[72ème FESTIVAL DE CANNES] Douleur et Gloire

Film présenté en Compétition à la 72ème édition du Festival de Cannes

Le Film de Toute une Vie ?

Le début de Douleur et Gloire commence par diverses formes géométriques et couleurs qui s’enchainent sur un air de musique purement almodovardesque. La caméra dessine de la beauté jusqu’à arriver à son personnage principal assis dans l’eau tel un fœtus dans le ventre de sa mère. L’apnée dans laquelle il se plonge est celle dans laquelle il s’est enfermé : ne sortant plus et ne travaillant plus, il ressasse des souvenirs. Puis nous longeons une cicatrise qui parcourt tout le long du dos. Nous allons rentrer au plus profond de son être, chercher de quoi cet homme est fait. Suivre la colonne vertébrale de son identité.

Salvador est réalisateur en manque d’inspiration que l’ennui et les douleurs de la vieillesse dépriment. Il se replonge dans ses souvenirs et le monde qui l’entoure n’est fait que de retrouvailles. Alors que la Cinémathèque de Madrid lui propose de présenter son film Sabor, réalisé trente-deux ans plus tôt, c’est pour lui l’occasion de renouer avec l’acteur principal à qui il n’a plus parlé suite au tournage. Salvador ne sort presque plus de chez lui, rongé par une santé qu’il trouve défaillante et inadéquate pour continuer de tourner. Ce retour aux origines est pour lui aussi salvateur que le moment de faire de nouvelles expérimentations. Joué par Antonio Banderas — méconnaissable et magnifique dans son rôle — Salvador ressemble au cinéaste espagnol : cheveux, barbe, attitude sans doute. Pedro Almodovar a toujours utilisé son passé, les gens qu’il connaissait pour créer ses personnages. Ce n’est donc pas une surprise qu’il le fasse ici. Œuvre testamentaire ? Autopsie de sa vie ? Le réalisateur reste mystérieux sur ce qui a été au non des éléments de sa propre vie. Peut-être tout, peut-être juste l’essence. C’est incontestablement un hommage à sa mère qui a inspiré ses plus beaux films. Et c’est un hommage à son cinéma qui rejaillit ici dans les moindres détails.

Entre flash-back de la petite enfance de Salvador, où il découvre son premier amour et parle à demi-mot de sa haine de l’Église qui a fait son éducation — ils en ont fait « un ignorant », et nous rappelle La Mauvaise éducation — et moment de déprime dans un appartement haut en couleur, qui ressemble étrangement à celui de Femmes au bord de la crise de nerfs, le récit raconte surtout la mère de Salvador et son rapport à sa mort. Le premier souvenir pourrait s’apparenter à un cliché : des femmes lavent des draps gaiement et se mettent à chanter, tout cela sous les yeux du jeune Salvador, émerveillé. Cette séquence est tellement stéréotypé qu’elle en devient magnifique. Puis il y a la fin de la vie de sa mère, dont le cinéaste ne s’est pas remis. Ce récit est un réel retour aux sources et un moyen de faire des retrouvailles avec tous les fantômes de son passé pour aller de l’avant et créer à nouveau. Pedro Almodovar retrouve ici une justesse qu’il semblait avoir perdue sur le chemin. En parlant de sa vie et de son rapport à son œuvre, il nous donne envie de replonger dans une filmographie riche et foisonnante. Le cinéaste ne quitte ni sa mise en scène avec des couleurs criardes sur fond de lumière blanche, ni la musique, ni ses acteurs, mais arrive à leur injecter un sérum de jeunesse pour un film puissant. Œuvre magistrale, Douleur et Gloire est à découvrir dès maintenant au cinéma. Palme d’Or ? Il le mérite en tout cas.

Marine Moutot

Douleur et Gloire
Réalisé par Pedro Almodóvar
Avec Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia
Drame, Espagne, 1h52
17 mai 2019

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

4 commentaires sur « [72ème FESTIVAL DE CANNES] Douleur et Gloire »

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