[CONSEILS DU VENDREDI] #26

Ce vendredi, nous vous parlons de : La Favorite, Dragon 3 – Le monde caché, Tout ce qu’il me reste de la révolution, Une Intime Conviction, Arctic et Mango.


La Favorite : XVIIIè siècle, la reine Anne d’Angleterre règne sur un pays en guerre avec la France et une cour survoltée. Son amie Lady Malborough, avec qui elle entretient une relation intime, s’occupe des affaires d’État. Leur royal quotidien est chamboulé lorsque la belle Abigail arrive au palais, et a pour ambition de s’attirer les faveurs de la reine, devenir sa nouvelle favorite.
Lánthimos laisse de côté la préciosité souvent représentative des films historiques. L’aristocratie s’amuse de course de canard et de lancer de fruits mûrs sur un homme nu, les robes sont sales, au même titre que les intentions véreuses de celles qui les portent, et la reine souffrante de la goutte agit parfois de manière grotesque, colérique et burlesque, telle une enfant capricieuse. La beauté des costumes et des reconstitutions d’intérieur à couper le souffle illuminent notre visionnage. D’autre part, la mise en scène prend le parti de l’inconfort et installe ses personnages dans des plans immenses, en contre-plongée, distordus par moments. L’atmosphère étouffante précipite inévitablement le trio féminin dans la confrontation. Le sentiment d’insécurité émane de tous les recoins et dévoilent le cœur de l’intrigue : complots affectifs, stratégies politiques, elles se maltraitent, se déchirent et se complètent. Leur interdépendance fascine tant ces trois femmes dominent la cour par leur charme et leurs manipulations.
Vous l’aurez compris, La Favorite est un film dans la même veine que la filmographie de son réalisateur. Atmosphère malsaine, manœuvre sentimentale avec une pointe d’humour noire, Yórgos Lánthimos est l’un des réalisateurs contemporains les plus audacieux et les plus accomplis. Le film demeure assurément comme un incontournable de cette année 2019. C.L.L.

Dragon 3 – Le monde caché Et hop, c’est reparti pour un troisième épisode. DreamWorks relance la recette Shrek avec les dragons. Dean Deblois est aux commandes comme sur les deux premiers films (c’est aussi lui qui a co-réalisé Lilo et Stitch pour Disney). Sa saga, inspirée de la la série de romans à succès pour enfants How to train your dragon de Cressida Cowell, semble toujours faire un carton. Des vikings, des dragons, de l’aventure et surtout Krokmou… Que demander de plus ? On continue à prendre plaisir à suivre leurs aventures, même si elles donnent une impression de déjà-vu. Un monde caché ? Des ennemis-chasseurs de dragons malveillants ? Les doutes du jeune Harold ? Déjà vu. Et puis l’habituelle introduction super-héroïque : “à Beurk, on a des dragons”. Mais cette fois-ci, on se questionne sur la façon devenir un chef, le désir d’indépendance et les relations amoureuses. Evidemment, car nos héros sont devenus de jeunes adultes, et leurs dragons aussi… A souligner, la présence d’Astrid qui restent toujours aussi bad-ass avec son superbe nouveau costume en écailles de dragons. Quelques gags sympathiques – bien que pas toujours très originaux (au bout de trois films, on commence à connaître les moteurs humoristiques) – font sourire. Et puis l’ambiance est aussi beaucoup due à la musique du compositeur britannique, John Powell, qui avait déjà signé les deux opus précédents. On aime ses accents de folk irlandaise qui nous convainc immédiatement de la dimension épique de la scène. Allez, replongeons dans l’univers de Dragons, ça fait toujours plaisir ! M.K.

Tout ce qu’il me reste de la révolution Urbaniste et militante, Angèle est restée fidèle aux idéaux soixante-huitards portés par la génération de ses parents. Mais confrontées à la réalité du monde contemporain, les valeurs et les utopies défendues par Angèle se retrouvent souvent mises à mal.
Avec Tout ce qu’il me reste de la révolution, Judith Davis – également actrice principale – adapte ici sa propre pièce. Le discours déployé par la réalisatrice a l’avantage de ne pas tomber dans la naïveté ou dans les clichés éculés et rend compte des désillusions d’une génération qui jadis pensaient pouvoir changer le monde tout en montrant avec justesse les galères auxquelles se confrontent aujourd’hui leurs enfants.
Mais ici, nulle question d’anticapitalisme primaire ou de bien-pensance toute faite. Le film exclu par ailleurs tout pathos et relai d’avantage un sentiment de comédie un peu feel good qui prend parfois de légers airs de Bridget Jones. Ainsi, si on s’intéresse aux luttes idéologiques d’Angèle, le film montre également en quoi celles-ci raisonnent chez la jeune femme à un niveau plus intime et viennent mettre en avant les contradictions du personnage. Le sentiment de révolte d’Angèle trouve ainsi sa source dans une blessure personnelle plus profonde et dans un sentiment chronique d’abandon. Et si Angèle s’acharne à mener des combats que même ses parents –anciens ouvriers marxistes – ont abandonnés au profit d’un minimum de confort et qu’elle dit vouloir rassembler les gens, elle fuit par ailleurs comme la peste les relations amoureuses.
En bref, Tout ce qu’il me reste de la révolution est avant tout un projet de cœur et un beau portrait de femme qui abouti sur une petite comédie à la fois douce et intelligente que l’on ne saura que vous recommander cette semaine. M.P

Une Intime Conviction Pour son premier film, Antoine Raimbault décide de raconter une histoire qui lui est chère. En effet, lors du procès de Jacques Viguier, accusé du meurtre de sa femme, en 2009, le cinéaste est allé y assister. Pris d’intérêt, il cherche un avocat pour défendre Viguier et se lie avec la famille du condamné. Il a toujours su qu’il en ferait un film. Lors de sa création, il met un point d’honneur à se tenir au plus proche de la réalité. Il invente seulement Nora — un mélange sans doute entre lui et la nouvelle compagne de Viguier. Nora, incarnée par une Marina Foïs toujours excellente, met un combat pour prouver l’innocence de Jacques que cela tourne rapidement à l’obsession. Le récit décide de suivre le deuxième procès, alors que Viguier a déjà été acquitté. Nora est persuadée, à une « intime conviction » qu’il est innocent. Le corps de sa femme n’a jamais été retrouvé et aucune preuve tangible n’a été mise en évidence. L’accusation de Viguier est une erreur judiciaire énorme. Film solide, il raconte avec intelligence ce procès et le combat de Nora, son rapport avec l’avocat. Mais il semble manquer le : pourquoi a-t-elle cela ? Le film n’apporte aucune réponse, laissant un personnage un peu vide se battre. C’est sa propre obsession qu’il n’a pas su saisir. Le long-métrage reste malgré tout intéressant et donne à l’avocat — joué par un Olivier Gourmet, magistral — deux scènes magnifiques : une dans la colère, l’autre dans la sagacité. M.M

Arctic Mads Mikkelsen incarne un homme perdu en plein milieu de l’Arctique. Alors que la neige et le froid l’entourent — les températures pouvant descendre à -70°, il vit tant bien que mal dans l’avion avec lequel il s’est écrasé voici maintenant un petit moment. Chaque jour, il cherche un peu plus loin ce que pourrait abriter ce désert glacial. Tout bascule, quand il voit un avion tombé du ciel. Il y a découvre deux corps : un homme mort et une femme blessée. Il va alors tenter le tout pour le tout, pour sauver cette femme qu’il ne connaît pas et ne parle pas sa langue. S’ensuit une expédition extrême. Pour son premier long-métrage, le cinéaste brésilien Joe Penna choisit d’utiliser les codes du film de survie. Sans rien apporter au genre, il crée une ambiance faite de vent frappant violemment la glace et la neige. Le mutisme du personnage principal s’inscrit en opposition au déchaînement de la Nature. Le réalisateur décide malheureusement de surcharger la bande-son avec une musique tragique ayant pour but d’insister sur la situation désespérée du personnage principal. Alors qu’il aurait pu aborder son film sous l’angle d’une introspection de l’homme isolé dans la nature hostile — ce qui ne signifie pas l’absence de musique évidemment, juste un peu moins de musique —, il accumule les signes évidents de danger : l’ours, agressif et cruel, qui souhaite plus que tout au monde manger Mads, la crevasse bien cachée que trouve justement le héros, etc. L’écosystème de l’Arctique est certes inamical, mais il n’est pas pour annihiler l’humain. Non, la Nature est là, impartiale. Et c’est sans doute ce qui gêne le plus dans le film : cette diabolisation extrême de l’environnement doublée d’un rythme lent. On a donc là un long-métrage assez fastidieux, que les rares moments d’action ne font que rendre plus ennuyeux. Notons tout de même la performance de Mads Mikkelsen, toujours à la hauteur de son talent. M.M. et M.K.

Mango Mango est une jeune taupe dont le destin est de travailler à la mine, comme son père et son arrière-grand-père et sûrement son arrière-arrière-arrière… Sauf que cette perspective ne lui plait absolument pas : il rêve nuit et jour de participer à la Coupe du Monde et de devenir un joueur de football renommé. Particulièrement doué et épaulé par ses meilleurs amis, Mango va poursuivre son rêve. Mais un milliardaire véreux décide de mettre son nez dans les affaires du village et de racheter la mine. Et là, Mango doit absolument réagir !
Et c’est parti pour une plongée au coeur de l’Angleterre. Au rendez-vous : amour du football, travail à la mine et accents britanniques ! Les clins d’oeil à l’histoire britannique sont nombreux et très appréciables. Trevor Hardy a animé de petites marionnettes pelucheuses pour donner vie à tous les habitants du village de Diggington : taupes, vaches, lapins, souris et tant d’autres participent à l’aventure. On pense à une légère inspiration studio Aardman (et on l’apprécie aussi) du fait de l’animation en stop-motion et du pitch habituel : un héros grandit dans un milieu où son destin est tout tracé mais celui-ci refuse de se plier aux règles. Le résultat est particulièrement enthousiasmant et humoristique. Même en ayant un désintérêt profond pour le football, le spectateur sera séduit. Les personnages sont drôles et attachants. On prend un réel plaisir à tendre l’oreille pour identifier les accents chantants. A voir en VO impérativement ! On a là un film aussi bien pour les petits que pour les grands. M.K.


Manon Koken, Marine Moutot, Clémence Letort-Lipszyc et Marine Pallec

La Favorite
Réalisé par Yórgos Lánthimos
Avec Olivia Colman, Rachel Weisz, Emma Stone
Drame, Histoire, États-Unis, Royaume-Uni, Irlande, 2h00
6 février 2019

Dragon 3
Réalisé par Dean Deblois
Avec Donald Reignoux, Florine Orphelin, Féodor Atkine
Animation, Aventure, États-Unis, 1h44
6 février 2019

Tout ce qu’il me reste de la révolution
Réalisé par Judith Davis
Avec Judith Davis, Malik Zidi, Claire Dumas
Comédie, France, 1h28
06 février 2019

Une Intime Conviction
Réalisé par Antoine Raimbault
Avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas
Judiciaire, Thriller, France, 2h01
06 février 2019

Arctic
Réalisé par Joe Penna
Avec Mads Mikkelsen, Maria Thelma Smáradóttir
Aventure, Thriller, Islande, 1h37
06 février 2019

Mango
Réalisé par Trevor Hardy
Animation, Royaume-Uni, 1h35
6 février 2019

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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