[CONSEILS DU VENDREDI] #10

Ce vendredi nous vous parlons de : First Man, The House that Jack Built, Capharnaüm et Predator.


First Man : Biopic sur Neil Armstrong, First Man aborde avec délicatesse les épreuves humaines et parfois intimes de son ascension au sein de la NASA jusqu’à ses premiers pas sur la Lune. Au-delà du travail remarquable de reconstitution des années 60 à travers la musique, les costumes, les décors, c’est bien le choix de tourner en pellicule qui aura raison de notre attachement envers ce film. Pratique peut courante, le grain de l’image, ses innombrables petites particules fines font penser à ses vielles photos de vacances que l’on pourrait trouver dans la cave de nos grands-parents. Le film ouvre justement les portes de la vie de famille de l’astronaute, et on découvre la résilience d’un homme en pleine consécration face à ses tragédies personnelles. First Man est moins dans une approche technique et épique de la conquête spatiale que dans la conception du projet comme une aventure purement humaine. Damian Chazelle sublime les interprétations de Ryan Gosling et de Claire Foy. Ils incarnent dans la retenue mais avec beaucoup d’émotions le couple Armstrong. Les âmes des personnages, femmes, enfants, ingénieurs, journalistes, astronautes s’envolent vers la Lune et nos cœurs avec. C.L.L.

The House That Jack Built : Le nouveau film de Lars Von Trier est un film infect. Il est infect, tout d’abord, à cause de son personnage de tueur en série sadique — interprété par Matt Dillon. Évidemment, il n’y aucun problème à avoir un psychopathe en rôle principal. Cela mène même souvent à la création de très beaux personnages et d’œuvres marquantes. Prenez Harry Powell dans La nuit du chasseur (1956), Jack Torrance dans Shining (1980) ou Anton Chigurh dans No Country for Old Men (2008), ils ont tous en commun d’être totalement fous et de perpétrer des abominations, mais jamais le spectateur n’a l’impression que le réalisateur sublime leurs actes. Ils sont parfaits dans leur folie et c’est tout ce qu’ils sont : des fous magnifiques, sans aucun lien avec le Divin. Lars Von Trier fait de son personnage un esthète de l’art contemporain qui, par les meurtres qu’il commet, accède à la Création.
Le second problème, ce sont les victimes de Jack : toutes des femmes — en tout cas, dans les quatre premiers chapitres (il y en a cinq) — qui ont la particularité de mériter la mort par leur stupidité, leur avidité, leur manque de civisme, leur confiance naïve et leur besoin d’être sous la protection d’un homme : en somme un châtiment divin bien mérité. Ces personnages sont perçus de son point de vue, c’est-à-dire dans toute leur dimension de cliché. Les femmes, cet ennemi à abattre : des êtres faibles qui ne sont pas dignes de vivre. Le problème ne réside donc pas dans le fait de créer un personnage à la morale douteuse ou encore de faire des femmes ses victimes, mais bien de ne donner aucune nuance au propos — ou même de ne pas en avoir. Peut-on tout montrer sous couvert de l’Art ?
Lars Von Trier livre, une fois encore, un film provocateur — comme il aime à le faire — en souhaitant montrer un être ignoble qu’il approuverait entièrement dans une mise en scène léchée et désagréable. Des moments musicaux viennent entrecouper le film pour lui donner du rythme : l’idée étant d’accoler une musique punk à une multitude d’images afin de faire passer des messages subliminaux sur l’État du monde. C’est une sorte de nouvelle secte que le cinéaste veut créer en mettant au centre de son Univers le Créateur-Architecte qui peut détruire pour reconstruire ensuite.
La fin, qui voudrait racheter les fautes du réalisateur pernicieux, semble ridicule et ne dédouane en aucun cas l’énormité de son scénario — qu’il a sans doute voulu faire passer comme tel. M.M. & M.K

Capharnaüm : Zain a 12 ans. Il intente un procès à ses parents pour lui avoir donné la vie. On découvre alors l’histoire de ce garçon et les raisons qui l’amènent à questionner le principe de natalité au sein d‘une classe sociale vivant dans une pauvreté extrême. Le casting sauvage a permis aux rôles d’être interprétés par des hommes et des femmes évoluant au Liban et souvent dans le milieu qui est dépeint. Pas de surinterprétation, la justesse est telle qu’elle balaie d’un coup de vent l’appréhension planante d’une séance lacrymale. On est davantage submergé par l’audace, la détermination, la force face à un système inégalitaire. Le regard enfantin de Zain projette un machiavélisme certain. Ses parents sont la cause de son malheur. Mais Capharnaüm pose la question à l’échelle nationale : comment s’en sortir quand un gouvernement et ses institutions ferment leurs portes à toute une classe sociale ? À quelle vie une population est-elle destinée lorsque la simple démarche de recensement, preuve de son identité et appartenance à une nation est au-delà de ses moyens ? Capharnaüm relance l’alerte à travers les pérégrinations d’un jeune garçon survivant dans une vie que le système lui a tracé. C.L.L.

Predator : Alors qu’un vaisseau extra-terrestre s’abat sur la Terre, un militaire fait la découverte d’une mystérieuse technologie. Il se retrouve alors poursuivi non seulement par l’armée mais également par une étrange créature sanguinaire. Énième suite/reboot/remake de la franchise scientifico-horrifique amorcée en 1987 par John McTiernan, ce nouvel épisode fait preuve de peu d’imagination pour divertir son spectateur. Bien que bénéficiant d’une réalisation propre et soignée de la part de Shane Black, le scénario truffé d’un humour poussif et des séquences inutilement gores viennent plomber le  blockbuster du réalisateur de Kiss Kiss Bank Bank pour un résultat final assez lambda et peu nécessaire. À éviter. M.P

Manon Koken, Clémence Letort-Lipszyc, Marine Pallec et Marine Moutot

First Man
Réalisé par Damian Chazelle
Avec Ryan Gosling, Claire Foy …
Drame, Biopic, États-Unis, 2h22
17 octobre 2018

The House That Jack Built
Réalisé par Lars Von Trier
Avec Matt Dillon, Uma Thurman, Bruno Ganz …
Drame, Thriller, Danemark, 2h35
17 octobre 2018
Interdit aux moins de 16 ans

Capharnaüm
Réalisé par Nadine Labaki
Avec Zain Alrafeea, Nadine Labaki …
Drame, Liban, France, 2h03
17 octobre 2018

Predator
Réalisé par Shane Black
Avec Boyd Holbrook, Olivia Munn, Jacob Tremblay …
Action, Science-Fiction, États-Unis, 1h47
17 octobre 2018

 

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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