Les notules à retardement #8

Ce mercredi, nous vous parlons, avec un peu de retard, de L’Epoque, Gloria Bell et Tremblements.


L’Epoque Ce documentaire se veut une réflexion sur la jeunesse du Paris de l’après-Charlie. 2015, 2016, 2017, il égrène les années. On attendait là un film convaincant sur la jeunesse d’aujourd’hui, sur notre jeunesse, mais il n’est pas venu. Pourtant, les rencontres intéressantes devaient être présentes parmi tous ces jeunes mobilisés dans la rue. Les interviews s’enchaînent, creuses et décevantes : étudiante de Sciences Po alcoolisées, jeune bourgeoise roucoulante au restaurant, euphoriques dragueurs de rues, eux aussi alcoolisés… Quel est le message sur la jeunesse ? Il semble assez désespérant. Après tout, pourquoi pas ? Notre jeunesse a de quoi désespérer. Mais quelle réflexion faut-il trouver derrière cet enchaînement de plans esthétisants (spots de boîte de nuit, néons de bar, monuments parisiens illuminés…) soulignés par des morceaux de musique de chambre ou d’électro au volume maximum ? Ces plans pourraient être très beaux mais il deviennent prétentieux du fait de la vacuité du documentaire. Est-ce là tout ce qui ressort de la jeunesse ? Le néant ? Le ridicule ? Evidemment qu’il est possible de faire un documentaire sur la perte de sens, d’espoir, de futur, mais pour cela il faut un minimum de propos. A croire que le réalisateur a monté bout-à-bout toutes ses rencontres, intéressantes ou non, et longues, très longues. Il semble plus chercher à séduire qu’à comprendre, donner la parole à ceux qui ont quelque chose à dire et à construire un propos. Voilà, on a traversé Paris dans l’obscurité pendant 1 h 30. Et à la fin de la nuit, que reste-t-il ? M.K.

Gloria Bell : Remake d’un de ses précédents longs-métrages, Sebastiàn Lelio retrace avec Gloria Bell le parcours d’une cinquantenaire qui tente de tromper sa solitude comme elle peut, en passant des boîtes de nuit à la thérapie du rire. Un jour elle rencontre Arnold, avec qui une belle histoire d’amour semblerait possible, s’il n’était pas lui-même prisonnier de ses deux filles, incapables de s’en sortir sans lui; Le personnage campé par Julianne Moore est intéressant et on se laisserait volontiers séduire par ses pulsions de vie et son originalité. Malheureusement on s’ennuie vite, et on attend longtemps que le film décolle, en vain. Pourtant les sujets abordés n’étaient pas dépourvus d’intérêt : comment combler la solitude après un divorce, quand les enfants sont devenus grands et qu’on est livrés à soi-même ? Comment faire de nouveau des rencontres lorsque l’on sort de vingt ou trente années de vie de famille ? Et Gloria Bell est un personnage de femme forte, qui ne se laisse pas abattre par les épreuves qu’elle traverse. Mais ça ne prend pas. Ses frasques rappellent une Bridget Jones version senior, en moins drôle. Toutefois la moralité finale du film rassure un peu : tout cela n’a pas servi à rien, et elle comprend enfin qu’elle peut se suffire à elle-même et qu’elle n’a pas besoin d’être avec un homme pour être heureuse. La performance de Julianne Moore reste cependant digne de l’actrice et adoucit un peu l’humeur qu’on pourrait avoir en sortant de la salle. Mais en définitive, et à l’instar de l’héroïne qui conclut qu’il vaut parfois mieux se passer des hommes que d’être mal accompagnée, on peut nous aussi décider de se passer de ce film un peu insipide qui ne nous apportera pas grand chose en fin de compte. A.E.

Tremblements Quand la famille de Pablo apprend son homosexualité, celui-ci perd tout. On lui interdit de voir ses enfants, il est renvoyé de son travail, et tout le monde le traite comme un criminel. Ses proches se lancent dans une croisade contre ce qu’ils considèrent être une maladie, un péché si grave qu’il en provoque des tremblements de terre, signe de la colère divine selon eux. Tellement obnubilés par leur combat contre la relation qu’entretient Pablo avec Francisco, ils n’ont même pas conscience de leur démence, ni du ridicule de leurs tentatives de « guérison » qui s’apparentent plutôt à des scènes d’exorcisme. Rongés par leur intolérance et leur refus de comprendre, ils mettent au supplice Pablo qui se retrouve déchiré entre son amour pour Francisco, son désir de vivre libre, comme il l’entend, et sa hantise de perdre ses enfants. Quand l’Église s’en mêle, la même qu’il a l’habitude de fréquenter avec sa famille depuis des années, Pablo se retrouve entraîné malgré lui dans une sorte de camp de guérison, où on lui réapprend à être « un homme, un vrai », à coups de propagande viriliste et de recettes miracles pour le faire redevenir « normal ». Avec Tremblements, Jayro Bustamante s’attaque à l’homophobie avec finesse et subtilité, et nous livre un drame qui nous fait grincer des dents tant il est d’actualité lorsqu’on pense aux récentes exterminations massives en Tchétchénie, entre autres choses malheureusement. Très bien mené, ce long métrage nous emporte aussi dans un Guatemala très religieux, au point que le divin finit par l’emporter sur l’humain. Une réussite. A.E.

Manon Koken et Amandine Eliès

L’Époque
Réalisé par Matthieu Bareyre
Documentaire, France, 1h34
17 avril 2019

Gloria Bell
Réalisé par Sebastiàn Lelio
Avec Julianne Moore, John Turturro, Caren Pistorius
Romance, comédie dramatique, Etats-Unis, 1h41
1 mai 2019

Tremblements
Réalisé par Jayro Bustamante
Avec Juan Pablo Olyslager, Diane Bathen, Mauricio Armas
Drame, Guatemala, 1h47
1 mai 2019

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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