Les films de la 76è Mostra de Venise

Le Palmarès de la 76ème Mostra d’Art Cinématographique de Venise

Présidente du Jury Lucrecia Martel et jury composé de Stacy Martin, Mary Harron, Piers Handling, Rodrigo Prieto, Shinya Tsukamoto, Paolo Virzì

Lion d’Or du Meilleur Film
Joker de Todd Phillips
Lion d’Argent Grand Prix du Jury
J’accuse de Roman Polanski

Lion d’Argent du Meilleur Réalisateur 
Roy Andersson pour Om det oändliga (About Endlessness)

Prix du Meilleur Scénario
Ji Yuan Tai Qi Hao (No.7 Cherry Lane) de Yonfan

Prix Spécial du Jury 
La Mafia non è più quella di una volta (Mafia Is Not What It Used to Be) de Franco Maresco

Coupe Volpi de la Meilleure Interprète Féminine
Ariane Ascaride dans Gloria Mundi

Coupe Volpi du Meilleur Interprète Masculin  
Luca Marinelli dans Martin Eden

Prix Marcello-Mastroianni du Meilleur Espoir 
Toby Wallace dans Babyteeth

Ema

Première séance de la deuxième longue journée au festival. Agréable surprise, bien que malsaine …


Ema, danseuse, et Gaston, chorégraphe, abandonnent leur enfant adoptif Polo à la suite d’un accident. Ils doivent alors avancer et se reconstruire s’ils ne veulent pas se détruire.

Le cinéaste chilien Pablo Larrain filme un couple atypique et boiteux. Ema est de douze ans plus jeune que Gaston, stérile. Elle a toujours voulu un enfant et, quand le film s’ouvre, elle tente par tous les moyens de récupérer son fils adoptif Polo, rendu quelque temps plus tôt à l’orphelinat. Brisée, elle n’arrive pas à s’en remettre, d’autant que Gaston a l’étrange manie de lui rappeler cet abandon. Et c’est là la force du film. Ce couple est profondément malsain et fonctionne à la perfection. Ils sont tous les deux aussi perfides l’un que l’autre. Comme nous suivons Ema, elle nous semble être victime de son amour pour Gaston, mais nous réalisons au fur et à mesure du récit qu’elle est aussi torturée, sinon plus que lui. Homme et femme s’entrechoquent ici dans un ballet bien réel. La danse a une place importante et le reggaeton pulse le film avec magie. La mise en scène est magnifique avec des lumières audacieuses : du rouge, du bleu, du jaune. Mais certains éléments ne sont pas nécessaires et viennent alourdir un peu la dynamique du long-métrage. Le choix de faire d’Ema une pyromane est intéressant, mais va être l’outil d’une redondance esthétique pénible : de nombreuses scènes la montre en train de brûler différentes objets en ville – une ou deux fois auraient suffi aux moments les plus utiles scénaristiquement. Le cinéaste utilise ces embrasements comme un pansement pour masquer le manque d’inspiration. De plus, les personnages secondaires ne sont pas assez développés et sont même totalement éclipsés par Ema et Gaston. Cela rend toutes les scènes sans le duo un peu vides. L’intérêt du film est bien ce couple oppressant qui transcende le récit de part en part. Gael Garcia Bernal et Mariana Di Girolamo sont d’ailleurs excellents. C’est donc un long-métrage en demi-teinte, entre ennui ponctuel, réels instants de beauté, orgie et relations sexuelles étranges. Un ovni quoi.

Il Sindaco del Rione Sanità

Samedi, seconde journée à la Biennale, réveil difficile qui mène rapidement à la sieste pour une de nos rédactrices — pour épargner de l’énergie pour J’accuse. Heureusement qu’une bonne âme phantasmagorienne s’est sacrifiée pour nous raconter ce film, malgré le froid polaire de la Pala Biennale — avec une petite pause pompes et squats.


Le parrain de la mafia Antonio Barracano règne en maître sur son domaine napolitain de Sanita. Ses pairs viennent régulièrement lui demander conseil en cas de conflit. Tout lui réussit. Mais un jour, le jeune Rafiluccio Santaniello lui annonce vouloir commettre un parricide. Une fois encore, Barracano veut prendre la situation en main, et cela même à ses dépens.

Que le film de Mario Martone soit sélectionné en compétition a de quoi surprendre. Ce long-métrage italien sur un chef mafieux, figure messianique toute puissante, est un long monologue rébarbatif. Des hommes viennent demander de l’aide à Antonio Barracano. Ils exposent, il résout. Un long monologue donc. Car Antonio parle beaucoup et agit peu. Et il parle, il parle. Le film semble se penser intelligent, mais n’est qu’une suite sans fin de paroles. Peu importe ce que mange un mafieux au petit déjeuner. La mise en scène n’a pas d’originalité particulière et l’humour tombe à plat. Aucune tension ne vient compléter ce beau portrait de famille et le mafieux si puissant devient vite ridicule. On pense au Parrain auquel le cinéaste veut sans doute faire référence, mais rien n’arrive à la cheville du film américain, ni les acteurs, ni le scénario poussif et encore moins la mise en scène. En plus de la caricature des mafieux misogynes, le long-métrage offre de nombreux moments musicaux, qui ressemblent à des sous-clips de rap. Offrir était donc ironique. Il Sindaco se prend finalement beaucoup trop au sérieux, alors que s’il était allé dans la franche bouffonnerie et la farce, la satire et la critique de la société napolitaine n’en auraient eu que plus de force. Mais finalement le cinéaste enfonce le clou en faisant du dernier repas la Cène. La seule évocation du monde du théâtre — Il Sindaco est une adaptation de la pièce éponyme d’Eduardo de Filippo — est d’ailleurs dans cette dernière séquence et cela tombe malheureusement comme un cheveu sur la soupe.
Nous ne comprenons toujours pas les longs applaudissements du public au générique. Mais vraiment pourquoi ?

J’accuse

Séance la plus attendue ! Nous avons dû supporter un film italien horrible sur la mafia avant (c’était une double séance : nous ne sortons pas entre les deux films).


Le 5 janvier 1985, le jeune officier Alfred Dreyfus est dégradé et envoyé sur l’île du Diable pour avoir espionné pour le compte de l’Allemagne. Georges Picquart qui a suivi l’affaire de près est promu à la tête du contre-espionnage. Il découvre alors un monde de mensonges et de secrets et doit faire face à ses désillusions.

Roman Polanski voulait faire un film sur Alfred Dreyfus depuis son plus jeune âge. Après avoir travaillé avec Robert Harris sur The Ghost Writer, ils se lancent dans des recherches pour faire un film sur l’Affaire. Un an plus tard sort le livre D. qui servira de base au film J’Accuse. La minutie de leur travail de recherche se ressent dans le scénario et le récit très bien mené. La reconstitution est une part conséquente du long-métrage, mais le scénario dépasse son sujet pour lui donner une portée plus grande et plus profonde : racisme, antisémitisme, protection de la hiérarchie, hypocrisie de l’Armée. Cette histoire a provoqué d’importants changements dans la société française et a défrayé la chronique pendant 12 ans. Que Roman Polanski s’intéresse au sujet n’est donc pas surprenant. 17 ans après Le Pianiste, il réutilise une mise en scène classique pour servir entièrement le propos. La puissance de l’événement historique fait de J’Accuse un film intense dont la reconstitution, les costumes et les acteurs.trice.s offrent le meilleur. Pourtant, nous retrouvons sans cesse la marque du cinéaste si personnelle et décalée : que ce soit dans des plans audacieux et inventifs qui ne trahissent pas l’histoire, mais au contraire ajoutent de l’humour cynique et tournent en ridicule les comportements humains bas, ou dans les décors empreints d’une atmosphère angoissante et étouffante, Polanski est partout. Quand Picquart découvre les bureaux du contre-espionnage, il est plongé dans l’ambiance du Locataire : la fenêtre qui ne s’ouvre pas, les escaliers lugubres, les murs en décomposition, la lumière sombre. Une tension et un décalage sont directement créés. Le spectateur ressent le malaise du Général Picquart qui semble être tombé dans un traquenard. Mais cette tension, qui aurait pu épuiser le public à la longue, déjà éprouvée par un sujet sensible et qui résonne toujours avec l’actualité, est contrebalancée par l’humour, si cher au cinéaste polonais. Par petites touches, il montre l’hypocrisie de l’homme et sa bêtise par des gestes, des dialogues et des plans. Le spectateur.trice ne peut que sourire ou rire franchement devant ces comportements.
Jean Dujardin, qui montre à chaque film un nouveau pan de son talent, incarne un Picquart en décalage total avec les autres personnes de son époque. Et le ton froid et juste qu’emploie l’acteur correspond parfaitement à l’ambiance et à son personnage. Il est par ailleurs accompagné d’acteurs et actrices français.e.s excellents que nous avons pris plaisir à voir au détour d’une scène : Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Melvil Poupaud, Denis Podalydès, Louis Garrel, Grégory Gadebois… Ainsi, avec ce casting cinq étoiles, de beaux costumes, une reconstitution fidèle et minutieuse, Roman Polanski réalise un film important sur l’antisémitisme de l’époque et qui résonne avec aujourd’hui.

Ji Yuan Tai Qi Hao (No.7 Cherry Lane)

Nous étions assez enjouées à l’idée de voir le seul film d’animation en compétition (bien qu’ayant un doute quant aux premières images entraperçues). Mais quel étrange moment !


Alors que la vie s’améliore à Hong-Kong, l’étudiant universitaire Ziming fait la connaissance de Mrs Yu, une émigré taïwanaise et de sa fille. Il va se retrouver partager entre l’amour qu’il porte pour les deux femmes.

Honnêtement, décrire No.7 Cherry Lane relève du défi. Par quoi commencer ? En 35 minutes, nous avons vu beaucoup de choses dérangeantes : une scène de la douche érotiquement bizarre, une vieille cantatrice et un Nosferatu qui atteint presque l’orgasme devant un jeune étudiant ou encore l’interminable description d’un appartement en faisant référence à Proust. Vraiment nous ne savons pas quoi dire pour décrire la gêne que nous avons vécue pendant ces longues minutes. S’ajoute à cela l’animation au dessin assez banal et aux mouvements extrêmement lents — qui ne relèvent pas de la grâce, mais du travail raté des animateurs. Les textes sont articulés et récités, voire ânonnés sans le moindre jeu et une voix off insupportable détaillant chaque élément du décor s’ajoute à ces énonciations déjà rébarbatives (autant dire que c’était le moment parfait pour apprendre le mandarin et le cantonais). Le désir de rendre toute apparition féminine ou masculine érotique devient rapidement ridicule — dès la première scène de douche à vrai dire. Les personnages semblent tout droit sortis d’un mauvais hentai japonais ou d’une fanfiction douteuse. S’agit-il d’un fantasme adolescent ?
Nous n’avons apparemment pas été les seules à vivre difficilement cette rencontre, car pendant les 35 minutes de notre torture, nombre de spectateurs ont quitté la salle en prenant leurs jambes à leur cou. Alors, énonçons tout haut la grande question que tout le monde se pose : pourquoi un prix ? Et encore une autre grande question : pourquoi toutes ces critiques dithyrambiques pour vanter le talent de Yonfan ?

Joker

Encore une séance bien attendue par plus d’un (et par nous). En sortant d’Ema, nous étions dans une atmosphère assez malaisante et ça n’allait pas s’arrêter de si tôt… Pas le temps de fermer l’œil, on enchaîne !


D’où vient la folie maléfique et meurtrière du célèbre personnage ricanant de DC Comics ? Qui était-il avant de devenir l’ennemi juré de Batman ? Comment a-t-il pris le contrôle de Gotham City ? Revenons aux origines du superbe Joker !

Cette nouvelle apparition du Joker est extrêmement attendue. À la barre, Todd Phillips, le réalisateur de Very Bad Trip, autant dire que ce n’était pas forcément très prometteur. Et pourtant nous avons là un film qui s’intéresse uniquement au clown ricanant, et cela fait plaisir. Tout d’abord parce que Joaquin Phoenix est très impressionnant dans sa performance : corps tordu, osseux et mal traité, d’une maigreur morbide, rire dérangeant, finesse des émotions… La liste est longue et on ne peut que reconnaître son talent — qui n’est plus à prouver. S’intéresser au Joker était aussi une idée porteuse, puisqu’outre la figure du méchant de bande dessinée que nous connaissons tous, Phoenix interprète un être peu sûr de lui, rejeté, agressé, un homme fragile vivant seul avec sa mère, qui pour suivre vit dans le fantasme : Arthur Fleck. Alors, naturellement, nous pouvons parler de clichés — et il y en a — mais nous les recevons avec bonne grâce, car le personnage reste cohérent et convaincant. De plus, revenir aux origines de la folie est passionnant. Et pas seulement à travers le personnage. Tout Gotham respire le malaise, les rues sont sales, les gens sont mauvais, l’image est elle-même sombre malgré sa très belle lumière. L’ambiance malsaine est parfaitement rendue et on la sent nous atteindre à mesure que le film se poursuit (d’autant plus après l’atmosphère étouffante d’Ema). Joker, outre son intérêt pour ce personnage qui peine à trouver sa place, est surtout un film sur la société et la souffrance qu’elle cause aux êtres. Et cela fait totalement sens. Malgré tout, le récit, bien mené et intéressant, a quelques redondances et lourdeurs. Nous sentons la patte d’un cinéaste habitué à faire dans la surenchère. Certaines séquences, en particulier celles qui relèvent du fantasme, auraient valu plus de finesse. Second point négatif : la musique. On aurait apprécié un espace sonore moins surchargé. Un Lion d’Or était sûrement un peu trop, mais Joker mérite vraiment le détour — ne serait-ce que pour saluer la métamorphose de Phoenix.

Martin Eden

Dernière séance du festival. Il est un peu difficile de se plonger dans une nouvelle ambiance après l’intensité de The King. Mais il faut bien profiter jusqu’à la dernière minute !


Martin Eden est un marin napolitain prolétaire. Lorsque son chemin croise celui de Ruth, une jeune bourgeoise passionnée de littérature, il veut aussitôt de la conquérir et découvre à travers elle tout un monde. Il décide alors qu’il deviendra écrivain, envers et contre tout(s).

Avec ce dernier film nous voilà plongées dans les années 1980, ou plutôt dans les années 1960. Finalement non, retour à l’époque du muet, et puis non, avant la Seconde Guerre mondiale. En fait, pas du tout, nous sommes au début du XXe siècle. Ce va-et-vient incessant entre les différentes époques, seulement marqué par quelques indices à peine visibles, est difficile à suivre : une télévision par-ci, des chemises noires par là, une image en pellicule sépia… Le cinéaste, en adaptant l’œuvre éponyme de Jack London, voulait-il rendre universel et intemporel ce récit d’un génie incompris ? En changeant sans cesse de moyen de communication, en modifiant toujours l’image qu’il utilise, le cinéaste n’arrive pas à renouveler son récit qui s’égare et perd la substance que Jack London avait souhaité lui donner : l’hypocrisie d’un milieu et d’un homme qui désirait inlassablement plus. Ce Martin Eden est ici juste un homme qui se croit talentueux et qui hait progressivement tout le monde. L’amour qu’il porte à Ruth est aussi vide que le film dans lequel il s’inscrit. Ce mélange permanent d’images prises à gauche et à droite aurait pu être intéressant, si le réalisateur italien ne perdait pas son temps à égarer volontairement — ou non — le spectateur. De plus, l’utilisation de la musique de manière systématique est beaucoup trop redondante. Et pourquoi absolument les années 1960 où la pop italienne n’était pas forcément la plus intéressante ?
Luca Marinelli remporte le prix du meilleur acteur pour son rôle de Martin Eden. Dommage, car le film n’est pas à la hauteur de son talent que l’on avait préféré dans Una Question Privata. Ainsi le film passe, mais ne reste pas.

The Perfect Candidate

Nous avons ouvert les festivités avec l’un des rares films de la Compétition réalisé par une femme dans une salle immense et froide, la Pala Biennale. Juste avant, nous avions mangé des délicieuses pâtes à Tuttinpiedi. 


Maryam est une jeune médecin qui travaille dans une petite ville d’Arabie Saoudite et qui doit tous les jours lutter pour s’imposer dans un monde masculin. Alors qu’elle se bat pour que la route devant l’hôpital soit goudronnée, elle réalise que pour se faire entendre elle doit se présenter à l’élection municipale de sa ville. Une première dans l’histoire du pays.

On connaissait déjà la réalisatrice saoudienne — seule cinéaste du pays —, Haifaa al-Mansour, pour Wadjda qui narrait le combat d’une fillette pour obtenir un vélo. Ici, la cinéaste aborde encore la condition des femmes dans son pays, mais à travers le portrait d’une jeune médecin, Maryam, qui souhaite que la route devant l’hôpital soit refaite. L’histoire est intéressante par son évocation de l’empowerment progressif d’une femme et par l’exotisme de son sujet. Bien que l’ouverture nous montre Maryam, seule, au volant de sa voiture — sujet d’actualité, car depuis juin 2018, les Saoudiennes peuvent conduire sans la présence d’un tuteur —, l’optimisme de cette vision se dissipe bien vite. Maryam est l’incarnation même de la femme moderne et, pourtant, elle subit les diktats de sa société (d’autant plus du fait de son caractère tout d’abord effacé). En effet, les interdits nombreux sont très rapidement abordés : impossible de prendre l’avion sans autorisation du père, de faire une conférence dans une pièce remplie d’hommes et surtout de se découvrir. Le jeu de Mila Alzahrani, qui joue principalement voilée, transmet particulièrement bien l’émotion et la rage de sa protagoniste dans cette lutte sans fin pour avoir les mêmes droits que les hommes.
Tout au long du récit, Al-Mansour s’applique à montrer le long chemin qu’il reste à parcourir aux femmes de son pays. Alors qu’au fur et à mesure, elles acquièrent un droit, puis un autre, il y a toujours des personnes pour leur rappeler qu’elles ne sont rien sans les hommes. Cela est suggéré, très rapidement, à travers la figure d’un vieillard qui refuse d’être soigné par Maryam et qui l’insulte. Puis tout au long de l’organisation de la campagne, bien qu’aidée par ses sœurs, elle est souvent bloquée. Son père lui laisse une grande liberté, mais ne semble pas réaliser que sans son soutien, elle peut faire peu de choses. Même si l’espoir surgit à la fin du film, c’est plus parce que Maryam comprend qu’elle doit se battre et ne plus se laisser marcher sur les pieds que par un réel progrès de la société.
Malgré ce sujet tout à fait passionnant, la mise en scène reste très classique et saturée par une musique trop présente. Par ailleurs, le parallèle avec le père de Maryam, musicien en tournée poursuivant son rêve au risque de délaisser sa famille, semble artificiel et prend trop de place dans le récit, en dépit de leur statut commun de paria.
Un film en demi-teinte qui aurait gagné en efficacité si elle avait uniquement centré son histoire sur Maryam et son combat.

WASP Network (Cuban Network)

Séance de 22 h dans la salle Perla, confortable. Pas d’attentes particulières — même si nous avions un léger espoir — après notre découverte du dernier Assayas l’année passée à Venise, Doubles Vies, qui nous avait peu convaincu. On a très vite ressenti beaucoup d’ennui et une de nos rédactrices a fait des petits sommes. On s’est permises de filer avant la fin après avoir vu la tête de Gael Garcia Bernal.


Début des années 1990, René est une pilot cubain qui abandonne sa femme et sa fille pour partir aux États-Unis. Il rejoint un réseau cubain à Miami pour infiltrer un groupe anti-Castro, responsable de violentes attaques sur Cuba.

Olivier Assayas revient sur des chemins qu’il avait déjà foulés avec Carlos. Ce sous-film d’espionnage est un énième long métrage qui n’invente rien de nouveau et n’offre aux spectateurs qu’une belle palette d’acteurs qui ne se démarquent pas. Le cinéaste français en racontant l’histoire vraie des Cuban Five n’arrive pourtant pas à se sortir des clichés du genre : de l’argent, des belles femmes, des armes, de la drogue et des belles maisons avec piscine. De plus, il ne réussit pas à rendre lisible une histoire dont les nombreux rebondissements perdent le spectateur. Edgar Ramirez, Penelope Cruz, Gael Garcia Bernal y sont perdus sous une lumière cramée, des plans kitchs et une musique latino dépassée. Un film creux qui a trop doré au soleil.

Le Palmarès Orizzonti

Présidente du Susanna Nicchiarelli et jury composé de Eva Sangiorgi, Álvaro Brechner, Mark Adams, Rachid Bouchareb

Meilleur Film
Atlantis de Valentyn Vasyanovych
Meilleur Réalisateur
Théo Court pour Blanco en blanco 
Prix Spécial du Jury
Verdict de Raymund Ribay Gutierrez
Meilleure Actrice
Marta Nieto dans Madre de Rodrigo Sorogoyen 
Meilleur Acteur 

Sami Bouajila dans Bik Eneich –  un fils de Mehdi M. Barsaoui
Meilleur Scénario
Jessica Palud pour Revenir

Giants being lonely

Séance éprouvante pour nos deux rédactrices. L’une a profité de 40 minutes de sommeil bien mérité dès le début du film (et n’a pourtant rien loupé !). L’autre a regretté de ne pas avoir dormi et est ressorti de la séance passablement excédée. 


A Hillsborough, en Caroline du Nord, la vie dissolue de jeunes sportifs en dernière année de lycée, Adam et Bobby, en errance totale entre sexe, drogue, solitude et fête.

Que dire de Giants being lonely ? On a là le parfait cliché du film de Sundance : des ados américains blonds et sportifs, du sexe, des fêtes, beaucoup d’alcool, un drame. Voilà. Tout est dit. Ce premier long métrage de Grear Patterson relate l’errance habituelle de ces jeunes l’été. On l’a vu de nombreuses fois et on le reverra encore et encore. En soi, le film n’est pas une catastrophe, mais de là à y trouver un intérêt particulier. À l’image de ces ados paumés, l’écriture ne semble pas vraiment exister, les personnages n’ont pas d’identité réelle (à part d’être blonds, jeunes et de faire du baseball ? – sport des plus communs aux États-Unis). Un semblant de réflexion pourrait peut-être émaner du désir du réalisateur de prendre deux acteurs principaux quasiment identiques pour jouer Adam et Bobby ? Mais bon, cela nous questionne sans vraiment nous (r)éveiller. Giants voulait finalement verser dans le drame policier — ce que l’on comprend tardivement — mais malheureusement la tension ne se fait sentir à aucun moment. Incompréhension face aux longs et bruyants applaudissements pendant le générique — à part pour remercier l’équipe de sa présence ?

Mes jours de gloire

Après le joli Qiqiu, nous voulions continuer sur notre bonne lancée. Quoi de mieux qu’une comédie avec Vincent Lacoste en présence de l’équipe ? C’est parti pour une séance enthousiaste. 


Ancien enfant star, Adrien peine à réintégrer la profession. Il ment à tout bout de champ pour ne pas avoir à avouer à ses proches qu’il est complètement paumé. De retour chez ses parents, il doit faire face à des problèmes de plus en plus pesants.

Cette comédie drôle et décalée repose sur son comédien principal — et ça lui réussit ! Bien mené sans pour autant être extraordinaire, le film nous emporte et nous fait rire. Le cinéaste arrive à jongler entre moments d’humour et moments plus tragiques. Il décrit avec finesse ses personnages et on s’attache rapidement à eux. La tristesse qui émane de cette jeunesse un peu paumée retranscrit bien notre époque totalement déconnectée ou surconnectée. Le cinéaste a fait le choix de filmer un jeune homme perdu qui, malgré le fait qu’il n’ait pas ou peu son portable, ressemble à beaucoup de jeunes gens. À peine sorti de l’adolescence — qui dure toujours plus longtemps —, le passage à la vie adulte est un réel blocage émotionnel. Lacoste joue, comme à son habitude avec brio, humour et tendresse, un personnage qui ne dit rien de ce qui compte et qui s’est construit une façade, une muraille. Et on le comprend tellement. Cet Adrien, c’est un peu nous tous, au moment où il faut faire des choix, prendre des responsabilités. Ce vide inquiétant de la vie adulte. Et qu’importe la taille de la muraille construite, l’épaisseur accumulée, le vide nous attend et nous tombons, inexorablement. On apprécie la présence de Noée Abita, qu’on avait découverte et adorée dans Ava de Léa Mysius, ainsi que le clin d’œil au précédent court-métrage d’Antoine de Bary : L’Enfance d’un chef, retraçant la jeunesse de De Gaulle de manière totalement comique avec… Vincent Lacoste en rôle principal. Le réalisateur sait très bien jouer du décalage et on a hâte de voir la suite de sa carrière. 

Qiqiu (Balloon)

Beaucoup d’hésitations avant d’aller voir ce film : manger, oui mais quoi ? Aurions-nous le temps de prendre quelque chose ? Finalement nous sommes entrées dans la salle juste au début du film avec des sandwichs (Tony Curtis et Basil Instinct) et deux cocas. Bons choix !


Dans un petit village tibétain, deux jeunes frères font une drôle de découverte sous l’oreiller de leurs parents. Un ballon de baudruche ! Que fait-il donc là ? Pourquoi donc leurs aînés gardent-ils ce jouet caché ? Cet étrange objet va quelque peu bouleverser le quotidien de cette famille de bergers.

Sélection étonnante de ce festival : un film tibétain. Nous ne pouvions évidemment pas passer à côté alors que la Mostra brasse principalement des productions françaises, italiennes et américaines. Qiqiu — prononciation incertaine — ou Balloon traite comme son nom l’indique d’un ballon. Mais pas n’importe lequel… Un préservatif offert par la doctoresse de l’hôpital à la mère d’une famille de bergers. Qiqiu se déroule à la campagne au croisement entre société moderne et poids des traditions. Les femmes ont une place difficile, car elles sont prises en étau dans ce monde qui ne leur laisse pas vraiment le choix. À elles, la responsabilité du ménage, de la cuisine, mais aussi de la contraception, parce que c’est elles qui doivent ensuite élever les enfants et les hommes, à l’image des béliers, ne contrôlent pas leur désir. Évidemment, ce contrôle sur la natalité est source de honte au sein du village et doit rester secret alors même qu’il apporte une amélioration à leur vie. Le constat sur la situation des femmes est très triste : peu de possibilités pour elles, il faut choisir entre être religieuse ou mère de famille.
Ce film brosse un beau et tendre portrait de famille, animé d’un humour subtil. Chaque personnage est bien développé et on devient rapidement attaché à chacun d’entre eux : le grand-père fruit d’un temps révolu, le père peu loquace, les deux garnements de fils, le grand frère, studieux, espoir de la famille, la sœur nonne au passé mystérieux — dont on aurait aimé en savoir un peu plus — et la mère de famille, personnage central et complexe. En peu de mots, le réalisateur et écrivain, Pema Tseden, nous en fait comprendre beaucoup. De plus, la mise en scène est vraiment très belle, avec sa photographie à la lumière blanchâtre qui semble poser un filtre sur ces vies et son goût pour la rupture de plans (il aime ajouter un objet qui vient obstruer l’image et ainsi nous cacher un élément de l’histoire, ou bien séparer deux personnages par un objet pour insister sur la distance qui existe entre eux) — cela ferait-il écho à la philosophie tibétaine ? On espère vraiment que ce beau film aura le droit à une sortie française !

Revenir

Après deux films à l’atmosphère étouffante (Ema et Joker), Revenir pouvait sembler un peu terne et sage. Nous ne sommes pas restées après pour la rencontre avec l’équipe du film, car tout d’abord les questions sont uniquement en italien et que nous ne voulions pas louper le film suivant.


Thomas revient dans la ferme où il a grandi. Après de longues années d’absence, il vient voir sa mère malade. Alors que son frère est mort, il fait la connaissance de sa femme Mona et d’Alex, son fils de 6 ans.

Pour son premier long-métrage, la cinéaste française, Jessica Palud, a choisi de traiter un sujet assez banal au cinéma : la perte d’un membre de sa famille et le retour aux origines. Ici, rien de bien nouveau ni de bien original. Cette histoire classique n’apporte rien de plus aux thèmes. Nous étions donc extrêmement surprises de voir que le film a reçu le prix du Meilleur Scénario dans la catégorie Orizzonti — qui signifie Horizons. En effet, les personnages ne sont pas particulièrement étoffés et restent toujours en surface des différents conflits. La cinéaste a sans doute essayé de créer un peu de mystère en ne dévoilant pas ce qui s’est passé entre le père et le fils, mais ne crée pas d’intérêt particulier. Ce qui est plutôt bien réussi, c’est l’atmosphère étouffante, suintante — due à la chaleur et à la famille. La lumière jaune qui baigne en permanence les corps est assez belle. Les acteurs et les actrices sont plutôt bons, notamment la performance de Niels Schneider. Un film agréable mais qui s’oubliera bien vite.

Fuori Concorso (Hors-Compétition) 

The King

Séance qu’une des rédactrices ne voulait rater pour rien au monde. Au point de partir en avance de l’appartement (à 6 h 40 pour être exacte) et se retrouver les premières devant la porte. On vous le dit, Timothée Chalamet aura fait faire beaucoup de choses étranges à nos rédactrices – comme par exemple aller à une conférence de presse, courir pour ne pas louper le tapis rouge, et être les premières à 7 h 15 devant les portes… Ce qui est déjà beaucoup (trop).


Hal est un jeune homme qui aime passer son temps à boire et à faire la fête. Mais alors que son père, le roi Henri IV est sur le point de mourir, il est rappelé à l’ordre. Il devient Henri V et se retrouve avec, entre ses mains, un pouvoir et un royaume qu’il ne voulait pas. Il doit faire face aux intrigues politiques qui mettent à rude épreuve ses ambitions pacifiques.

Le cinéaste australien, David Michôd, avait frappé fort pour son premier long-métrage Animal Kingdom. Neuf ans plus tard, le voici à Venise avec un film produit par Netflix – la conférence de presse aurait été un peu plus longue nous lui aurions demandé pourquoi ? Scénarisé avec son ami l’acteur Joel Edgerton, qui joue un Falstaff excellent, The King est adapté de la pièce de Shakespeare, Henri V. The King c’est tout d’abord un film qui ne devrait être vu que sur grand écran parce que le génie du cinéaste se retrouve dans une scène de bataille épique et magistrale, dont la tension est palpable. Il a réussi à nous amener jusqu’à ce moment fatidique — la seule et unique bataille du film, il n’y en avait pas besoin de plus — avec des personnages auxquels nous sommes attachés. Ainsi quand cela commence dans la boue et dans le froid, nous avons l’impression de vraiment y être. C’est rare qu’une scène de bataille soit si efficace. Ce film c’est aussi des personnages. La véritable force du film est de regarder le pouvoir à travers les yeux d’un homme qui n’en voulait pas. Entre les complots, les renversements, les alliances, The King est finement mené. Et ce monde d’hommes, qui se battent pour avoir le plus de terre et pour faire gonfler leur ego, est contrebalancé par une scène géniale où Catherine, seule femme du film, demande à Henri V ses raisons. Cette séquence est menée avec beaucoup d’intelligence. Cela fait par ailleurs plaisir de voir un personnage féminin aussi bien construit, dans un  genre en général mené par des hommes et uniquement par des hommes. Un contrepoint intéressant et vivifiant.
Le réalisateur sait également choisir ses acteurs. Timothée Chalamet est parfait dans son rôle de jeune roi qui ne souhaitait pas être là — et porte très bien la coupe mulet, ce qui est un exploit en soi. Juste un petit point négatif malgré tout : Robert Pattinson, joue un « frog » des plus ennuyeux. Avec un accent douteux, horrible et surjoué — totalement assumé par le cinéaste qui aime le travail de composition de l’acteur —, il interprète le Dauphin comme un être stupide et pervers. C’est dommage, car tout le reste était très fin. On regrette aussi que Lily-Rose Depp insiste sur son accent français — dont elle n’a pas la moindre trace en réalité. Sinon The King est un grand film sur la politique et sur la jeunesse. 

Manon Koken et Marine Moutot

Ema
Réalisé par Pablo Larrain
Avec Gael Garcia Bernal, Mariana Di Girolamo, Santiago Cabrera
Drame, Chili, 1 h 42
Sortie inconnue

Giants being lonely
Réalisé par Grear Patterson
Avec Jack Irvine, Lily Gavin, Ben Irving
Drame, Etats-Unis, 1 h 21
Sortie inconnue

Il Sindaco del Rione Sanità
Réalisé par Mario Martone
Avec Francesco Di Leva, Massimiliano Gallo, Roberto de Francesco
Drame, Policier, Italie, 1 h 55
Sortie inconnue

J’accuse
Réalisé par Roman Polanski
Avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner
Drame historique, France, Grande-Bretagne, Pologne, 2 h 06
Sortie nationale : 13 novembre 2019
Gaumont Distribution

Ji Yuan Tai Qi Hao (No.7 Cherry Lane)
Réalisé par Yonfan
Avec les voix de Sylvia Chang, Wei Zhao
Film d’animation, Romance, Hong-Kong, 2 h 05
Sortie inconnue

Joker
Réalisé par Todd Phillips
Avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz
Drame psychologique, Etats-Unis, 2 h 02
Sortie nationale : 9 octobre 2019
Warner Bros Distribution

Martin Eden
Réalisé par Pietro Marcello
Avec Luca Marinelli, Carlo Cecchi, Marco Leonardi
Drame, Italie, France, 2 h 08
Sortie nationale : 16 octobre 2019
Shellac

Mes jours de gloire
Réalisé par Antoine de Bary
Avec Vincent Lacoste, Emmanuelle Devos, Christophe Lambert
Comédie, France, 1 h 38
Sortie nationale : 29 janvier 2020
Bac Films

Qiqiu (Balloon)
Réalisé par Pema Tseden
Avec Sonan Wangmo, Jinpa, Yangshik Tso
Drame, Tibet, Chine, 1 h 42
Sortie inconnue

Revenir
Réalisé par Jessica Palud
Avec Niels Schneider, Adèle Exarchopoulos, Patrick d’Assumçao
Drame, France, 1 h 17
Sortie nationale : 29 janvier 2020
Pyramide Distribution

The King
Réalisé par David Michôd
Avec Timothée Chalamet, Lily Rose-Depp, Joel Edgerton
Drame historique, Grande-Bretagne, Hongrie, Australie, 2 h 13
Sortie nationale : 1 novembre 2019
Netflix

The Perfect Candidate
Réalisé par Haifaa al-Mansour
Avec Mila Alzahrani,  Dhay, Khalid Abdulrhim, Shafi Al Harthy
Drame, Arabie Saoudite, Allemagne, 1h41
Sortie inconnue

WASP Network (Cuban Network)
Réalisé par Olivier Assayas
Avec Penelope Cruz, Edgar Ramirez, Gael Garcia Bernal
Drame, France, Espagne, Brésil, Belgique, 2 h 03
Sortie nationale : 22 janvier 2020
Memento Films Distribution

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

8 commentaires sur « Les films de la 76è Mostra de Venise »

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