[CONSEILS DU VENDREDI] #30

Ce vendredi, nous vous parlons de : Sibel, Captain Marvel, Damien veut changer le monde, Funan, Le Mystère Henri Pick, Dans les bois et Le Cochon, le renard et le moulin.


Sibel Dans un village isolé en Turquie, Sibel est une jeune muette rejetée par la communauté qui ne comprend pas son handicap. Maudite, elle passe ses journées à travailler dans les champs avec les autres femmes et à parcourir la forêt, seule, pour tenter de tuer le loup. Elle communique grâce au langage ancestral : un sifflement — dont le début du film nous explique le fonctionnement. Un jour, elle tombe sur un fugitif, Ali. Blessé, elle s’en occupe et trouve en sa compagnie un monde nouveau : loin de préjugé de son village, elle est enfin acceptée comme elle est. Entière. Sibel raconte l’apprentissage d’une jeune femme qui devient une femme libre et forte. La traque du loup, qu’elle mène chaque jour, renvoie consciemment ou non à la métaphore de l’homme, de la fin de l’innocence. Cette quête est celle de tout être humain qui cherche à changer d’état, qui grandit. Sibel est un être dont la voix a fait d’elle une moitié de femme. Cette situation lui permet d’un côté de se promener librement, les cheveux aux vents et de faire ce qu’elle veut. Mais d’un autre côté, l’oblige à rester seule, à ne pas être aimée, et d’être constamment violentée verbalement ou physiquement. Cette fausse liberté, elle la passe à traquer le loup qui hante la forêt et empêche les femmes d’y aller. Elle y voit régulièrement Narin, une vieille dame qui attend le retour de son amant. Le film est très inventif dans sa mise en scène nerveuse et fébrile qui montre bien l’état d’esprit de Sibel. La caméra l’accompagne sans cesse et nous montre son point de vue. L’apprentissage se fait dans la violence et les hommes sont très peu présents du récit. Ils sont en arrière-plan. Le père de Sibel est la seule entité masculine. Il aime sa fille et le lui montre par de petits gestes : il lui offre un fusil de chasse, l’autorise à faire ce qu’elle veut. Mais il ne comprend pas ce que vit sa fille au jour le jour. Il ne voit pas qu’il traite ses filles différemment ; il les sépare et attise la jalousie entre elles. De plus, le récit ne se focalise pas sur l’histoire d’amour et comment cette histoire transforme Sibel. Nous sommes ici loin du mythe de l’homme qui viendrait sauver la femme. Sibel n’est pas une princesse, mais une femme profondément indépendante qui croit en sa liberté : elle est estomaquée quand son père lui annonce que sa petite sœur va se marier. Pour elle, Fatma doit continuer d’aller à l’école pour se libérer du joug des autres femmes du village qui, de génération en génération, perpétue une tradition patriarcale. Le scénario est d’une efficacité, à la fois dans sa critique et sa compréhension des mœurs des personnages.
La réalisatrice turque Çağla Zencirci et le réalisateur français Guillaume Giovanetti réalisent ici leur troisième long-métrage. Un film puissant et magnifique. Ne vous fiez pas à la musique stéréotypée de la bande annonce, le film en est entièrement dépourvu. Sa force vient qu’il respecte le bruit de la forêt et du quotidien de ses personnages, mais également le silence de son héroïne. Une scène particulièrement forte est quand Sibel tente de crier. C’est le silence du désespoir. Rien n’est dans le pathos, mais dans la justesse des sentiments. Sibel est à découvrir au cinéma de toute urgence. M.M. 

Captain Marvel : Membre du peuple Kree, Vers – combattante habile mais frappée d’amnésie– part en mission avec son commando pour lutter contre l’invasion des Skrulls. Lors de la mission, Vers est kidnappée par l’ennemi et commence à découvrir des brides de son passé. Une fois sur Terre, elle décide de se mettre en quête de réponses.
Après dix ans d’existence et environ 8 589 films, voilà le premier film du Marvel Universe à mettre en avant un protagoniste féminin (pour une saga qui a révolutionné le cinéma grand public, il vaut mieux tard que jamais hein). Présenté comme une petite révolution au sein de la saga qui devrait servir à redessiner le futur de la franchise, Captain Marvel peine cependant à réellement marquer les esprits.
Malgré ses qualités (présence d’un casting quatre étoiles avec notamment la présence d’Annette Bening), le film peine à tirer son épingle du jeu et reste fidèle au cahier des charges de l’écurie Marvel. On y retrouve ainsi logiquement aussi bien ses qualités que ses défauts (combats rondement menés, univers graphique aux couleurs chatoyantes, blagounettes parfois poussives…). Brie Larson et Samuel L. Jackson (très en forme et numériquement lifté à la perfection) constituent pour leur part un duo pour le moins divertissant mais qui peine à maintenir l’intérêt du spectateur, la faute à un scénario lambda qui délaisse comme d’habitude la psychologie de ses personnages au profit d’effets de divertissements spectaculaires et consensuels.
Honnête blockbuster qui a l’avantage de ne pas forcément nécessiter le visionnage des autres films de la franchise, Captain Marvel reste donc un film pas déplaisant dans le fond mais néanmoins foncièrement peu mémorable. M.P

Damien veut changer le monde : Pour éviter à une mère et son fils d’être expulsés hors du territoire français, Damien décide de reconnaître légalement qu’il est le père de l’enfant. D’une démarche spontanée va naître une envie de défier la loi et de combattre plus particulièrement le délit de solidarité. Sujet d’actualité depuis déjà quelques temps, on ne peut pas s’empêcher de penser à Cédric Herrou et le documentaire Libre (2018). Le thème est traité bien évidemment avec plus de légèreté ici, mais défend avec conviction les valeurs de solidarité et de fraternité. Damien perçoit ses actions comme un partage de sa nationalité et la nécessité de faire profiter aux plus démunis de nos richesses personnelles. Sans révolutionner le genre de la comédie sociale, le film aborde de manière plutôt originale l’immigration en France et le combat pour rester sur place et obtenir un titre de séjour. On verse une larmichette lors des beaux discours sur la fraternité mais on déplore le manque cruel de finesse dans l’écriture des situations. Les personnages semblent en roue libre dans leurs conversations, et certains effets de comique ressortent plus gênants que cocasses. On peut rire de tout, encore faudrait il que ce soit bien mené. Damien veut changer le monde ne révolutionne pas notre regard de spectateur. Si vous voulez voir un film accompli dans le genre comédie engagée, on vous conseille sur une autre thématique, Les invisibles, sorti en début d’année. C.L.L.

FunanCe premier long métrage d’animation a été fortement inspiré à Denis Do par le vécu de sa mère et les récits qu’elle lui a transmis de l’exode forcés des populations citadines cambodgiennes en 1974. Il retranscrit à merveille la complexité du vécu des populations subissant quotidiennement le joug des Khmers rouges : les familles séparées, les enfants endoctrinés, le chacun pour soi. Mais surtout l’animation de Denis Do montre la violence de cette période avec beaucoup de finesse… et ce n’est pas une mince affaire ! Le spectateur en apprend énormément aussi bien au niveau historique qu’émotionnel. La simplicité de l’animation laisse toute sa place à la puissance du récit touchant d’une mère à la recherche de son fils. M.K.

Le Mystère Henri Pick : Le film commence comme un thriller — musique haletante, petite ville énigmatique. Un manuscrit est trouvé à la pointe du Finistère dans une petite bibliothèque municipale. Une jeune femme, éditrice, apprend l’existence de la Salle des Livres refusés. Intriguée, elle y va un matin et y découvre un manuscrit génial signé Henri Pick. Subjuguée par le talent de l’ouvrage, elle le publie et le livre devient un best-seller, d’autant plus que le romancier était un pizzaïolo du coin, mort depuis quelques années. Étrange personnage pour un roman de cette envergure. Le mystère de l’auteur buzze plus que le livre en lui-même. Jean-Michel Rouche, un célèbre critique littéraire, est persuadé qu’Henri Pick n’a pas pu écrire ce récit, trop profond, trop dense. Sabotant sa carrière et son mariage, il n’a plus d’autres choix que de partir sur les pistes de cet homme. Se transformant en Sherlock Holmes, il s’en va à Crozon, petite ville bretonne, et trouve en la fille d’Henri Pick son Dr Watson. Classique dans sa facture, le nouveau long-métrage de Rémi Bezançon — dont le premier film était l’extraordinaire Le Premier jour du reste de ta vie — déçoit. L’humour tombe à plat, un peu comme Fabrice Luchini épuisé et à bout de souffle dans le rôle de ce critique arrogant. Seule Camille Cottin sort son épingle du jeu. Face, à des acteurs et actrices assez inégaux, l’histoire n’arrive pas à trouver assez d’énergie pour nous tenir en haleine devant ce mystère. Adapté du polar littéraire de David Foenkinos, le film se regarde de manière plaisante, mais sans brin de magie en plus. M.M

Dans les bois : Là où le temps et la présence humaine semblent n’avoir aucune prise, c’est là que nous emmène le réalisateur Mindaugas Survila. Dans les bois (The Ancient Woods en V.O.) est une plongée au cœur d’une forêt primaire lituanienne et au plus près des animaux qui la peuplent. Blaireau se grattant la bedaine, loir baillant aux corneilles après un long sommeil, parade insolite des tétras-lyre, autant d’espèces que nous pouvons observer discrètement à travers l’oeil de la caméra. Ces prises de vue sont pour le moins stupéfiantes. Mindaugas Survila porte aussi une véritable attention au son : seuls les cris des animaux et les craquements des branchages emplissent l’espace sonore. Et l’absence de commentaire en voix-off ou de carton renforcent l’immersion. Nous sommes embarqués et embusqués, derrière un arbre, sur un tapis de mousse, à l’affût, tendant l’oreille et l’œil aux aguets. M.K.

Le Cochon, le renard et le moulin : Le Cochon, le renard et le moulin est inspiré du monde de The Dam Keeper, un court métrage américain de Robert Kondo et Daisuke Tsutsumi sorti en 2014. L’animation peinte, très belle et épurée, séduit par la finesse de son trait et ses touches de peinture qui créent un univers vaporeux, onirique et parfois étrange. C’est un lieu en création perpétuelle. Ce long métrage est aussi une très belle manière d’aborder certains sujets et émotions de manière particulièrement poétique : l’amitié, l’absence des parents, la peur, la famille, le courage ou encore le rêve. M.K.

Manon Koken, Clémence Letort-Lipszyc, Marine Moutot et Marine Pallec

Sibel
Réalisé par Çağla Zencirci, Guillaume Giovanetti
Avec Damla Sönmez, Emin Gürsoy, Erkan Kolçak Köstendil
Drame, Allemagne, France, Turquie, Luxembourg, 1h36
6 mars 2019

Captain Marvel
Réalisé par Ryan Fleck et Anna Boden
Avec Brie Larson, Jude Law, Samuel L. Jackson
Super-héro, États-Unis, 2h05
6 mars 2019

Damien veut changer le monde
Réalisé par Xavier de Choudens
Avec Franck Gastambide, Melisa Sözen, Gringe
Comédie, France, 1h39
6 mars 2019

Funan
Réalisé par Denis Do
Avec Bérénice Bejo, Louis Garrel, Colette Kieffer
Drame, Animation, Cambodge, France, Luxembourg, Belgique, 1h22
6 mars 2019

Le Mystère Henri Pick
Réalisé par Rémi Bezançon
Avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz
Comédie, France, 1h41
6 mars 2019

Dans les bois
Réalisé par Mindaugas Survila
Documentaire, Lituanie, Estonie, Allemagne 1h03
6 mars 2019

Le Cochon, le renard et le moulin
Réalisé par Erick Oh
Animation, États-Unis, 0h50
6 mars 2019

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

2 commentaires sur « [CONSEILS DU VENDREDI] #30 »

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