[CRITIQUE] Call me by your name

Le temps de l’amour

Un matin ensoleillé, au début de l’été 1983, une fenêtre donne sur la campagne du nord de l’Italie. La première image apparaît et déjà nous ne sommes plus dans une salle de cinéma, nous ne sommes plus en hiver, nous ne sommes plus au travail. Nous voyageons : dans l’espace certes mais dans le passé aussi et, alors que le film retourne 35 ans en arrière, nous retournons dans notre jeunesse et retrouvons avec émoi notre premier amour de vacances.

Ce matin de juillet, une voiture dépose devant une villa aux allures de mas provençal Oliver, un bel étudiant américain accueilli pour l’été par un éminent universitaire et sa famille afin de terminer sa thèse. Bien qu’accueilli aimablement par les parents, Elio, le fils de la famille, se montre réticent face à l’assurance agaçante du doctorant. Troublé dans sa routine, naviguant d’ordinaire entre ses partitions de musique classique, ses livres et ses flirts avec son amie Marzia, Elio accepte mal la présence de l’étudiant, de quelques années son aîné. Exclu de sa chambre et un peu jaloux de la bonne entente entre Oliver et ses parents, Elio se retire et se renfrogne. Mais le rejet n’est-il pas là tout le jeu de l’attirance ? Bientôt l’agacement et la froideur des débuts laissent place à un bouleversement, une incompréhension et un désir qui ne fera que grandir tout au long de l’été.

Nous assistons alors à une belle histoire d’amour. Elle est ordinaire, habituelle, naturelle, nous la connaissons tous. Ces premiers regards, ces gestes, ces moments à deux et ce saut dans la passion. Tout est juste et beau dans ce film, sans pour autant être niais. Les paysages nous transportent, le cadre de la villa est magnifique, les acteurs sont fabuleux, tout autant que les personnages qu’ils incarnent. Rien n’est mauvais et nous avons le sourire aux lèvres tout du long.

Le film est notamment sublimé par l’interprétation des acteurs, qui offre une justesse peu commune. Nous sommes en particulier charmés par Thimothée Chalamet (Elio), excellent dans tous les registres qu’impose le rôle, et toujours subtil. Nous ressentons chacune de ses émotions, de l’agacement, au désir, en passant par la colère, l’attente, la jalousie… tout en conservant son aspect d’adolescent un peu innocent. Mais il ne rentre jamais dans le cliché de l’adolescent dont nous sommes généralement témoin. C’est le portrait d’un jeune homme un peu précoce, intelligent, raisonné, sensible mais aussi impulsif, forgé par une excellente éducation que lui ont donné ses parents. Cette remarque concerne également les personnages qui gravitent autour. Les filles de la bande, pourtant secondaires, trouvent leur place et offrent des portraits de jeunes femmes dans leur temps. Face à cette jeune troupe, Armie Hammer (Oliver) a un rôle peut-être un peu plus classique, celui de l’étudiant charmant et sûr de lui. Mais, à l’image de tous les personnages, on développe une attirance pour cet homme, son pouvoir d’attraction traversant l’écran.

Des deux personnages principaux naît un amour naturel et nous sommes témoins d’une belle dynamique de couple. Leur implication est égale, c’est léger, un peu naïf à l’image de toute histoire de vacances. Nous apprécions cette histoire sans complication où l’homosexualité n’est pas perçue comme un réel obstacle par les personnages principaux ni comme un problème par les personnages secondaires. Nous assistons à toutes les étapes de cette romance, tout est évoqué. Pas de voile pudique sur les moments à deux. Les acteurs et leurs personnages, généreux, se donnent complètement, ils s’offrent l’un à l’autre mais se donnent aussi au public, ne cachant aucune de leurs émotions.

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Cet amour s’épanouit dans un cadre progressiste et tolérant. Et nous apprécions le cadre intellectuel dans lequel se déroule l’histoire. En ce sens l’œuvre multiplie les références à l’art : musique classique, sculpture (avec un père spécialiste de la culture greco-romaine), architecture, lecture… elle apporte aussi des réflexions philosophiques intéressantes qui guident le personnage tout au long de son périple. L’art est ainsi présent sur le fond mais aussi sur la forme proposant une bande originale de qualité, avec un aspect résolument moderne tout en conservant des sonorités des années 1980.

En plus d’être dans un univers intellectuel, nous sommes aussi plongés dans un cadre cosmopolite. Se mélangent les langues mais aussi les langages. Anglais, italien, français, allemand… les discussions passent d’une langue à l’autre, offrant une musicalité dans les dialogues qui ajoute encore un peu plus de beauté dans ce long-métrage.

Nous sommes ainsi séduits tout du long par cette romance. Le film ne faiblit jamais, maintenant son doux rythme un peu rêveur, jusqu’aux tous derniers instants et une scène finale bouleversante, au son de « visions of gideon ». C’est alors que le film prend une véritable tournure d’œuvre d’art. Aussi, nous ne pouvons dire que merci au réalisateur Luca Guadagino et cette superbe adaptation du roman de André Aciman, qui nous offre ce périple sentimental, ce voyage passionné qui nous réchauffe en cette période hivernale.

Flore Brabant

Réalisé par Luca Guadagino
Avec Armie Hammer, Thimothée Chalamet, Michael Stuhlbarg, Amira Casar
Drame romantique, France, Italie, 2h11
28 février 2018

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

2 commentaires sur « [CRITIQUE] Call me by your name »

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