[CONSEILS DU VENDREDI] #47

Cette semaine dans les Conseils : Yesterday, Spiderman : Far from home et Haut les filles.


Yesterday : Et si les Beatles n’avaient jamais existé ? Une fin du monde presque apocalyptique pour tout fan qui se respecte, mais le début d’une grande aventure musicale pour Jack Malik. Ce jeune guitariste est en passe de mettre à sa carrière avortée lorsqu’il décide de rejouer tout le répertoire des Beatles dans un monde où le quatuor est inexistant. Introduit par une sorte de bug de l’an 2018, la disparition de l’un des plus grands groupe au monde ouvre la porte d’un thème déjà abordé au cinéma : la question de la réappropriation de l’œuvre d’un autre artiste. Côté musique, Laurent Tuel, l’avait exploré en 2005 avec Fabrice Luchini qui part à la recherche de Johnny Hallyday dans une réalité où le chanteur est patron d’un bowling. Un homme idéal (2015) s’intéressait à un jeune écrivain dont le parcours fastidieux rencontre un manuscrit abandonné et remarquable dont il fait sien.  Ici la démarche reste la même, et la question de la moralité est de rigueur. Le personnage de Jack frémit à l’idée d’être démasqué. Plus le succès pointe le bout de son nez, plus le risque est grand et la question de la vérité essentielle : savoir d’où l’on vient et y accorder la reconnaissance qui se doit.
Oscillant entre le devoir de mémoire d’un répertoire fondateur de la pop musique et l’appel de la gloire, le héros est un peu perdu mais son interprétation en béton. Himesh Patel réinterprète les plus grands tubes de Beatles avec fraîcheur et on a du plaisir à tous les (re)découvrir, bien loti dans son siège de cinéma. Sa partenaire Lily James en tant que « manageuse/amie/chauffeur » n’est pas dans la performance, mais illustre correctement son rôle, et forme finalement avec le héros un duo romanesque touchant. Elle sait faire succomber le guitariste avec ses grands yeux tristes comme personne. Les apparitions de Ed Sheeran viennent ponctuer de quelques notes d’humour cette histoire déjà envoutante. La magnat des affaires hystérique et vénale par Kate McKinnon est assez semblable dans l’énergie à ses personnages du Saturday Night Live. Un casting mélangeant jeunes pousses et personnalités déjà expérimentées qui offrent une partition joliment écrite et touchante. À cela rien d’étonnant, Richard Curtis est le scénariste du cultissime Love Actually. Son duo avec Danny Boyle livre dès lors une comédie musicalo-romantique à la hauteur du genre : des séquences franchement drôles, un sourire jusqu’aux lèvres en sortant de sa séance et une envie de croquer la vie à pleine dent. C.L.L

Spiderman : Far from home : ATTENTION SPOILER CONCERNANT AVENGERS : ENDGAME
Alors que Peter Paker tente de retrouver sa place dans le monde entièrement modifié par la guerre contre Thanos et les pierres d’infinités, son école propose à sa classe un voyage en Europe. Et cela tombe bien, car des vacances lui feraient du bien. Par la mêmement occasion, il voudrait en profiter pour déclarer sa flamme à MJ. Il avait un plan parfait qui devait se finir en haut de la tour Eiffel, mais finalement rien ne se passe comme prévu.
Avec beaucoup d’humour, le film reste malgré tout beaucoup plus sombre que le premier Spiderman : Homecoming. Les principales thématiques se rapprochent du film d’adolescent ou plutôt de la sortie de l’adolescence. Peter Parker a perdu Tony Stark qu’il voyait un peu comme un père — certes un peu égocentrique — et son rêve de devenir un Avenger lui pèse énormément maintenant qu’il est seul. La carte « thématique du héros aux grandes responsabilités » joue le grand jeu. Cela donne un peu d’épaisseur au jeune Spiderman qui reste fixé à son plan pour séduire MJ. Ce qui donne lieu à des scènes très cocasses. Avec ce Marvel nous retombons un peu en enfance. Par ailleurs, le film essaye tout en restant très codifié de jouer avec les clichés inhérents au genre. La musique par exemple qui est extrêmement présente pendant tout le long du long-métrage est tout à fait typique des films de superhéros. Sérieuse, pompeuse, pesante, rythmée, elle donne le ton aux différentes séquences. Pourtant, lors de sa première rencontre avec Nick Fury, l’entière scène est tournée au ridicule. En effet, alors que Fury tente d’expliquer qu’une grave menace pèse sur le monde, des personnes font interruptions et le coupent. Ainsi, quand Fury parle une musique sourde et inquiétante ponctue ses phrases, mais dès que quelqu’un l’interrompt, la musique s’arrête. Puis quand il recommence à parler, la musique redémarre. Et tel un leitmotiv, le jeu continue pendant quelques minutes. Le film peut ainsi se regarder à un autre niveau qu’un simple film d’action. L’humour a certes déjà utilisé pour détourner le genre : de manière abusive dans Deadpool par exemple ou sous forme d’hommage dans les nouveaux X-Men. Mais ici, rien de tel, plus subtile — à tel point qu’on se demande si ce n’est pas voulu parfois — Spiderman : Far from home vient contrebalancer la lourdeur un brin trop tragique de Endgame. Ici, la légèreté et la non-prise de sérieux sont à l’ordre du jour.
Le genre n’est pas renouvelé, mais certaines scènes d’actions sont particulièrement bien chorégraphiées et le trip psychédélique de l’illusion est un thème intéressant et bien exploité — sans trop en faire, nous restons dans un film grand public tout de même. Je tiens, tout de même, à soulever que les personnages féminins sont toujours sous-exploités et demeurent des personnages de seconde zone utiles pour servir le héros : l’amoureuse, l’assistante, la tante… Et dans le côté très américanisé, le tour de l’Europe reste très drôle tant les clichés persistent. Merci pour ce champ de tulipes pour représenter les Pays-Bas — qui semble fortement arriéré. Enfin, dans l’ensemble le film est bon, fidèle au genre et amusant. M.M

Haut les filles : Le documentaire de François Armanet — plus connu comme journaliste que réalisateur — s’ouvre sur une évidence : le rock a toujours été un milieu d’homme fait par les hommes pour les hommes. Il décide donc de redonner la parole aux femmes et place au début du rock la complainte magnifique d’Édith Piaf après la mort de Marcel Cerdan. Une femme aurait donc ouvert la voie. À travers des interviews, des clips, des photographies et des concerts, le long-métrage se veut un panorama plus ou moins exhaustif de la place de la femme dans la musique rock. Des images d’archives de Bardot, de Niagara, des Rita Mistouko, de Françoise Hardy, des Stinky Toys essayent tant bien que mal de donner un aspect historique au documentaire. Mais le propos semble un peu fade étant donné qu’il ne replace jamais réellement les extraits, les clips qu’il montre. Les femmes certes, mais dans un milieu d’hommes qui n’aurait pas du être ignoré — et non dire que le rock c’est que pour et par les hommes ne suffit pas. Le propos n’est pas assez détaillé. Il omet les dates, le contexte, mais pas seulement. Il manque d’une véritable approche historique. À la question : « Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? », le documentaire n’en donne pas vraiment de raisons. Il n’y a pas de début. Les interviews, même si très intéressants, tournent donc dans le vide. Et rien ne fait avancer le récit. Malgré tout, la force du documentaire est d’avoir donné à des artistes contemporaines la chance d’exprimer leur vision de la musique, de la scène, du rock et du féminisme. Imany, Lou Doillon, Vanessa Paradis, Charlotte Gainsbourg, Jehnny Beth, Jeanne Added, Brigitte Fontaine, Camélia Jordana et Elli Medeiros sont face à une caméra pour se livrer, sans doute trop figée, et sont montrées sur scène. Chacune est unique et montre un point de vue singulier sur la manière de faire de la musique, d’appréhender le rock. Le documentaire a le mérite de faire découvrir des artistes qui ne sont pas forcément les plus connues de la scène musicale française — sauf sans doute pour les aficionados. En leur donnant la parole, le film montre la multitude d’artistes féminines et ne définit aucune ligne claire. Il n’y a pas qu’un seul type de femmes, mais plusieurs. Et elles sont masculines, queer, féminines… Il est pourtant décevant que le scénario ne fasse jamais avancer en profondeur son propos et que nous restions seulement à la surface. Un effort intéressant, mais pas suffisant. M.M.

Marine Moutot et Clémence Letort-Lipszyc

Yesterday
Réalisé par Danny Boyle
Avec Himesh Patel, Lily James, Ed Sheeran
Comédie, Musical, Royaume-Uni, 1h57
3 juillet 2019
Universal Pictures International France

Spiderman : Far from home
Réalisé par Jon Watts
Avec Tom Holland, Jake Gyllenhaal, Zendaya
Superhéros, États-Unis, 2h10
3 juillet 2019
Sony Pictures Releasing FranceSony Pictures Releasing France

Haut les filles
Réalisé par François Armanet
Avec Jeanne Added, Jehnny Beth, Lou Doillon
Documentaire, France, 1h19
3 juillet 2019
Les Films du Losange

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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