[CONSEILS DU VENDREDI] #50

Cette semaine, dans les Conseils : Wonderland, le royaume sans pluie, Give Me Liberty, 303 et The Operative.


Wonderland, le royaume sans pluieAkane s’apprête à fêter son anniversaire. La veille, elle se rend chez sa tante antiquaire pour récupérer son cadeau. Dans ce drôle de bazar, elle touche une étrange pierre. Surgissent alors l’alchimiste Hippocrate et son assistant, Pippo, tout droit sortis d’une trappe. Il lui annonce qu’elle est la Déesse du Vent vert et qu’elle doit venir avec eux sauver Wonderland d’une terrible sécheresse.
Wonderland, le royaume sans pluie est le nouveau long-métrage de Keiichi Hara, réalisateur des très beaux Un été avec Coo, Miss Hokusai et Colorful. Adapté du roman japonais L’Étrange Voyage depuis la cave de Sachiko Kashiwaba, il emmène le spectateur découvrir un monde fantastique aux paysages oniriques. Tout comme Les Enfants de la mer, on a là une oeuvre sur la filiation : cela fait de Wonderland, le royaume sans pluie, un film parfait pour poursuivre cette programmation estivale sur le chemin de l’animation japonaise. Bien qu’il n’ait pas la même poésie que les longs métrages précédents de Hara et que la musique soit trop présente, Wonderland vaut largement le détour ne serait-ce que pour découvrir son univers fantastique particulièrement inventif. Les personnages, bien que l’héroïne soit quelque peu effacée, sont très drôles et attachants. Après cette expérience, les enfants (et les plus grands) voudront sûrement voyager à Wonderland, pour pouvoir nager sous les nénuphars géants, dormir sur un mouton graminé ou saluer le grand pélican rose (en espérant ne pas croiser le sombre Zang et son assistant magicien, Ron). M.K.

Dossier de presse et documents pédagogiques sur le site de Art House, le distributeur :  https://www.club-vo.fr/films/wonderland-le-royaume-sans-pluie

Give me liberty  : Sélectionné à la dernière Quinzaine des réalisateurs et au festival de Sundance, Give Me Liberty est une rareté dans le cinéma indépendant américain. Réalisé et coscénarisé par Kirill Mikhanovsky — qui est arrivé à 17 ans aux États-Unis dans les années 1990 — le film raconte l’histoire de Vic, jeune conducteur de bus pour handicapé. D’origine russe, il est pris dans une journée compliquée où il est sollicité par tout le monde et il veut être là pour tout le monde. Personnage taciturne, il essaye à la fois d’être à l’écoute et d’être présent pour ceux qui sont importants pour lui. Alors que la compagne de son grand-père doit être enterrée, il se résout à aider les ami.e.s Russes de Lilya à aller à l’enterrement. Mais c’est sans compter les différents clients qu’il doit transporter. Entre la pression de son patron, de Tracy, cliente qui l’a attendu plus de 2 h et de sa mère, Vic reste pourtant stoïque, calme. C’est à travers lui que nous suivons cette folle journée. Il aura pendant tout le long du voyage des réminiscences. Plus que des flash-back, il s’agit de geste, de regard, de personnes, de petites choses qui l’ont marqué. Alors que la mère de Tracy se met à pleurer en racontant l’histoire de son mari joueur, le spectateur part avec Vic dans le souvenir de la scène précédente où sa mère lui montrait son poignet douloureux ou le serrait dans ses bras. Ou le moment où son patron l’engueule et est sur le point de le renvoyer, il s’évade là encore pour se rappeler le visage de Tracy dans le rétroviseur. Des instants fugaces, mais magnifiques. Les personnages sont tous divins dans cette virée. Diam, le russe arnaqueur/neveu de Lilya est exubérant, mais à la main sur le cœur, Tracy, la jeune femme atteinte de la maladie de Charcot — une maladie neurodégénérative des motoneurones — est forte et sûre d’elle. Certains sont également insupportables, mais malgré tout touchants : le grand-père qui enfume tout son appartement pour faire du poulet à 7 h du matin, la mère qui répète sans cesse qu’elle s’est tuée à la tâche pour que ses enfants fassent des études. Caméra à l’épaule, le style s’intensifie au fur et à mesure de la journée. La fin du film offre une scène en noir et blanc d’une rare ardeur visuelle et un message beau et qui prend un nouveau sens : « L’amour plus fort que tout. » Cette phrase, si simple qu’elle en est presque clichée, est dite par le « confident » de Vic. Cet homme est allongé, il ne peut même pas fumer seul et malgré tout il proclame la beauté de la vie. Le long-métrage offre tellement de fugaces témoignages des laissés pour compte de l’Amérique à travers les nombreux handicapés. Par le biais de Vic, nous découvrons une nouvelle version des États-Unis. Le cinéaste a souhaité n’avoir que des actrice.teur.s non professionnel.le.s et donne ainsi des premiers rôles à des jeunes gens très prometteur.se.s : Chris Galust (Vic), Lauren ‘Lolo’ Spencer (Tracy), Maxim Stoyanov (Diam). Et malgré quelques longueurs, ce film énergique et vivant mérite la plus grande attention. Un petit chef-d’œuvre.
PS : La musique de générique de fin est tout simplement sublime. 
M.M

303 : Alors que Jule rate son examen de biochimie, Jan apprend que la bourse qui devait lui permettre de continuer ses études en sciences politiques ne lui est finalement plus attribuée. Sur une aire d’autoroute, nos deux protagonistes vont se croiser. Jule est enceinte et veut l’annoncer en personne au père de l’enfant qui vit au Portugal, afin de décider ensemble de le garder ou non. Jan, quant à lui, veut partir en Espagne pour retrouver son père biologique dont il n’a appris l’existence que quelques années auparavant. Ils ne se connaissent pas, mais tous les deux décident de cheminer ensemble afin de remettre de l’ordre dans leurs vies. Fondamentalement en désaccord sur la nature de l’être humain et les relations sociales, leurs débats animés ne vont cesser de les rapprocher.
Kilomètre après kilomètre, Hans Weingartner nous plonge dans une délicieuse romance estivale, tout en douceur et en tendresse. Mala Emde (Jule) et Anton Spieker (Jan) portent le film avec subtilité et émotion, et l’on peine à résister à leur charme, subjugué par la magie qui opère dans leur jeu d’acteurs. Les plans, simples mais efficaces, nous transportent dans cet entre-deux des vacances, des aires de passages et des rencontres imprévues qui viennent bousculer notre quotidien. Enfin, la bande son orchestrée par Michaël Regner épouse avec grâce chaque méandre des pensées de notre duo, et les notes du générique résonnent encore dans nos oreilles, bien longtemps après avoir quitter d’un pas feutré la salle obscure.
Avec ce long métrage empreint d’une grande poésie, le réalisateur qui n’en est pas à son coup d’essai, signe avec 303 un film brillant qui dépeint avec autant de délicatesse que de lucidité les affres des sentiments. On salue, on aime et on recommande cette petite pépite qui deviendra, à n’en pas douter, un de nos plus jolis souvenirs de vacances. A.E

The Operative : Début des années 2000 : Rachel – une jeune femme polyglotte mais sans réelle expérience dans le domaine de l’espionnage – est recrutée par le Mossad afin de  mener une mission d’infiltration en Iran.
Si au cinéma le genre de l’espionnage s’accorde d’ordinaire aisément avec celui de l’action et du blockbuster, Yuval Adler livre ici un film tout en tension mais dont la sobriété et le naturalisme l’éloignement néanmoins des clichés et des grandes effusions hollywoodiennes.
Pour échapper aux carcans de ce genre de production, l’intelligence de The Operative est ainsi d’écarter d’emblée tout sensationnalisme et d’opter au contraire pour un réalisme qui brouille parfois les pistes. Adler décrit ici une réalité politique complexe où loin d’un certain manichéisme volontiers dispensé par les films occidentaux, le quotidien iranien est décrit avec empathie et une justesse rare. De la même manière, c’est d’abord avec un certain naturel que Rachel débute sa mission avant de voir sa routine de plus en plus brutalement perturbée par des enjeux croissants et une hiérarchie aux méthodes plus que ambiguës. Bien que bénéficiant d’une personnalité complexe, voir parfois un tantinet opaque, l’écriture du personnage n’est jamais sacrifiée au profit de l’intrigue. A son image, celle d’une héroïne criblée de doutes et ballotée malgré elle comme un pion au milieu d’un échiquier de plus en plus périlleux, l’intrigue de The Operative fait preuve d’un suspense savamment entretenu et rondement mené jusqu’à la fin. M.P

Manon Koken, Marine Moutot, Amandine Eliès et Marine Pallec

Wonderland, le royaume sans pluie
Réalisé par Keiichi Hara
Animation, Fantastique, Japon, 1h55
24 juillet 2019
Distribué par : Art House

Give Me Liberty
Réalisé par Kirill Mikhanovsky
Avec Chris Galust, Lauren ‘Lolo’ Spencer, Maxim Stoyanov
Comédie, Etats-Unis, 1h50
24 juillet 2019
Wild Bunch Distribution

303
Réalisé par Hans Weingartner
Avec Mala Emde, Anton Spieker, Caroline Erikson
Drame, Romance, Allemagne, France, Espagne, Portugal, 2h25
24 juillet 2019

The Operative
Réalisé par Yuval Adler
Avec Diane Kruger, Martin Freeman, Cas Anvar
Thriller, Etats-Unis/Israël/France/Allemagne 1h56
24 juillet 2019

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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