[CRITIQUE] Play

Abominable vérité

Ruben Östlund a compris et met en scène, avec Play, les mécanismes de la gêne. Il parvient à mettre le spectateur dans la position inconfortable d’être face à ses préjugés. Et de devoir, au fur et à mesure que le film avance,  questionner ses préjugés et les non-dits de la société, notre société. Comment ne pas juger selon les carcans que nous imposent la société ? Comme ne pas se dire : parce qu’ils sont noirs ? Affligeante réalité que montre le film, le spectateur en vient à se demander si le réalisateur lui-même n’est pas raciste, mais là où Ruben Östlund réussit son film s’est de ne jamais dépassé la ligne du jugement. Il montre, il filme de loin et nous laisse face à une histoire vraie comme si nous la regardions à travers des caméras de surveillance.

Partant d’un fait divers qui s’est déroulé en Suède entre 2006 et 2008, le film suit les protagonistes de loin, comme pour ne pas s’attacher à eux : deux jeunes blonds et un jeune asiatique plutôt fortunés contre cinq jeunes à la peau noire, dont le plus jeune est bluffant de roublardise et d’assurance. Ils pourraient tous être des clichés. Si le cinéaste ne prenait pas le temps de laisser l’action se dérouler dans des cadres fixes où tout se meut lentement. Le temps de l’action est respecté. Nous sommes à la fois trop loin pour prendre parti, devenant alors des témoins muets et impuissants et en même temps trop près pour ne pas se sentir concerner par l’action qui se déroule sous nos yeux. A la manière de The Square, le cinéaste questionne notre rapport à la société actuelle. Ici pas d’humour cynique, comme dans Snow Therapy, pas d’humour du tout en fait, juste une analyse glaçante de confrontation dans un monde d’enfants cruel et malsain que les adultes ne prennent pas au sérieux. Les adultes ne prennent partie qu’à la fin, pour devenir agresseur de ceux qui ont agressé leurs enfants. Mais il est trop tard et la justice est devenue monstrueuse.

Véritable film coup de poing, il nous met face à nos certitudes en nous disant clairement : et toi tu ferais quoi dans cette situation ? Tu ne serais pas l’homme qui s’enfonce dans son siège de tram alors que des jeunes se font agresser ? Tu ne serais pas le contrôleur qui réprimande les enfants qui viennent de se faire, car ils n’ont pas de ticket ? Tu serais ce père qui attaque physiquement un garçon de 10 ans pour récupérer les affaires de son fils ? Sans jamais prendre parti, le film nous demande de réfléchir à chaque image et de ne pas juger ce que l’on voit. Film dérangeant à l’extrême, Play questionne intelligemment le monde et surtout la société qui nous fait, comme il le fera avec plus d’humour et de manière plus frontale dans ses films suivants. Grand cinéaste, il n’a pas volé la Palme d’or en 2017 avec The Square.

Marine Moutot

Réalisé par Ruben Östlund
Avec Kevin Vaz, Johan Jonason, John Ortiz
Drame, Suède, 1h58 (2011)
Film disponible sur Outbuster

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :