[CRITIQUE] Désobéissance

Amour muet

Désobéissance est un film sur le libre arbitre, sur l’amour et sur la non-conformité. Désobéissance est un film sur l’émancipation et l’acceptation de soi par soi en marge d’un groupe. Désobéissance commence par un sermon sur le choix de désobéir. Le rabbin, respecté, meurt sur ce discours. La communauté pleure dans le silence la mort de celui qui l’a inspiré. Tandis que de l’autre côté de l’océan, Ronit, est une artiste qui demeure hors des conventions juives. Le décès du rabbin, qui se trouve être son père, aurait-il eu une révélation divine sur le destin de sa fille, exilée des siens parce qu’elle ne voulait pas vivre selon les règles ? Quand Ronit apprend la mort de son père, elle retourne chez elle, désorientée, dans une communauté qui ne l’accepte pas et lui reproche silencieusement d’avoir abandonné son père et la vie qui lui était destinée. Rapidement, le passé refait surface et les fautes passées brisent le silence pesant et lourd de reproches des autres membres de la communauté. Les femmes n’ont pas le choix, mais l’homme du trio qui possède le pouvoir subit les forces du groupe, des forces puissantes et douloureuses qui peuvent faire de vous un paria ou un membre respecté. C’est l’homme ici qui a le choix sur la vie de sa femme et son désir d’avoir une vie conforme est finalement bouleversé par la contradiction des dictats du groupe. C’est sans doute le sujet que le cinéaste touche réellement le mieux. Dovid essaye de voir à travers les yeux d’Esti, par amour pour sa femme. Désobéissance est un film sur la compréhension de l’autre, hors des ouvrages et des lois que l’on s’impose.

Si Sebastián Lelio réussit à transcrire les dilemmes que l’homme ressent, ainsi que la puissance de la communauté, son film perd en intensité quand il est question de l’amour passionnel qui anime les deux femmes Ronit et Esti. Elles sont jouées respectivement par Rachel Weisz et Rachel McAdams, beau duo mais trop dans le contrôle et dans la passivité de l’action. Cet amour adolescent qui perdure à travers le temps et la distance passe lentement et semble profondément froid, comme l’image d’un Londres hivernal gris. La froideur des sentiments reflète celle des jugements. Mais le défaut principal du film reste le temps que prend le scénario pour instaurer l’intrigue et les conflits. Il ne présente pas ses personnages, il les laisse évoluer dans des milieux hostiles où la fine couche de vernis se brise sur les non-dits de cette communauté. Mais à trop faire attendre le spectateur, à dévoiler petit à petit les mystères et les divergences des personnages ; il crée un suspense qui n’a pas raison d’être : l’amour interdit, qu’il soit lesbien, gay ou hétérosexuel, dans un groupe fermé, sont des histoires que l’on connaît. Alors que le procédé fonctionnait avec le film Une femme fantastique, sorti l’année dernière, sur un transsexuel dont l’amant mourrait d’une crise cardiaque, il sonne un peu creux devant ce thème-là.

Mais, Désobéissance est un film méticuleux sur la communauté juive, qu’il décortique avec attention, dont les contradictions sont pointées avec minuties — quand bien même certains points sont quelque peu bruts et trop flagrants. Par exemple, la scène où Esti et Dovid doivent accomplir leur devoir conjugal, est très médicale et froide ; tandis que dans la séquence précédente, Dovid expliquait à ses élèves, à travers un extrait de la Torah, la différence entre le désir charnel et de la sensualité de l’amour. Ces deux instants de vie collés l’un à l’autre avec un montage sec rend le film parfois trop manichéiste. Les moments en communauté peuvent être aussi gênantes que réjouissantes, le cinéaste n’oublie jamais ses personnages ni les pressions qu’ils ressentent. Et si sa minutie tourne au manichéisme, il permet une belle fin où la jeunesse écoute la parole de l’ancien et décide de désobéir. La scène réalisée, avec une fougue qui manquait au film, arrive pourtant presque trop tard, le film ayant été tiré au maximum.

Désobéissance essaye malgré tout de respecter une maxime qu’il est important de nous rappeler : «nous sommes libres de désobéir.»

Marine Moutot

Réalisé par Sebastián Lelio
Avec Rachel Weisz, Rachel McAdams, Alessandro Nivola
Drame, Etats-Unis, 1h54
13 juin 2018

 

 

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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