[CRITIQUE] Tully

Perfect mum

Tully raconte la vie d’une femme enceinte de son troisième enfant qu’elle et son mari n’ont pas particulièrement désiré ; ayant déjà un enfant complexe à gérer. Mais voici, Marlo va bientôt accoucher et, voulu ou non, cet enfant va apporter son lot de problèmes, de difficultés, et peut-être d’amour. Alors qu’au bout du rouleau, l’arrivée du nouveau bébé n’arrange rien : Marlo ne dort plus et n’arrive plus à suivre. Ce n’est pas que le petit bout soit compliqué, mais il vit sa vie de bébé : pleurer, boire, faire ses besoins et puis, de temps en temps, dormir. Son mari, très occupé par son emploi, ne voit pas comment Marlo gère son temps et de plus, elle lui répète sans cesse que tout va bien, qu’elle va bien. Forcément il la croit, ne voyant pas qu’elle lui laisse des moments de tranquillité pour jouer à des jeux vidéo, là où elle n’en a aucun. Son frère, dans le genre riche, souhaite lui offrir une nourrice de nuit, qui s’occupe du bébé pendant que les parents dorment. Marlo refuse jusqu’au jour où elle effondre et appelle Tully, une jeune femme, pleine d’énergie, adorant les enfants. Elle se trouve être une véritable aide pour Marlo qui avait perdu jusqu’à son essence de femme, d’épouse et de mère. Sans jamais critiquer ou rabaisser la femme qu’est Marlo, Tully est un film doux et âpre sur les réalités d’être une mère à plein temps.

Avec beaucoup d’humour, Jason Reitman retourne sur les traces de Juno : il a beaucoup de compassion pour cette mère. Il est moins moralisant que dans In the air où la morale écrasait le film à coup de pelle. Tully est l’histoire de millions de femmes dans le monde qui n’en peuvent plus. Oui, elles voulaient des enfants, oui elles les aiment, mais au quotidien il y a beaucoup de choses à gérer, l’instant s’égare pour devenir un ensemble brouillon entre crasses et jeux, entre fatigue et cris. Les beaux moments se perdent et l’on perd l’appréciation des gestes simples. Le réalisateur arrive à montrer cela avec acuité et beauté. Il comprend ses personnages et les rend sans jugement aux spectateurs qui ne peuvent que saisir les difficultés d’être une mère. Les thèmes qui traversent le film sont tous liés aux temps qui passent plus qu’à la grossesse ou au fait d’avoir des enfants, mais bien que l’être en grandissant oublie ses rêves et ne prend plus le recul finalement pour vivre. Être une femme passe au second plan et elle n’écoute plus ses désirs. Tully est la métaphore de cette passion de la jeunesse. Elle est le substitut nécessaire pour lui rappeler ses rêves passés. Un des plus beaux moments du film est quand Marlo demande à Tully comment elle fait : pour avoir des théories sur tout, une joie de vivre et l’énergie de tout faire. Le temps, elle possède le temps que Marlo n’a plus, que Marlo croit avoir perdu.

Dans le rôle de Marlo, Charlize Theron montre encore une fois que son talent d’actrice est sans limites et réussit à rendre cette femme qui ne se trouve plus désirable ni bonne mère avec justesse et sensibilité. Actrice caméléon, elle incarne toujours des rôles forts : elle ne sera jamais la femme au côté de l’homme. Dans Tully, elle ne déroge pas à cette règle. En mère lessivée, Charlize Theron se montre femme dans sa complexité. De là à dire que Tully est un film féministe il n’y a qu’un pas, mais avant que cette marche ne soit franchie, nous pouvons dire que Jason Reitman réalise un beau portrait plein de tendresse, ponctué d’humour.

Marine Moutot

Réalisé par Jason Reitman
Avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Ron Livingston  …
Comédie dramatique, Etats-Unis, 1h36
27 juin 2018

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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