[CRITIQUE] Marie Stuart, Reine d’Écosse

Femmes et pouvoir

La particularité de cette nouvelle adaptation, sur la vie tumultueuse de la Reine d’Écosse Mary Stuart, est qu’elle réhabilite ce personnage qui fut longtemps condamné par l’Histoire. Vue par les historiens comme une femme frivole qui n’était pas digne de gouverner, elle fut, en 2004, l’objet d’une biographie, écrite par John Guy (II) qui remit à jour les pendules : non, Mary Stuart n’était pas légère, mais au contraire, une femme forte et capable de diriger. Les hommes ont sans cesse essayé de la faire destituer et ont réécrit l’Histoire en la montrant sous un jour négatif. Il ne fallait pas qu’une femme soit digne de gouverner : alors, ce fut une putain, une femme adultère. Toujours le sexe qui est mis en avant. La femme est impie et l’homme est un Don Juan. Par exemple, Henri Ier fut connu comme Barbe-Bleue : ce qui choque plus ce n’est pas qu’il ait eu plusieurs femmes, mais qu’elles soient presque toutes mortes. Ainsi, arrêtons de voir les femmes comme des saintes pour regarder les choses en face. Les femmes comme les hommes ont des désirs, des besoins et des attentes. Si Marie Stuart s’est mariée deux fois dans sa vie, ce n’était pas à cause de ses mœurs légères — et quand bien même peu importe. Le film vous en dira plus sur ses raisons.

Le long-métrage, mis en scène par Josie Rourke — qui est actuellement directrice artistique du Théâtre Donmar Warehouse à Londres — est donc féministe et espère plus que tout montrer que les femmes sont tout aussi dignes que les hommes, sinon plus, de gouverner des Royaumes.

Le récit commence quand Marie Stuart rentre en Écosse, après 15 ans de vie en France. Catholique parmi les protestants, elle aspire à réconcilier son peuple en autorisant chaque personne à choisir sa religion sans ordre de la Couronne. Dès les premières minutes, nous comprenons qu’elle est profondément pacifiste et souhaite rassembler deux terres qui pendant des siècles sont en guerre. En face d’elle, la reine d’Angleterre, Elizabeth 1re est une souveraine installée qui a fait le choix de ne jamais se marier pour ne pas subir ce que sa mère connut avec son père, Henri VIII. Autre figure mythique qui fut de nombreuses fois reprise au cinéma, la reine Elizabeth restait, jusqu’ici, l’éternelle romantique qui devait choisir entre sa vie privée et le pouvoir, qui se sacrifiait pour la Couronne. Ici, même si follement amoureuse de Lord Dudley, elle n’en oublie pas moins son pouvoir. Et le film nous montre comment elle a essayé de concilier sa condition de femme à celle de monarque. Elle a souhaité effacer la femme derrière la reine. À plusieurs reprises, elle affirme : «Je me sens plus homme que femme.» Et pourtant, ne serait-ce pas en refoulant sa propre nature qu’elle finit par se défigurer, n’étant plus que l’ombre d’elle-même cachée sous le fard et la Monarchie?

L’aspect le plus important du film est de montrer sans cesse comment les hommes ont essayé d’usurper le pouvoir de Marie Stuart et comment elle a prouvé par son intelligence qu’elle pouvait garder son trône. La réhabilitation de Marie Stuart passe par la parole. La cinéaste et les scénaristes laissent le personnage s’expliquer, montrer ses défauts et son mécontentement. Ce n’est plus une simple façade que des hommes tentent de diriger. C’est une femme qui prend et défend ce qu’elle croit. Les deux actrices qui se font face sont magnifiques dans leurs robes et avec leurs coiffures, mais ce qui se dégage d’elles est plus que de la beauté, mais une véritable force de caractère et une prestance sublime. Deux reines aux antipodes pour également montrer qu’être une femme monarque ne signifient pas une seule manière de gouverner. Femme ne définissant pas l’être humain entier.

Un grand film en costume, qui prêche sans doute par la multitude de personnages et le peu de temps que nous avons pour les côtoyer. Mais le portrait de ces deux souveraines est proche d’une réalité historique qui leur rend hommage. La scène de rencontre entre les deux femmes, même si fantasmée, est cruciale pour la compréhension de ce que cela fait d’être une Reine dans un monde uniquement masculin. Costumes, décors, images et musiques donnent au récit la grandiloquence d’un long-métrage d’époque. Un film à aller voir, revoir et décortiquer pour enfin découvrir une nouvelle vision de la femme monarque.

Marine Moutot

Marie Stuart, Reine d’Écosse
Réalisé par Josie Rourke
Avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden
Historique, Drame, Angleterre, État-Unis, 2h04
27 février 2019

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

2 commentaires sur « [CRITIQUE] Marie Stuart, Reine d’Écosse »

  1. Bonjour,

    Je me permet juste de mentionner une erreur.. Elizabeth I est la fille d’Anne Boleyn et de Henry VIII.. pas d’Henry Ier !

    Je trouve cet énième film sur Marie Stuart encore bien navrant et un peu trop fantasmé. Historiquement, le scénario est bien mené malgré quelques créations. Toutefois, il ne rend grâce à aucune des deux reines.

    Toutefois, je félicite vraiment le jeu des deux actrices, qui arrivent à ne pas rendre le film pathétique.

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