[CONSEILS DU VENDREDI] #13

Ce vendredi, nous vous parlons de : Sale temps à l’hôtel El Royale, Heureux comme Lazzaro, High Life et The Spy Gone By North.


Sale temps à l’hôtel El Royale  : Ce huis clos, qui s’échappe par flash-back de l’hôtel où il se trouve, met en scène cinq personnages qui se rencontrent par hasard, entre le Nevada et la Californie. Ce El Royale, qui pourrait être une personne à lui tout seul, cache encore mille mystères. Donc cinq figures, représentatives de l’Amérique, s’y retrouvent : un prêtre, une hippie, un vendeur d’aspirateurs, une chanteuse de soul et un concierge. Chacun renfermant leurs secrets — assez vite découvert — et représentant un pan caractéristique des États-Unis. Bien que le film ressemble à un film choral vintage avec de beaux moments musicaux, de la violence et du sang, il donne en sous-texte — plus ou moins subtile — une lecture politique des années 1970 américaines, voire actuelles. Drew Goddard, dont il s’agit du second film, met en scène tous les maux de ce si grand pays et en une nuit, au El Royale, il les mêle et les entrechoque : la guerre, la drogue, les sectes, la religion, l’argent, le pouvoir et la manipulation. Tout un programme politique. Et quand bien même le cinéaste essaye d’en mettre plein les yeux avec, par moment, une surenchère stylistique et scénaristique, il réussit à tenir son propos : la destruction de la jeunesse. Accompagné d’une belle distribution, dont nous soulignons Cynthia Erivo qui nous éblouit par sa voix et son jeu, ainsi que Lewis Pullman en jeune homme traumatisé par son passé, le long-métrage passe promptement. Et si vous voulez vous creuser la tête, le contexte politique se glisse dans de multiples détails et la critique sait se faire acerbe. Si vous souhaitez seulement un divertissement, vous serez également servi : action, violence… Il manque juste un peu de sentiments et nous serions réellement sortis du produit hollywoodien qui prend les références, les mélanges et les essore trop rapidement, sans vraiment avoir pris le temps de les savourer.  M.M.

Heureux comme Lazzaro : « Les êtres humains sont des bêtes ». L’Inviolata est un huis clos protecteur au coeur de l’Italie mais aussi le lieu d’un asservissement quotidien. Ici, les paysans travaillent toute la journée dans les plantations de tabac pour servir la Marquise. Ils sont nombreux et parfois rustres. Et parmi eux, il y a Lazzaro, celui que tous les autres ne sont pas : un être pleinement présent qui n’est que bonté et absence de jugement. C’est aussi celui qui est sollicité et rejeté par tous. C’est ce personnage qui nous intrigue et nous fascine de bout en bout de ces 2 h 10. On ne peut s’empêcher de le lier au personnage biblique de l’Evangile selon St Jean, et pourtant, il est différent. Nous sommes à ses côtés mais ses intentions restent insondables. Peut-être parce qu’ils n’en a pas. Dès le début, on s’en que l’entourloupe n’est pas loin. Mais d’où va-t-elle venir ? Dès lors que le film semble se tourner vers le parodique, il nous ramène au réel : c’est un film de l’équilibre. On ne peut trop en révéler sans gâcher la beauté et le mystère de ce film. Disons simplement qu’il s’agit d’un très beau conte cruel. M.K.

High LifeCher lecteur, ça t’est déjà arrivé  de sortir de la salle obscure la miette de pop-corn encore collée sur le pull, de te gratter le dessus du crâne avec l’index d’un air un peu circonspect et de te dire : « Walla…chuis pas sûr de ce que je viens de voir là dis-donc » ? … Bah tu vois moi pareil et c’est un peu ça le bail avec High Life. Parce dans l’affaire qui nous occupe ici, le scénario clairement beh on s’en fout un peu puisque Claire Denis a manifestement souhaité faire un film d’ambiance. Une ambiance vaguement techno-centriste et clinique où la pure s.f est au final délaissée au profit d’une réflexion autour de la déshumanisation des êtres et qui se trouve prendre place dans le cosmos, aka l’endroit le plus déshumanisé qui soi par nature. Dans le fond, High Life est un étrange méchoui, un trip existentialiste clairement inspiré par Solaris et Jonathan Glazer. On y trouve ainsi un bébé, une sex room, André 3000, Juliette Binoche en scientifique dépressive (ah bah, on est chez Claire Denis quand même), ultra chevelue et obsédée par la récolte de sperme et un Robert Pattinson repenti-abstinent qui cultive avidement son jardin à défaut d’aller butiner Juliette. Au milieu de tout ça on nous explique pas grand chose mais ça encore on pourrait s’en passer, le truc étant qu’au final tu vas juste me demander : « Bon mais c’est bien quand même ? » et que…beh…bof quoi. Juliette et Robert sont cools et High Life offre quelques plans poétiques d’une rare beauté mais la triste vérité c’est qu’on se fait parfois un peu chier devant ce film, qui à force de ne pas vouloir trop en dire ressort plus souvent opaque qu’envoûtant. Alors bon cher spectateur, voilà ce que je te conseille :  si jamais t’as rien à faire de mieux ce week-end vas-y donc mais ça sera peut-être au péril de ton scalp. M.P

The Spy Gone North : L’agent Park est envoyé par le gouvernement sud coréen au nord afin d’enquêter sur le programme nucléaire de Kim Jong-Il. Il se fait passer pour un homme d’affaire et prétend ouvrir une voie commerciale entre les deux nations. La mission de Park est rythmé par des voyages entre le Nord, le Sud, et Pékin car encore aujourd’hui les seuls couloirs terrestres et aériens civils pour entrer en Corée du Nord partent de la Chine. Inspiré d’une histoire vraie de la fin des années 90, le film donne un aperçu d’un conflit toujours d’actualité. The Spy Gone North était présenté en sélection officielle à Cannes, hors compétition, certainement pour son sujet. Artistiquement rien ne vaudrait un quelconque engouement : montage effréné, musique accaparante, contemplation d’une réussite politique et dénonciation des manipulations des gouvernements, saupoudré d’un devoir indéniable envers sa patrie. Il s’agit bien ici d’un film d’espionnage coréen très hollywoodien en somme. L’ennui plane par moment, et on attend assis confortablement qu’un frisson nous traverse, en vain. Plutôt instructif, la séance engage surtout le spectateur à se renseigner de son propre chef sur l’un des états les plus fermés au monde. À découvrir si vous souhaitez rencontrer le Spielberg du pays du matin frais. C.L.L.

Marine Pallec, Manon Koken, Marine Moutot et Clémence Letort-Lipszyc

Sale temps à l’hôtel El Royale
Réalisé par Drew Goddard
Avec Jeff Bridges, Dakota Johnson, Chris Hemsworth
Thriller, États-Unis, 2h22
7 novembre 2018

Heureux comme Lazzaro
Réalisé par Alice Rohrwacher
Avec Adriano Tardiono, Alba Rohrwacher
Drame, Italie, France, Suisse, Allemagne, 2h07
7 novembre 2018

High Life
Réalisé par Claire Denis
Avec Robert Pattinson, Juliette Binoche
Science-Fiction, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pologne, 1h51
7 novembre 2018

The Spy gone North
Réalisé par Yoon Jong-bin
Avec Jung-Min Hwang, Sung-min Lee
Espionnage, Drame, Corée du Sud, 2h21
7 novembre 2018

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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