Bong Joon-ho, retour sur Parasite

Le film a remporté la Palme d’Or à la 72ème édition du Festival de Cannes

BJH, un cinéaste de talent

Bong Joon-ho s’est fait connaître à l’international, en 2003, avec son deuxième long-métrage, Memories of Murder. Le film s’inspire du premier tueur en série de Corée du Sud dans les années 1980. Un policier et un détective venu de Séoul font équipe tant bien que mal pour trouver le meurtrier. Mais peu à peu, alors que les crimes continuent, ils commencent à douter de leur habileté à arrêter l’assassin. Le cinéaste coréen livre une œuvre étonnante sur la nature humaine avec ce long-métrage d’une grande maîtrise, tant dans la mise en scène que dans la description des personnages. Le thriller coréen s’est réellement exporté en France au début des années 2000, avec Memories of Murder et Old Boy (Oldeuboi, Park Chan-Wook). C’est le renouveau d’un cinéma qui depuis n’a pas arrêté de produire de petites pépites cinématographiques — dernièrement Mademoiselle (Agassi, Park Chan-Wook, 2016) et Parasite (Gisaengcung, 2019). Mais contrairement à beaucoup de thrillers coréens, par ailleurs excellents, Memories of Murder réussit à dépeindre une histoire crédible sans combats et sans effusion de sang. On retrouve cette même caractéristique dans son film d’horreur, The Host (Gwoemul, 2006), où il s’attarde sur une famille dont les membres sont séparés les uns des autres dans un Séoul sous le joug d’un monstre marin. Plus que les habituels jump scare, ou autres moments gores, le film prend le temps de décrire les différents individus et leurs problèmes personnels qui s’entrechoquent avec brio dans des situations stressantes et quelquefois terrifiantes, toujours dramatiques. Le tout est assaisonné d’une petite touche de critique écologique dans une Corée qui se laisse envahir par la technologie. Bien que parfois un peu simpliste dans son déroulement, le récit ne l’est jamais quand il est question des personnages principaux.

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Bong Joon-ho a, pour ces deux films (ainsi que Snowpiercer), choisi l’acteur de génie — et nous pesons nos mots ici — Song Kang-Ho. Cet acteur coréen, qui refuse de tourner à l’international, a joué avec les plus grands : il fut de la partie pour le premier film de Park Chan-Wook : JSA (Joint Security Area) en 2000. Il était encore là pour Lady Vengeance ainsi qu’en prêtre transformé en vampire dans Thirst, ceci est mon sang, (Bakjwi, 2009). Il a toujours su jouer des personnages proches de la folie, qu’elle soit douce ou en décalage total avec son environnement. Il tourne avec Jee-Woon Kim où il interprète le Cinglé du trio du Bon, la Brute et le Cinglé (Joheunnom nabbeunnom isanghannom, 2008) et également dans Secret Sunshine (Milyang, 2007) du cinéaste Lee Chang Dong, pour qui il jouera également dans Green Fish (Chorok mulkogi, 1997). Son premier rôle sera dans Le jour où le cochon est tombé dans le puits (Doae-ji-ga Woo-mool-e Bba-jin Nal, 1996) du génial Hong Sang-soo

Dans Memories of murder, la folie côtoie l’incompétence pour ce policier qui veut pourtant bien faire, mais qui ne saisit pas, dès le début, le côté tragique de ce qui est en train de se passer dans sa petite bourgade coréenne. Dans The Host, ce père d’une jeune fille est totalement à côté de la plaque et n’arrive pas à joindre les deux bouts, même s’il a le soutien de sa famille : son père, sa sœur et son frère. Quand le monstre attaque, il fera tout son possible pour sauver sa fille, malgré sa gaucherie touchante. Dans Snowpiercer, le transperceneige (Snowpiercer, 2013), le premier film international de Bong Joon Ho, il joue un mécanicien shooté en permanence accompagné de sa fille qui a un plan bien à lui pour déjouer le compartimentage des classes du train.

Avec Snowpiercer, le cinéaste coréen réalise un film multinational. Tiré d’une bande dessinée française, les acteurs sont américains, anglais, coréens, les producteurs français, américains, tchèques et coréens. Cette superproduction ne retire rien au talent du réalisateur à parler des individus. Dans cette lutte des classes violente, Bong Joon Ho expérimente encore une fois des mises en scène virtuoses. Dans un train toujours en mouvement, il montre son génie pour des séquences d’actions intenses — on pense particulièrement à la scène dans le wagon où l’arrière du train doit se battre avec une milice dans le noir alors que le train entre dans un long tunnel. Intense, c’est bien le mot. Intense et magistral. De plus, le fin mot de l’histoire est magnifique et extrêmement tragique. Il révèle au fur et à mesure du film des passages du passé de ces personnages principaux ce qui rajoute de la tension au récit. Avec Okja, qui a beaucoup fait parler de lui, car non distribué en salle, mais directement sur Netflix, Bong Joon Ho s’est malheureusement perdu dans le grandiloquence de l’Amérique. Même si le film est un beau plaidoyer contre la production intensive de viande, il n’arrive pas à nous rendre attachant la trop grande multitude de personnages. Un peu vain, le long-métrage n’est pas à la hauteur du talent que le cinéaste a pu développer dans son dernier film Parasite, Palme d’Or au dernier Festival de Cannes. Une Palme d’Or qui récompense un grand film, mais surtout un immense réalisateur, parmi les meilleurs actuels. Retenez ce nom : Bong Joon Ho, car il a marqué d’une pierre blanche l’histoire mondiale du cinéma en cette année 2019.

Et pour profiter d’entendre le son de la voix de notre cher réalisateur coréen à Cannes, voici l’interview de BJH à Cannes par Augustin Trapenard (Boomerang, 24/05/2019, France Inter) : ici

Parasite : un coucou palmé dans le nid cannois

Petits boulots avilissants, études avortées, quotidien difficile : Ki-taek et sa famille sont en pleine galère. Lorsqu’un ami de son fils propose à ce dernier de le remplacer au poste de professeur d’anglais de la fille de la richissime famille Park, c’est une opportunité en or qui se présente à eux. Opportunité pour chacun d’entre eux… Dans la famille de Ki-taek, je voudrais le père, le fils, la mère, la fille…

A l’image du réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda l’an dernier avec le magnifique Une affaire de famille, Bong Joon Ho décide de s’intéresser aux déclassés de la société, ici, coréenne. Il cherche ainsi à évoquer le traumatisme collectif du peuple coréen grâce à la fresque familiale. Ici, chacun des personnages agit pour le collectif, le bien commun. C’est une ode à la famille et à la solidarité. A noter qu’il faut se méfier de l’eau qui dort. Car BJH ne fait pas dans le social, avec lui, l’invraisemblable surgit dans le quotidien et la surprise est une nouvelle fois au rendez-vous. Il reprend les codes du thriller mais le réinvente. Les retournements de situation sont nombreux mais pas lassants. Le spectateur se prend totalement au jeu de BJH et accepte tout ce qui se présente à lui, impatient et haletant, avide de la poursuite des péripéties. Il sait si bien déjouer nos attentes et créer le suspense. Le spectateur est tout simplement soufflé, mais pas à la manière du malaise désagréable laissé par un Lanthimos. Non, là, on a du vrai cinéma, qui ne nous manipule pas ou du moins, pas sans nous donner les clefs de lecture, même cachées, et qui nous laisse un sas de liberté. BJH fait du cinéma respectueux de son spectateur. C’est d’ailleurs parce qu’il joue à merveille du “tempo de la violence” (voir interview en compagnie d’Augustin Trapenard) que BJH crée une violence incisive, psychologique et moins sanglante que son comparse Park Chan-Wook, que nous apprécions tout autant. On ne peut s’empêcher d’admirer la magie de cette écriture qui nous fait comprendre le sens profond de n’importe quel acte, même le pire, et la finesse du jeu des acteurs de ce Parasite n’est évidemment pas innocente à cela. Enfin de vrais personnages, entiers et profonds ! On retrouve bien là le talent du réalisateur de Memories of Murder (que l’on pensait un peu avoir perdu à cause des quelques lourdeurs et facilités d’écriture d’Okja). Cerise sur le gâteau : Parasite est drôle et touchant. Même dans les moments les plus dramatiques, l’humour est plus que présent. Petit clin d’oeil notable : le second film en compétition à Cannes, distribué par The Jokers, n’est autre que Vivarium, un thriller science-fictionnel irlandais qui s’ouvre sur l’image d’un coucou en pleine action… On ne vous en dit pas plus… Juste… ALLEZ-Y ! Une Palme d’Or intense et haletante plus que méritée !

Manon Koken et Marine Moutot

Parasite
Réalisé par Bong Joon Ho
Avec Song Kang-Ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong
Thriller, Corée du Sud, 2h15
05 juin 2019

En bonus, deux filmographies à découvrir au plus vite (si ce n’est déjà fait…).

Bong Joon Ho

Réalisateur :
2019 Parasite
2017 Okja
2013 Snowpiercer, Le Transperceneige
2012 3.11 A Sense of Home Films (court-métrage)
2009 Mother
2008 Tokyo! (court-métrage)
2006 The Host
2004 Jeonju digital project (court-métrage)
2003 Memories of Murder
2000 Barking Dog

Scénariste :
2019 Parasite
2017 Okja
2014 SEA FOG – Les Clandestins
2013 Snowpiercer, Le Transperceneige
2009 Mother
2008 Tokyo!
2006 The Host
2005 Antarctic Journal
2004 Jeonju digital project
2003 Memories of Murder
2000 Barking Dog
1999 Phantom : The Submarine

Song Kang-Ho – Acteur

2019 Parasite
2018 The Drug King
2017 A Taxi Driver
2016 The Age of Shadows
2013 Snowpiercer, Le Transperceneige
2013 The Attorney
2012 Morsures
2011 Hindsight
2010 The Secret Reunion
2009 Thirst, ceci est mon sang
2008 Le Bon, la brute et le cinglé
2007 Secret Sunshine
2007 Uahan segye
2006 The Host
2005 Antarctic Journal
2005 Lady vengeance
2003 Memories of Murder
2002 Sympathy for Mr. Vengeance
2002 YMCA Baseball Team
2000 JSA (Joint Security Area)
2000 The Foul King
1999 Shiri
1998 The Quiet Family
1997 Green Fish


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Publié par Phantasmagory

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5 commentaires sur « Bong Joon-ho, retour sur Parasite »

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