shows. Il crée ensuite son propre cirque, le cirque Barnum.

Et en effet, c’est une explosion de lumières, de décors et de costumes qui nous émerveille la vue, un déchaînement des acteurs et une fureur dans les mouvements, des chorégraphies à couper le souffle et des musiques et des chants qui nous frappent les oreilles. Nous sommes pris dans une tempête de sons et de couleurs, plongés, presque noyés dans le spectacle que nous offre le showman. Pendant presque deux heures, nous sommes immergés dans cette aventure et pas une seule seconde nous allons nous ennuyer.

Alors le long-métrage n’est plus un film sur le spectacle. Il devient spectacle lui-même et nous emballe. Tout est magique. « A million dreams » chantent en chœur Hugh Jackman et Michelle Williams. En effet nous sommes dans un rêve, avec un petit coup de cœur pour les premières scènes du film et la fluidité avec laquelle nous suivons l’enfance puis l’adolescence et la réalisation naturelle de la relation amoureuse entre Barnum et sa future épouse.

Mais le feu d’artifice porte bien son nom. Sous le feu, derrière la frénésie, les jets de lumières, les explosions de couleurs, les exclamations du public, la trame reste artificielle.

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Le grand show a choisi de tout donner sur la forme. Très généreux dans les décors, les costumes, les chorégraphies, il ne présente aucune exceptionnalité dans la trame ou les personnages. Il reste, à ces égards, très classique. Pour exemple : les portraits féminins sont très traditionnels. Nous retrouvons la mère/épouse vertueuse et délaissée, la chanteuse séductrice et manipulatrice, la jeune artiste aux origines modestes qui tombe amoureuse du riche prince charmant (sous les traits ici de Zac Effron), la fillette passionnée de danse… Hum.

Il est dommage de penser que là où le film avait toute la possibilité d’interroger la question de la différence, de l’altérité, du rejet de la société, il reste dans des schémas très vertueux, très respectables, bien trop proches du compte Disney. Au final, ce qui est au centre de l’histoire ne sont jamais les artistes rejetés du cirque mais la famille bien sage de Barnum. En ce sens, le film perd toute la cause qu’il semble défendre. Alors qu’il prétend mettre en avant, dans une grande humanité, ces outsiders méprisés de la société, il finit par les laisser complètement de côté. Jamais de gros plan sur ces artistes. Quelques très rares personnages ressortent de ce lot de comédiens, en particulier la trapéziste. Elle est pourtant la moins représentative de cette troupe : jeune, jolie, commune. Nous sommes très loin des freak show qui se réalisaient à l’époque. Si l’on cherche à retrouver un tel esprit, autant regarder le Freaks de Tod Browning des années  1930.

Aussi le film se limite à une critique gentillette du sentiment de rejet sur les paroles de la chanson « This is me ». Et finalement, tout semble rentrer très simplement dans l’ordre à l’image d’une romance américaine habituelle, avec une approche très simple de la psychologie des personnages.

De même, nous pouvons reprocher au réalisateur d’accorder une trop grande importance à toute l’histoire autour du personnage de Jenny Lind. S’il voulait apporter un contraste aux performances populaires qui ont lieu dans le cirque avec la prestation bourgeoise de la cantatrice, il y est parvenu. Mais au final, cela ne contrebalance pas seulement le spectacle du cirque, ça l’éclipse totalement. On s’égard dans les théâtres bourgeois. Et pourquoi s’être tant focalisé sur la chanteuse suédoise ? Bien sûr, elle représente tout  ce que Barnum n’a jamais eu et ce qu’il a poursuivi avec véhémence pendant toute sa carrière, quitte à se brûler les ailes à son contact : la gloire, la réputation et surtout le public aristocrate. Mais le personnage n’est pas à la hauteur de la légende qu’il semble évoquer. Il est surtout bâclé par l’anachronisme des chansons. La cantatrice est présentée comme la voix de son époque, la diva des années 1870. Pourtant, avec la chanson qu’elle interprète, nous avons juste l’impression d’être devant un énième show de the Voice ou de la Nouvelle Star…

Enfin, il ne faut pas s’attendre à un semblant, une approche même très légère, de la réalité. Il n’y a d’historique que les noms de personnages. Nous assistons davantage à un récit fantaisiste, un peu à l’image du Big Fish de Tim Burton (qui tournait en partie autour du cirque), qu’à un récit historique. Très romancé, le personnage principal perd toutes les tares qu’il a. Il n’est plus présenté comme un businessman qui cherchait à faire de l’argent sur le voyeurisme aux dépens de ses comédiens hors du commun. Il est introduit comme un héros, une grande âme empreint d’humanité qui donne une famille à ces personnages. Ce qui est quand même tout l’opposé du personnage réel.

Tout est sublimé dans ce film. Le personnage principal est embelli, les attitudes héroïsées, les performances sont magnifiées. Mais, au final, n’était-ce pas ce que l’on attendait de cette comédie musicale ? Quoi qu’il en soit, nous avons affaire à un vrai show qui nous transporte pendant presque deux heures et qui nous donne le sourire aux lèvres.

Flore Brabant

Réalisé par Michael Gracey
Avec Hugh Jackman, Zac Efron, Michelle Williams
Comédie musicale, États-Unis, 1h45
24 janvier 2018

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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