[CONSEILS DU VENDREDI] #58

Cette semaine dans les Conseils : Portrait de la jeune fille en feu,
Un jour de Pluie à New York, Ad Astra et Ma Folle semaine avec Tess.


Portrait de la jeune fille en feu : 1770. Marianne doit peindre le portrait de mariage d’Héloïse. La jeune femme refuse de se dévoiler et de poser pour retarder son union forcée. Marianne, se faisant passer pour une dame de compagnie, l’étudie le jour et réalise le portrait secrètement à la nuit tombée.

Portrait de la jeune fille en feu est le film que l’on attendait sans le savoir : une œuvre lyrique, aussi tendre que cruelle, une aventure cinématographique accomplie artistiquement. Le regard de Céline Sciamma capture avec sensualité la rencontre tumultueuse d’une peintre et de sa modèle. La dualité règne dans leur relation. Marianne (Noémie Merlant) incarne la liberté, la maturité mais toujours dans une douceur et une bienveillance à l’égard d’Héloïse (Adèle Haenel). Celle-ci se dérobe incessamment sous le regard persistant de la peintre. La jeune promise au regard défiant, dur, refuse la prison maritale que lui destine sa mère. Adèle Haenel retrouve Céline Sciamma après leur collaboration sur Naissance des Pieuvres. L’actrice au regard courroucé dévoile avec exactitude la fragilité derrière la révolte de son personnage.
Des émotions que la réalisatrice derrière sa caméra, comme l’artiste et son pinceau, traque dans les mouvements, les regards fuyants, les instants d’intimité fugaces et interdits. Les plans-séquences et les chorégraphies des déplacements qui les accompagnent font de chaque instant une mélodie de corps qui s’appellent, se répondent et s’entremêlent. Un brin de musique accompagne les personnages dans leur ballet. Là où beaucoup d’histoires d’amour sont rythmées par une bande son assez présente, Céline Sciamma n’a choisi que deux moments clés (que l’on se gardera bien de vous dévoiler), pour dévoiler ses morceaux : une composition originale de Para One, et un morceau classique. On assiste dès lors à la création de séquences cinématographiques poétiquement accomplies. Nul besoin de combler le silence de cette grande demeure bretonne du XVIIIè siècle. Les traits de crayons sur la toile, le crépitement du feu, le murmure du vent dans les drapées, la vie suit son cours et on est embarqué dans cette histoire si simplement racontée et pourtant profondément émouvante.
Céline Sciamma a récemment déclaré : « Le désir lesbien a souvent été un désir caché au cinéma. Il fallait le deviner, l’interpréter. Et quand il était dit, c’était un désir maladif ou puni. Parler d’une histoire d’amour entre deux femmes, c’est encore politique »*. Portrait de la jeune fille en feu brise les chaînes d’un regard trop longtemps formaté et réalise son film le plus intelligent et le plus juste. Une histoire d’amour aux couleurs chaudes d’une soirée au coin du feu et aux héroïnes hypnotisantes. Une plongée dans les vertiges de l’amour portée avec finesse par le duo d’actrices Adèle Haenel et Noémie Merlant. C.L.L

*Émission sur France Inter, « Boomerang » du 16.09 : « Céline joue avec le feu », à retrouver ici

Un jour de pluie à New York : Gatsby souhaite faire découvrir New York à sa copine Ashleigh le temps d’un week-end. Alors qu’Ashleigh doit interviewer son réalisateur préféré pendant une heure, Gatsby erre dans la ville. Très vite, la pluie arrive et Ashleigh se retrouve embarquée dans le monde merveilleux du cinéma

Ce nouveau Woody Allen n’est pas un mauvais Woody Allen. Même s’il ne révolutionne en rien le genre allenien, il le rafraîchit, le rajeunit. Ce qui donne un souffle de neuf à sa carrière. Mais finalement la recette est la même que d’habitude : Gatsby est un homme qui doute, parle beaucoup, bégaye un peu et a un avis sur tout — un peu comme tous les personnages joués auparavant par le cinéaste, mais en plus jeune, plus beau et plus riche —, Ashleigh, elle, est comme toutes les femmes de sa filmographie : naïve, effacée, mais avec un brin d’esprit, jeune et attirée par des hommes plus vieux. Dans ce New York bohème des tournages, des soirées et des hôtels chics, Woody Allen ne fait pas dans la dentelle. Cette errance, courte, est agréable quand elle est passée auprès de Timothée Chalamet — même s’il peut être énervant à la longue — dans une posture de poète maudit dont la muse est loin. Assez plaintif — ce ne serait pas un bon personnage de Woody sinon —, l’acteur arrive à se mettre réellement à incarner le cinéaste. Les nombreux clins d’œil à ses anciens films sont appréciables. Mais le film a un défaut, le défaut de tous les récits de Woody Allen : ses personnages féminins sont creux, pathétiques et à la solde entière de l’homme. La misogynie de ce énième film finit par lasser, surtout dans le contexte actuel. Un jour de pluie à New York ne réussit donc pas à faire l’impasse là-dessus. Si le film était une critique de ce que l’homme voit dans la femme : muse, objet de désir, coup d’un soir, perfection et jamais au-delà, cela pourrait être intéressant. Par moment, le long-métrage donne cette impression, tellement le trait est exagéré, mais non — malgré une phrase du personnage d’Elle Fanning qui énumère ses différents rôles dans le récit — le film est dans une posture de condamnation de la femme fétichisée. De plus, la fin est décevante, car punitive pour le personnage. À aucun moment, elle n’a pas d’identité propre, elle est toujours vue par les yeux d’un homme ou au travers de la description faite par son copain. Elle Fanning est excellente dans le rôle de la cruche blonde, là n’est pas le problème. Le problème est le rôle : la cruche blonde qui passe d’un rôle à l’autre — d’un homme à l’autre. Sur son chemin, sa route est parsemée de créatures masculines qui la désirent tous. Tous sont pathétiques et presque seul Gatsby — le double de Woody Allen, comme par hasard — est «digne» de l’amour et sort renforcé de son week-end. Je ne parle pas ici non plus de la mère de Gatsby qui est dépréciée tout au long de l’histoire. Nous entrons la tête la première dans le cliché/fantasme le plus vieux de l’homme. Au final, le seul personnage qui évite l’écueil de l’idéalisation est celui de Selena Gomez, qui assume entièrement son côté fleur bleue et son indépendance. C’est dans ce portrait que Woody Allen réussit le mieux son film.
Ainsi, Un Jour de Pluie aurait pu être beaucoup de choses, mais nous retiendrons une misogynie latente insupportable, une galerie d’hommes célèbres — Jude Law, Diego Luna — ridicules, de belles rues enchantées par la pluie, quelques scènes drôles et Timothée Chalamet. M.M

Ad Astra : Dans un futur proche, le major Roy McBride se rend aux confins du système solaire afin de retrouver son père, brillant astronaute porté disparu. 

Après trois ans d’absence, c’est avec une odyssée futuriste que James Gray fait son retour sur les écrans. Rien pourtant sur le papier ne semblait prédisposer ce réalisateur, grand habitué des drames intimes (Two Lovers…), à s’aventurer sur le terrain de la science-fiction. Néanmoins, s’en étonner serait oublier le moteur qui réside au cœur même du récit d’Ad Astra.
En effet, sous ses airs de voyage épique, le film cache une trame somme toute bien plus familière qui rappellera sans mal les œuvres précédentes du réalisateur de La nuit nous appartient : l’histoire d’un gars hanté par ses daddy issues, en proie à une dépression dans l’espace. C’est ce qui explique que malgré un spectacle visuel tout à fait réussi et des perspectives technologiques et géopolitiques passionnantes bien que trop rapidement évoquées, Ad Astra  ressort comme un film globalement austère doublé d’une certaine opacité. Plus proche d’un Solaris que d’un space opera trépidant (mise à part quelques rares scènes d’action rondement menées), le film de Gray s’articule autour d’une voix-off métaphysique qui aurait sans doute beaucoup plu à Terrence Malick. Comme chez le réalisateur de The Tree of Life, ce procédé ici assez lancinant cultive une certaine lenteur générale que l’on retrouve dans les nombreux plans contemplatifs sur l’immensité des pans de notre univers ou dans une intrigue au final sans grands remous.
Tout le dilemme d’Ad Astra pourrait en effet être résumé par son principal protagoniste. Mâle alpha aux yeux mouillés, aussi stoïque qu’intrépide et dissimulant à n’en point douter quelques tendances sociopathes, Roy – joliment campé par Brad Pitt – est certes un héros tout à fait agréable à regarder mais avec lequel il est en définitive difficile de faire preuve d’empathie. Comme la majorité des personnages qui croiseront sa route, résumés à des silhouettes sans substance, son manque de personnalité le rend au fond bien moins intéressant que l’univers dans lequel il évolue. Et ainsi, même si Ad Astra reste globalement d’intérêt tel quel, on ne pourra hélas que regretter que le film n’ait pas bénéficié d’un protagoniste autrement plus engageant, ce qui lui aurait permis de réaliser pleinement son passionnant potentiel ici à peine ébauché. M.P

Ma folle semaine avec Tess : C’est l’été et Sam est en vacances avec ses parents et son frère sur l’île de Terschelling, dans le nord des Pays-Bas. Obsédé par la mort, il décide de s’organiser un programme d’entraînement à la solitude. C’est alors qu’il rencontre l’étrange et pétillante Tess qui va l’entraîner dans de drôles d’aventures.

Plongeons au coeur de l’été pour assister à la naissance d’une belle amitié. Prenez un ado aux questionnements philosophiques pour le moins étonnants et une jeune fille intrépide aux agissements curieux, et c’est parti pour des aventures rocambolesques avec nos deux comparses ! Ce premier long métrage du réalisateur néerlandais, Steven Wouterlood, est particulièrement touchant par le sentiment de proximité avec les personnages qu’il génère. Sam et Tess sont joués par les talentueux jeunes acteurs, Sonny Van Utteren et Josephine Arendsen, que l’on a hâte de retrouver dans d’autres films. Tantôt comédie estivale, tantôt enquête insulaire, tantôt récit initiatique, Ma folle semaine avec Tess devrait en surprendre plus d’un ! Un film agréable qui vaut bien le détour. M.K.

Clémence Letort-Lipszyc, Manon Koken, Marine Moutot et Marine Pallec

Portrait de la jeune fille en feu
Réalisé par Céline Sciamma
Avec Adèle Haenel, Noémie Merlant, Valeria Golino
Drame, Histoire, France, 2h00
18 septembre 2019
Pyramide Distribution

Un jour de pluie à New York
Réalisé par Woody Allen
Avec Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez
Comédie dramatique, Etats-Unis, 1h32
18 septembre 2019
Mars Films

Ad Astra
Réalisé par James Gray
Avec Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Ruth Negga
Science-fiction, Drame, Etats-Unis, 2h04
18 septembre 2019
Twentieth Century Fox France

Ma folle semaine avec Tess
Réalisé par Steven Wouterlood
Avec Sonny van Utteren, Josephine Arendsen, Jennifer Hoffman
Comédie, Pays-Bas, 1h23, à partir de 8-9 ans
18 septembre 2019
Les Films du Préau

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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