[CONSEILS DU VENDREDI] #57

Cette semaine dans les Conseils nous vous parlons de : Deux MoiÇa – Chapitre 2, Tu mérites un amour, Miracle en Alabama et Un petit air de famille.


Deux Moi : Mélanie est chercheuse et Rémy travaille dans un service de livraison, ils ont tous les deux un problème : l’une dort trop, l’autre pas assez. Alors que Mélanie enchaîne les rencontres via applications, Rémy peine à parler aux gens. Chacun vont chez un psy ce qui leur permettent d’ouvrir leurs blessures …

Que Cédric Klapisch s’intéresse aux réseaux sociaux et comment cela affecte les relations humaines et sociales n’a rien de surprenant. Habitué au sujet de société, plus ou moins sensible, le cinéaste ancre une nouvelle fois son récit dans Paris, ce qui fait de Deux Moi un film très parisio-centré — le mot n’hésite pas, je l’invente pour l’occasion, il est très klapischien.
Pour les sentimentaux averti.e.s, nous devons vous prévenir, le long-métrage n’est en rien une comédie romantique niaise qui vous fera sortir de la salle les yeux en cœur et le cœur en joie. Cédric Klapisch cherche plutôt à faire une non-comédie romantique en s’attachant à raconter les problèmes personnels de ses personnages et au passage à critiquer la société actuelle qui brise tout lien social avec les réseaux. Les moments les plus tendres de l’histoire sont finalement dans cette petite échoppe orientale où viennent faire leurs courses nos deux héros. Le commerçant un grand parleur affectueux est joué par Simon Abkarian. En confrontant deux trentenaires à des psychologues, il donne la parole à des jeunes gens en perte de repère qui ne croient presque plus en grand chose. Ces névrosés des années 2010 vont devoir apprendre à vivre avec les blessures que le temps, les parents, la société actuelle leur ont infligées. Klapisch réussit plutôt bien à filmer les plaies invisibles de ces personnages et construit autour d’eux un chassé-croisé permanent. Vont-ils se voir à la fin ? Si proche et pourtant si loin, il montre comment l’homme et la femme s’est morcelés dans un monde anonyme. Ana Girardot et François Civil sont d’excellents interprètes pour ces désillusionnés. À leur côté, les personnages secondaires ne sont pas développés, mais les servent entièrement. Et ils les servent bien. Camille Cottin et François Berléand font des psys parfaits — l’une un peu bohème qui ne donne pas son avis tout en le donnant et l’autre proche de la retraite, mais aime qui son métier — Eye Haïdara en collègue de travail, elle aussi un peu paumée, Pierre Niney en ancien camarade de classe bavard…
Le récit entier se construit avec les deux personnages, ces deux moi, que nous suivons avec attachement et parfois avec tristesse. Un beau film sur les névroses, qui ne plaira pas forcément à tout le monde, mais qui parle d’une génération perdue. Notre génération perdue. M.M

Ça : chapitre 2 : 27 ans après, le club des ratés se réunit à Derry pour mettre fin une bonne fois pour toute aux agissements de Grippe-Sou.

Dans la série des nombreuses et inégales adaptations que compte l’oeuvre prolifique de Stephen King, le premier volet de Ça, sorti en 2017,  faisait plutôt figure de bon élève. Andrés Muschietti – auteur en 2013 d’un premier film d’horreur prometteur, Mama, déjà avec Jessica Chastain – avait en effet réussi la difficile tâche de conserver le suspense de l’œuvre originelle tout en élaguant ses éléments les plus fantaisistes. De nouveau à la barre, le réalisateur argentin inscrit ce deuxième chapitre dans le sillage de son aîné en renouvelant  les ingrédients qui avaient fait son succès avec un timing du frisson toujours au point et une b.o et un casting impeccables.
Néanmoins c’est ici dans la ressemblance que le bas blesse tant le film semble frappé par un étrange immobilisme qui l’empêche de réaliser tout son potentiel. En dépit des performances délivrées par ses acteurs (en particulier Bill Hader – ex membre de SNL – qui tire son épingle du jeu parmi les nouveaux venus), on pourra ainsi regretter le cruel manque de caractérisation des protagonistes. Devenus adultes ceux-ci semblent en effet coincés dans l’exacte dynamique développée vingt-sept ans auparavant et terrorisés par les mêmes peurs enfantines du premier volet. Parfois un peu redondantes, il est en effet tout à fait dommage que les 2h50 du film, qui aurait mérité d’être remonté et amputé d’une bonne demie heure, n’aient ainsi pas été mieux utilisées pour développer et actualiser la psychologie et les enjeux des personnages.
Toutefois, il faut avouer que si Ça : Chapitre 2 perd en qualité narrative, le spectacle de l’horreur est de nouveau au rendez-vous et Bill Skarsgård s’avère quand à lui une fois de plus aussi flippant que absolument brillant dans son rôle de clown maléfique. Si au final ce deuxième volet s’avérera sans doute un poil décevant pour les fans du premier chapitre, sa performance à elle seule saura indéniablement vous glacer le sang. M.P

Tu mérites un amour : Trompée par son copain Rémi, Lila vit assez mal la rupture. Ce dernier décide de partir en Bolivie pour un voyage initiatique. C’est la parfaite occasion pour Lila de se remettre de cette relation. Mais il continue de lui fait miroiter une relation future à son retour. Perdue, Lila ne sait plus comment appréhender le quotidien, malgré le soutien de ses amis. 

Jusqu’à présent, on connaissait surtout Hafsia Herzi pour ses rôles chez Kechiche (La graine et le mulet, Mektoub my love). Aujourd’hui, nous découvrons son premier film en tant que réalisatrice. Et c’est plutôt réussi. Le scénario ne fait pas montre d’une originalité sans pareil. On ne peut s’empêcher de penser à Kechiche en suivant ces jeunes, parfois un peu paumés, au quotidien. Et ce n’est pas si étonnant. Mais le regard porté sur les personnages – et les corps – est différent. Le discours sur les relations humaines, la jeunesse, la perte de repères, la tromperie et la manipulation nous emporte et on s’attache assez rapidement aux personnages et à cette Lila. Les intermèdes avec son meilleur ami sont souvent hilarants. Ce film est une assez belle manière – même si parfois un peu maladroite – de raconter la rupture et la folie amoureuse. On attend de voir la suite de la carrière de la jeune réalisatrice. M.K.

Miracle en Alabama : Helen Keller est une enfant qui a grandi sourd et aveugle. Renfermée sur elle-même, elle est devenue violente et isolée. Ses parents ne savent plus quoi faire. Ils engagent alors Annie Sullivan, une jeune institutrice elle-même malvoyante. Peu à peu, Helen va découvrir un monde nouveau sous les contraintes d’Annie.

En adaptant, l’histoire vraie d’Helen Keller, Arthur Penn s’engage sur le chemin difficile de filmer l’impossible : les sensations, l’expérience sensorielle. Comment pourrions-nous savoir ce que ressent au quotidien une jeune fille comme Helen ? La biographie de la jeune femme Sourde, muette, aveugle : histoire de ma vie raconte comment sa rencontre avec Annie Sullivan lui a ouvert les portes de la connaissance et du partage. Le film montre, grâce à la performance des deux actrices, Ann Bancroft et Patty Duke, la difficulté et la confrontation des deux jeunes femmes. Helen était une enfant qui a vécu dans son monde pendant 10 ans avant qu’Annie vienne la contraindre et l’obliger à s’ouvrir. À cela s’ajoute le combat d’Annie face à elle qui grandit en hostilité au fur et à mesure. Arthur Penn et le scénariste William Gibson développent le personnage d’Annie Sullivan pour en faire le centre de l’histoire. Plutôt que de présenter une femme « courage » qui se sacrifie pour Helen, ils montrent une femme battante qui va aller au-delà des difficultés. Elle est têtue. Elle est forte. Il faut savoir qu’Annie Sullivan ne maitrisait pas non plus la lecture et l’écriture quatre ans avant de rencontrer Helen. Elle a cette faculté de comprendre cette fillette bornée et de vouloir lui ouvrir les portes du savoir.
Miracle en Alabama est un film brillant qui, bien qu’il ne peut pas exposer ce que voit Helen, se place à ses côtés et essaye de nous faire vivre, par la mise en scène, ce que ressent cet enfant. Ce que ressent également Annie. Émouvant, beau, ce film d’Arthur Penn est un chef-d’œuvre du grand écran qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte au cinéma. M.M

Un petit air de famille : La famille dans tous ces états, voilà ce que nous propose ce sympathique programme de cinq courts métrages d’animation !

Une famille d’hommes des cavernes, deux petits frères querelleurs, un petit garçon qui fait du cerf-volant avec son papy, des adultes qui se comportent comme des enfants (et inversement !) et une jeune capricieuse : avec cela, on commence à avoir un petit aperçu de la vie de famille, avec ses hauts et ses bas. La diversité des courts métrages permet un beau panorama des techniques d’animation (à noter le très beau et touchant Cerf-volant). Solidarité, famille et comédie burlesque sont au rendez-vous ! Ces personnages au caractère bien trempé vous promettent une séance pleine de rebondissements. À partir de 4 ans. M.K.

Manon Koken, Marine Pallec et Marine Moutot

Deux Moi
Réalisé par Cédric Klapisch
Avec François Civil, Ana Girardot, Eye Haïdara
Drame, Comédie, France , 1h50
11 septembre 2019
Studio Canal

Ça : chapitre 2
Réalisé par Andrés Muschietti
Avec James McAvoy, Jessica Chastain, Bill Hader
Horreur, États-Unis, 2h50
11 septembre 2019
Warner Bros

Tu mérites un amour
Réalisé par Hafsia Herzi
Avec Hafsia Herzi, Djanis Bouzyani, Jérémie Laheurte
Comédie dramatique, France, 1h39
11 septembre 2019
Rezo Films

Miracle en Alabama
Réalisé par Arthur Penn
Avec Anne Bancroft, Patty Duke, Victor Jory
Drame, Biopic, États-Unis, 1h46
10 octobre 1962 – ressortie en version restaurée le 11 septembre 2019
Mary-X Distribution

Un petit air de famille
Réalisé par Evgeniya Jirkova, Makiko Nanke, Martin Smatana,
Hend Esmat, Lamiaa Diab, Marina Karpova
Programme de courts métrages d’animation à partir de 4 ans
Animation, Russie, Japon, Rép. tchèque, Slovaquie, Pologne, Royaume-Uni, 43 min
11 septembre 2019
Little KMBO

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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