[CRITIQUE] Come as you are

Qui es-tu ?

Adapté du roman éponyme, Come as you are est une plongée dans un camps de « reconversion » pour jeunes homosexuels. Tenu par une psychologue cul béni et son frère un « ancien gay », le refuge accueille une nouvelle recrue, Cameron Post. L’intérêt du film ne porte plus dans son sujet, maintes fois portés à l’écran, mais dans le point de vu adopté.
La jeune Cameron est vite embarquée dans le tourbillon de la cure qui lui a été prescrite. En parallèle d’un travail d’introspection sur les raisons de son attirance pour le même genre, elle doit assister régulièrement à des séances de thérapies de groupe et des séances personnalisées.

Elle côtoie de près une bande qui lui ressemble. Ces jeunes ont foi en leur orientation. Chloé Moretz qu’on ne présente plus interprète le rôle de Cameron Post. Avec Sasha Lane (American Honey) et Forrest Goodluck (The Revenant), ils forment le trio de force du film, celui qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, celui qui ne craque pas et transgresse les règles. Le trio qui nous dit que peu importe les dictats imposés par son environnement, le plus courageux est de s’y confronter et de construire sa propre voie.

La détresse des autres ne sera finalement traitée qu’à travers le regard de Cameron, mais jamais vraiment à disposition du spectateur, puisque la protagoniste ne les fréquente pas elle-même. C’est une approche donc plutôt distante et peu sensible.

On pourrait également parler d’un choix intime et respectueux des souffrances qu’on leur fait subir mais le film ne dépeint jamais une ambiance égale à leur ressenti. La mise en scène offre une intensité visuelle et des propos trop modérés. L’histoire se repose sur une écriture cyclique des temps de la vie commune et ne joue pas suffisamment avec les éléments dont elle s’est entourée. La forêt un lieu sauvage et hostile, sert de refuge et devient l’ami de nos héros. Les joggings matinaux de Cameron ne semblent pas être un défouloir mais une habitude qu’elle réinjecte dans chaque environnement qu’elle rencontre. Même les séances avec la psychologue, bien que les fauteuils soient très proches l’un de l’autre, n’explorent jamais la tension, la révolte dont elles pourraient être la source.

Un parti pris certes, mais une déception quand on imagine une violence constamment présente chez ces jeunes. Elle réside physiquement dans le chemin parcouru vers ce centre, et psychologiquement dans le fait d’aller à l’encontre de leur identité à un moment charnière du développement de soi. Il est difficile pour un spectateur de s’attacher à des personnages qui ne semblent pas vraiment révoltés contre leur situation et le manque total de respect envers leur être.

Come as you are a été sacré grand prix au Festival de Sundance cette année. Le film entre dans la grande famille des teens movies. À l’instar de Le Monde de Charlie, l’amitié est un pilier pour les personnages et un fil conducteur de la narration. Là où le trio Lerman-Watson-Miller réussissait le pari de l’envolée fraternelle dans la jungle lycéenne, les émotions sous-traitées des jeunes de Désirée Akhavan créent involontairement une distance entre la fiction et ses spectateurs. Une tentative honorable pour le moins décevante.

Clémence Letort-Lipszyc

Réalisé par Desiree Akhavan
Avec Chloë Grace Moretz, Sasha Lane, John Gallagher Jr.
Drame, Etats-Unis, 1h36
18 juillet 2018

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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