[CONSEILS DU VENDREDI] #14

Ce vendredi nous vous parlons de : Les Chatouilles, Les Animaux Fantastiques – Les Crimes de Grindelwald, Millenium : Ce qui ne me tue pas, Suspiria et Festen.

Les Chatouilles Le spectateur est accueilli dès l’ouverture par une danse sur fond noir. Une danse violente dans un espace infini qui sera salutaire, tant pour le spectateur que pour le personnage principal qui s’exprime par le biais de son corps. Corps qui a à jamais été blessé. « C’est un viol, Odette. » Le spectateur est rapidement plongé dans le vif du sujet : la pédophilie. Glaçant dès les premières secondes. Glaçant du fait de l’horreur du crime, de l’aveuglement des parents, du mal-être de la jeune femme et du dégoût profond qui habite chacun des spectateurs. Karin Viard nous horrifie par son interprétation d’une mère froide, si froide qu’on voudrait, nous aussi comme Odette, briser (et comprendre) cette froideur insondable. Là où certaines œuvres mettent tout un scénario à aborder le sujet, Les Chatouilles joue cartes sur table dès la lecture de son titre. Pour leur premier long-métrage, le couple Bescond-Métayer adapte sa pièce de théâtre très personnelle Les chatouilles ou la danse de la colère présentée au festival d’Avignon. Sur scène tout comme sur le plateau de tournage, la comédienne Andréa Bescond joue Odette — oui, comme dans Le Lac des Cygnes — une jeune danseuse qui décide de faire face à son passé par le biais d’une thérapie. Le choix d’inscrire le récit dans le milieu de la danse est juste et puissant. Filmer le corps en souffrance, c’est chercher tout du long la libération d’un corps prisonnier de la violence. Et malgré le drame continu, le film est rempli de notes d’humour qui nous offrent un second souffle pour poursuivre. Comme l’a si bien dit un spectateur lors de la discussion avec l’équipe, c’est impressionnant de « partir de quelque chose d’aussi noir et d’arriver à une lumière.» Ce drame, c’est finalement un récit assez universel : l’histoire de l’enfant blessé en chacun de nous, un enfant à réparer. Chacun des acteurs et actrices habite son personnage à merveille. Et la présence à l’écran de Pierre Deladonchamps, Clovis Cornillac, Carole Franck, Gringe et Grégory Montel prouve encore une fois le talent des cinéastes.
Un très beau coup de théâtre pour ces « jeunes » réalisateurs, ce film cathartique est juste tant dans sa mise en scène que dans son scénario. Un vrai moment de cinéma, plein de surprises, d’énergie et d’émotions, à découvrir d’urgence ! M.K et M.M.

Pour aller plus loin sur ce magnifique film vous pouvez trouver le document pédagogique ici.

Les Animaux Fantastiques : Les Crimes de Grindelwald : Après son évasion, le grand sorcier Gindelwald s’envole pour Paris afin de rallier à sa cause le plus grand nombre de partisan. Albus Dumbledore s’en remet à son ancien élève Norbert Dragonneau afin de mettre un terme aux maléfices de Grindelwald. Dragonneau et ses acolytes vont devoir s’aventurer dans les recoins les plus sombres de la capitale française, rencontrer de nouvelles créatures et ouvrir des portes de l’histoire des sorciers qu’ils ne pourront plus refermer. Les Animaux Fantastiques est un film bon enfant qui pétarade dans tous les sens à coups de sortilèges. Tout se doit d’être spectaculaire. Mais à trop vouloir en faire, parfois le verre déborde. On retrouve une écriture scénaristique à l’humour assez poussif et l’introduction de nouveaux protagonistes dont les histoires à peines entamées sont déjà avortées. Le film enchaine les flashbacks et les explications trop courtes, un condensé de clés narratives parfois essentielles, mais surtout bâclées. Rien à reprocher côté des effets spéciaux. Le budget, la maîtrise, tout est là. Le fantastique se mêle brillamment à la reconstitution du Paris des années 20. Mais une question subsiste. Pourquoi ne pas aller au bout de l’exploration du côté obscure ? Quand les films Harry Potter n’hésitaient pas à flirter avec le genre horrifique, Les Animaux Fantastiques adoptent systématiquement une part enjouée : le choix d’une palette chromatique colorée, vivante, comme s’il existait un espoir dans chaque part d’ombre ; une musique épique accompagne les moments les plus sombres et annonce déjà pour nos héros un destin peut être pas si tragique que ça. Il s’agit en effet de ne pas trop faire trop peur pour plaire au plus grand nombre.
Peu à peu l’intrigue pose les bases d’une continuité narrative avec la saga Harry Potter. Contrairement au premier opus, on commence enfin à comprend l’énergie et l’argent dépensés dans la mise en place d’une nouvelle saga, mais nous ne sommes pas dupes : Les Animaux Fantastiques : Les Crimes de Grindelwald est un scénario original qui s’inscrit dans un projet de cinq films. Une machine à fric vous avez dit ? C.L.L.

Millenium : Ce qui ne me tue pas : 20h, un lundi soir sur les Champs-Elysées. Sur les trottoirs de la plus belle avenue du monde ça se bouscule comme d’habitude. Celio fait des soldes tandis qu’un gars est arrêté par la police pour avoir planqué un lionceau dans sa bagnole. Au milieu de tout ça, dans un des multiplexes nichés en haut de l’avenue, se déroule aussi l’avant première du nouveau Millenium. Six ans après la version de David Fincher, neuf ans après la trilogie suédoise originale, Lisbeth Salander est de retour. Dans la salle et alors que la célèbre hackeuse tente de récupérer un logiciel de la plus haute importance tout en faisant face à ses démons passés, la moitié des sièges sont vides. Il faut dire que personne n’en a grand-chose à faire de cet énième reboot/remake/suite americano-aseptisé qui de toute manière ne parviendra pas à rendre justice à l’univers de la saga littéraire de Stieg Larsson ; série de bouquins trop sombres pour donner matière à de bon petits blockbusters des familles. Pourtant, sur l’écran Lisbeth donne de sa personne pour nous maintenir en haleine la bougresse. Désormais jouée par Claire Foy (pas mal mais qui mériterait mieux), l’héroïne Asperger gothique et torturée, s’est ici transformée en pseudo James Bond Woman : elle assomme les brutes à coups de taser, échappe à des explosions dantesques en plongeant dans sa baignoire et sème ses ennemis en ridant sur la banquise telle Jason Statham sous amphétamines. Au fond, le tout est sympathique : l’action est vaguement entertaining, l’esthétique suffisamment travaillée pour nous faire ressentir la froideur des paysages suédois (woooouuuu de la neige, du blanc, du gris, du noir, wooouuuu de la neige). Mais, et il faut le dire, le tout est également random as fuck et quand vient la fin c’est le souvenir d’une séance peu mémorable qui s’installe… Et dire que ce soir sur les Champs Celio faisait des soldes… M.P

SuspiriaÀ première vue, on pourrait croire que Suspiria se présente comme un remake du film de Dario Argento par le réalisateur de Call me by your name. En définitive, le film n’entretient que peu de liens avec le premier du nom. À noter qu’à l’inverse des couleurs criardes d’Argento, ici, les décors et les couleurs sont assez ternes, ce qui donne au film un air nostalgique si cher à Luca Guadagnino. Ce nouveau Suspiria évite le kitsch qui faisait le charme du film d’Argento, pour finalement se prendre beaucoup plus au sérieux. Pendant les deux premiers tiers, le spectateur est plongé au cœur de cette école de danse, fasciné par l’image si soignée, mais aussi l’animalité et la sensualité qui se dégagent de cet être, enfermé puis libéré, qu’est Susie. Le montage alterné de la première scène de danse est presque dérangeant par ce qu’il traduit de la souffrance faite au(x) corps, annoncée dès les êtres tronqués du générique. Encore une fois, c’est un hymne à la beauté, mais aussi au caché et à la croyance (politique, religieuse, mystique…). Par de judicieux retours entre Allemagne et États-Unis, le réalisateur nous fait entrapercevoir quelques bribes du passé et du présent de la jeune femme et souligne que la menace vient aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. On regrette tout de même l’artificialité des liens créés avec le tissu historique et l’œuvre originale ainsi que quelques scènes brisant le rythme et la teinte du récit par leur exagération. Un film qui divise, à découvrir pour se faire son propre avis. (Et puis en profiter pour (re)découvrir l’original.) M. K. et M. M.

Et par là notre article sur la Mostra de Venise où on a découvert Suspiria : ici.

Festen20 ans après sa sortie en France, le revoici sur nos écrans. Tandis que le nouveau film de Thomas Vinterberg est actuellement en salle et à voir absolument — Kursk, violente critique du régime russe et finalement mondial sur fond de catastrophe sous-marine — il est également important de voir ou revoir son premier film. Il s’agit d’un long-métrage intelligent et fort dont la mise en scène est régie par le fameux Dogme 95. Ce dogme, lancé en 1995 sous l’impulsion de Lars Von Trier et Thomas Vinterberg, impose dix règles cinématographiques sous le nom de « Vœu de Chasteté ». Ces règles doivent être respectées pour que le film fasse partie du mouvement. Les 10 règles s’opposent au cinéma trop plat du Danemark et donnent donc des instructions spécifiques pour le tournage, l’image, le son : tout doit être dans un soucis du réel et de la non-modification de ce que capte la caméra. Signé en 1995, les premiers films tournés selon ce dogme sont Festen et Les Idiots de Von Trier, sortis en 1998. Le film de Vinterberg se déroule lors d’un repas de famille. Alors que le fils ainé doit faire un discours, il en profite pour révéler de terribles secrets. Le cinéaste livre une critique au vitriol de la famille. Dans tout son cinéma, il s’est attaqué aux institutions bien gardées de l’hypocrisie humaine. Nous lui devons La Chasse et Loin des foules déchaînées, mais Festen leur est supérieur par sa mise en scène âpre au plus près de ses personnages qui rend sans artifices — sauf celui des règles du dogme — une justesse au propos et à l’histoire. Le spectateur est pris à la gorge par l’émotion et après un petit temps d’adaptation à la mise en scène est pris dans cette dure histoire. Nous en ressortons essoré(e)s et vidé(e)s, mais plein(e)s d’une magistrale leçon de cinéma. Un grand moment dont nous ne sortons pas indemne. M.M

Marine Pallec, Manon Koken, Marine Moutot et Clémence Letort-Lipszyc

Les Chatouilles
Réalisé par Andréa Bescond, Eric Métayer
Avec Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac
Drame, France, 1h43
14 novembre 2018

Les Animaux Fantastiques : Les Crimes de Grindelwald
Réalisé par David Yates
Avec Eddy Reydmaine, Katherine Waterston, Johnny Depp, Jude Law
Fantastique, Aventure, États-Unis, Royaume-Uni, 2h14
14 novembre 2018

Millenium : Ce qui ne me tue pas
Réalisé par Fede Alvarez
Avec Claire Foy, Sverrir Gudnason
Thriller, Drame, Etats-Unis, 1h56
14 novembre 2018

Suspiria
Réalisé par Luca Guadagnino
Avec Dakota Johnson, Tilda Swinton, Mia Goth
Epouvante-horreur, Italie, Etats-Unis, 2h32
14 novembre 2018

Festen
Réalisé par Thomas Vinterberg
Avec Ulrich Thomsen, Henning Moritzen, Thomas Bo Larsen
Comédie dramatique, Danemark, 1h41
23 décembre 1998 – ressortie le 14 novembre 2018

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :