[CONSEILS DU VENDREDI] #19

Ce vendredi, nous vous parlons de : Wildlife – Une saison ardente, Aquaman, Grass, New York 1997 et La huitième femme de Barbe Bleue.


Wildlife – Une saison ardente L’histoire classique d’un couple qui ne s’aime plus pour une adaptation classique du roman Une saison ardente de Richard Ford. Sous les yeux du fils Joe, Jeannette et Jerry — joués par les excellents Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal — se séparent. Lui part arrêter un feu, elle reste essayant de trouver comment gérer un avenir sans homme. La distance n’arrange rien et Jeannette devient de plus en plus étrangère à son rôle de mère et d’épouse pour se concentrer sur une carrière potentielle : elle devient professeure de natation, mais cela ne suffisant pas, elle trouve une autre manière de subsister. Joe — interprété par le bon Ed Oxenbould — est un être assez effacé, voire terne, et nous suivons l’histoire de son point de vue. La rupture aussi douloureuse peut-elle être est ici fade et sans éclat. À croire que toutes les émotions ont disparu, à l’exception de la colère et du ressentiment. Pour Joe, la mère comme le père semblent être des territoires inexplorés, des inconnus familiers, et en deviennent à force monotones. Ce premier long-métrage de Paul Dano — qu’on aime tant dans Prisoners et Little Miss Sunshine — est lisse et laisse uniquement le souvenir d’une très belle photographie – quasiment obligatoire avec cette lumière splendide et ces paysages forestiers du Montana. Il arrive à filmer la lenteur de la vie qui passe et on y trouve une certaine poésie. Le temps immuable traverse Wildlife où tout se déroule hors champ. Seuls restent les échanges entre la mère et le fils, entre le fils et le père. Cette impossibilité à lire quoi que ce soit du ressenti des personnages nous laisse clairement sur notre faim. Une mélancolie tentait de s’installer, mais peu subsiste après ces 1 h 45. M.M et M.K.

Aquaman Alors que son demi-frère – le roi Orm – est sur le point de déclencher une guerre avec les habitants de la surface, Aquaman – héritier légitime d’Atlantis – se met en quête d’un trident mythique qui lui permettra de réclamer son trône et d’unifier les sept royaumes.
« Oups [they] did it again… » Dans leur course effrénée (et souvent accidentée) pour concurrencer Marvel sur le terrain déjà bien saturé du film de super-héros, les studios DC nous livrent ici leur dernier opus pensé à la va-vite, écrit avec les pieds et filmé avec le cul. Pseudo relecture de la légende du roi Arthur rythmée poussivement à coup de tragédie familiale et de grosses bestioles aquatiques (d’ailleurs, sachez-le : un requin ça grogne comme un gros tigre, si si), le tout est d’un ennui sans fin. Totalement en roue libre, James Wan (Conjuring) semble – à l’exception de quelques rares plans plutôt bien pensés – lui aussi se faire profondément chier derrière la caméra. Nouveau prince du cinéma d’horreur ici condamné à filmer des battle de petit bassin, son manque d’enthousiasme se ressent dans la grande majorité de ce blockbuster boursouflé, que ce soit lorsqu’il filme les pérégrinations d’Aquaman et de sa promise à la façon à la manière d’une vieille sitcom AB ou en ponctuant son récit de ralentis poussifs.
Beaucoup trop long (Deux heures vingt pour voir un grand barbu et une sirène avec une perruque cheap aller récupérer une fourchette magique dans le trou du cul de l’océan c’est quand même indécent), Aquaman est également doté d’une image d’une rare laideur qui fera saigner vos petits yeux (et non, ce n’est pas à cause du chlore). Ainsi, en plus de CGI complètement ratés, il vous faudra également vous coltiner la sempiternelle palette chromatique gris foncé désormais propre à l’univers DC et qui rend inévitablement 30 à 40% du film illisible (remarque…ça repose). On pourra toutefois remarquer que Nicole Kidman (sans doute victime d’un prêt colossal à rembourser) est ici exceptionnellement bien liftée… ce qui constitue un point de ce film sur lequel on aura, il faut bien l’avouer, pas grand chose de plus à dire.
En bref : un nouvel opus qui sent le poisson. A réserver uniquement aux fans de comics et aux amateurs de merlu. M.P

GrassChez Hong Sang-soo, il y a une recette qui fonctionne : des artistes inspirés (cinéastes, acteurs, scénaristes), une discussion métaphysique et quelques bouteilles d’alcool. Même s’il l’utilise à foison (trois autres longs métrages tournés en 2017 : Seule sur la plage la nuit, Le Jour d’après et La caméra de Claire), elle continue de convaincre, car HSS aborde avec poésie les sujets qui traversent le quotidien de tout un chacun. Pour Grass, une certaine lassitude s’installe mais sûrement plus due à l’habitude qu’à un défaut de qualité. Magicien du temps, et surtout de l’instant, le réalisateur sud-coréen arrive à faire du long — ou plutôt de la langueur, au sens onirique du terme — avec du court (1 h 06 pour le présent film). « Ô temps, suspends ton vol. » Étirer chaque seconde pour donner de la valeur à l’anodin, aux petites choses auxquelles la plupart des gens ne feraient pas attention. En somme, être un fin observateur, à l’image d’Areum – à noter l’homonymie avec le personnage du Jour d’après -, belle jeune femme assise à sa table, derrière son ordinateur. Incarnée par Kim Min-hee, la muse de Hong Sang-soo, c’est un personnage à la fois spectateur et auteur : elle observe et écrit. Écrit-elle ses pensées ? Ce qui se passe sous ses yeux ? Le film lui-même en train de se jouer ? Entre réel et fiction, en permanence le doute en nous réside. Et même lorsque l’ennui nous gagne, le spectateur l’accepte avec une fascination tranquille pour ces moments. La première raison à cela est sûrement la beauté des plans fixes frontaux, tableaux photogéniques en noir et blanc. La seconde, le film avance au rythme d’une journée, du matin au soir, un peu comme la vie. La dernière, l’humain aime la comédie humaine et dans ce quasi-huis clos d’un café séoulite, elle est là, à parler amour, mort et art. M.K

New York 1997 Nous voilà dans le futur, en 1997, enfin un futur réalisé en 1980 par John Carpenter. Le scénario a été écrit en 1976 par John Carpenter dans la foulée du scandale du Watergate (1974), d’où son caractère fortement critique et politique et la frilosité des studios quant au passage à l’écran de ce sujet. Nous plongeons dans un Manhattan transformé en prison géante dans lequel traînent les pires crapules. Suite à un attentat, l’avion présidentiel s’écrase sur l’île. Les services de l’État engagent un détenu, Snake Plissken, pour le retrouver. Le film dépeint un univers sombre où le musclé et viril Kurt Russel essaye de survivre et de sauver sa peau. Tel un road trip en enfer, le héros se démène dans cette société malgré les difficultés qu’il rencontre. Finalement, Snake, en partant à la recherche du président, part surtout à la recherche de lui-même. Un grand Carpenter à découvrir en version restaurée en ce moment en salle. M.M. et M.K.

La huitième femme de Barbe Bleue : Le milliardaire Michael Brandon s’éprend de Nicole de Loiselle. Sa famille étant endettée jusqu’au cou, la jeune femme accepte d’épouser le riche américain à une seule condition : s’ils divorcent, il devra lui verser une rente plus élevée que ses sept femmes précédentes. Le duo Colbert/Cooper danse sur le fil d’un mariage qui tend à se rompre à tout moment. Michael est mené par le bout du nez et privé de tout devoir conjugal par sa femme qui n’a qu’une idée en tête : le divorce. En découlent alors de nombreux gags typiques du genre. Les dépenses à outrances, la fausse romance adultère… Autant de plaisirs classiques de la comédie romantique qu’on serait enchanté de retrouver. Cependant quelque chose ne colle pas. Le rythme semble à contre temps, les comiques de situation sont dévoilés au ralenti et arrivent à nous décrocher un rire sincère mais trop timide. L’ennui s’installe et seuls la pantomime rocambolesque de l’élégant Gary Cooper et les tenues remarquables de Claudette Colbert nous font rester sur notre siège. Une comédie nettement en dessous de Ninotchka, du même réalisateur et également écrit par Charles Brackett et Billy Wilder. C.L.L. et M.M.

Manon Koken, Marine Moutot, Marine Pallec et Clémence Letort-Lipszyc

Wildlife – Une saison ardente
Réalisé par Paul Dano
Avec Carey Mulligan, Jake Gyllenhaal
Drame, États-Unis, 1h45
19 décembre 2018

Aquaman
Réalisé par James Wan
Avec Jason Momoa, Amber Heard, Willem Dafoe
Aventure, Fantastique, Action, États-Unis, 2h28
19 décembre 2018

Grass
Réalisé par Hong Sang-Soo
Avec Min-Hee Kim, Jin-yeong Jeong, Saebyuk Kim
Drame, Corée du Sud, 1h06
19 décembre 2018

New York 1997
Réalisé par John Carpenter
Avec Kurt Russell, Lee Van Cleef, Ernest Borgnine
Action, Science-Fiction, Royaume-Uni, États-Unis, 1h34
1981 – ressortie en version restaurée le 19 décembre 2018

La huitième femme de Barbe Bleue
Réalisé par Ernst Lubitsch
Avec Gary Cooper, Claudette Colbert
Comédie États-Unis, 1h21
1938 – ressortie en version restaurée le 19 décembre 2018

Publié par Phantasmagory

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