[CONSEILS DU VENDREDI] #60

Cette semaine dans les Conseils : Alice et le Maire, Atlantique, Bonjour Tout le Monde, Gemini Man, Bas les masques ! et J’irais où tu iras


Alice et le Maire : Alice est une jeune philosophe qui se fait débaucher par le cabinet du maire de Lyon, Paul Théraneau, qui va au plus mal. En effet, celui-ci n’a plus d’idée et demande à Alice de l’aider à penser.

Le film commence comme une farce. La jeune Alice — jouée par Anaïs Demoustier, convaincante en jeune philosophe un peu perdue — arrive à Lyon pour travailler, mais son poste a été supprimé. Aucun problème, un nouvel emploi vient d’être créé juste pour elle. Dans un petit bureau vide, elle n’a aucune tâche claire, sans fonction dévolue, elle est là « au cas où ». À peine arrivée, la voici déjà jetée dans la pâture de la politique et du monde du travail. Triste réalité malheureusement de beaucoup de gens qui sont chaque confronté à des situations sans queue ni tête. Nicolas Pariser dans son second film — il réalise en 2015 Le Grand Jeu — décrit avec finesse et précision l’absurdité du monde du travail et plus particulièrement des jeunes salariés de notre époque. Alice et le Maire pourrait s’apparenter à un conte burlesque. Toutes les situations ont plusieurs niveaux de lecture, mais la première et la plus importante est la critique d’un système qui s’essouffle, qui tourne sur lui-même et qui n’aboutit à rien, seulement à conserver dans un état léthargique un pouvoir et une structure dirigeante stable. Le mal-être du maire — interprété par Fabrice Luchini au sommet de son art — est un mal-être de notre époque, de notre société. Son rôle d’orateur, là pour faire bonne figure, cache tant bien que mal le vide de son esprit. Il n’arrive pas à penser. Il est inscrit dans un mouvement lent. La lourdeur administrative, les éléments qui gravitent autour de lui, toutes les personnes qui essayent de prendre une part du gâteau freinent l’élan, tuent l’initiative. La fraîcheur d’Alice, son regard neuf, permet cette critique du système. De la politique, certes, mais également d’une manière de faire nécrosée, mortuaire. Paul Théraneau est une statue de cire. Le pouvoir qu’il a dans les mains, les gens à son service, tout cela va dans le même sens. Il ne doit plus réfléchir par lui-même, bien que cela est fait sa carrière dans le passé, il doit servir la mairie, servir le parti. L’élément perturbateur, que représente Alice, n’est utile qu’à secouer pour redonner un peu de vie à cet homme que la politique a asséché. Elle ne doit pas à changer les choses.
Ainsi pour son deuxième long-métrage, le cinéaste français montre une grande dextérité dans la création de l’ambiance et dans la mise en place de situations burlesques, mais toujours avec parcimonie. Là où il échoue un peu, c’est dans ses personnages secondaires : le couple de Delphine et Gauthier, en particulier, qui incarne l’extrême opposé de ce que vit Alice à la mairie n’est pour le coup pas forcément très bien écrit, le tout étant trop forcé. Même si le contrepoint est important, il est mal géré et tire le film en longueur. La véritable force du film est vraiment ce couple Luchini/Demoustier, ainsi que la critique de l’intérieur du système.
Le long-métrage a été récompensé à la Quinzaine des Réalisateurs cette année par le label Europa Cinéma. MK et MM

Pour aller plus loin :
L’interview survoltée de Fabrice Luchini (Quotidien du 23/09/19)
Notre Tip Top sur Anaïs Demoustier

Atlantique : À Dakar, alors qu’Ada doit se marier à un homme qu’elle n’aime pas et connaît à peine, son amant disparaît sans laisser de trace. Elle réapprend difficilement à vivre sans lui, jusqu’au jour où d’étranges apparitions surviennent…

Le Grand Prix du Festival de Cannes 2019 est un ovni. La cinéaste sénégalaise Mati Diop propose un film fort et décrit un pays à double vitesse. À travers la perte d’un amour et un mariage forcé par l’argent, elle donne en seconde lecture à voir la détresse d’un peuple exploité. Si le récit par moment tire un peu en longueur, sans jamais nous ennuyer pourtant, le film vaut également pour des plans magnifiques de la mer, qui promet un avenir plus beau, l’espérance d’une vie meilleure au loin là-bas. À 37 ans à peine, la cinéaste sénégalaise est promise à un bel avenir et mérite d’être suivie au plus près. Atlantique est juste dans sa dénonciation et dans la manière de le mettre en forme — que nous ne souhaitons surtout pas vous dévoiler ici. MM

Pour un autre point de vue, (re)découvrez notre critique lors du Festival de Cannes.

J’irai où tu iras :  Vali et Mina sont soeurs mais ne se parlent plus. Pourtant la passion de Vali pour le chant va les réunir dans une folle aventure afin de suivre les traces de Céline Dion, et tenter de retrouver leur complicité en chemin.

Pour son troisième long-métrage, Géraldine Nakache nous offre une jolie surprise. J’irai où tu iras est un film sensible et drôle qui évoque avec justesse la difficulté du deuil et l’angoisse de la maladie. Confrontées très jeunes à la perte de leur mère, Mina et Vali ont pris des trajectoires opposées, mais la remise en question de leurs choix de vie finit par les rapprocher. Même si on n’échappe pas à quelques clichés (les deux soeurs que tout oppose mais que la vie finit par réunir malgré tout, entre autres choses), la réalisation reste subtile. On sent la tendresse du regard de la réalisatrice sur ses acteurs, en particulier sur sa partenaire de toujours, Leïla Bekhti. Sans surprise, le duo d’actrices fonctionne toujours aussi bien, et on se laisse embarquer dans leur aventure, parodie des chanteurs oubliés des téléréalités des années 2000. On salue également le jeu de Patrick Timsit qui fait preuve d’une très grande finesse dans son rôle de père aimant et soucieux.
Bien que le film joue parfois un peu trop sur les cordes sensibles du public, on se laisse prendre au jeu, et on sort de la salle, l’oeil un peu humide, avec la discographie de Céline Dion en tête pour une bonne partie de la journée. On aime parce que des comédies dramatiques françaises qui fonctionnent, et surtout qui ne nous donnent pas envie de fuir dès les cinq premières minutes, il n’y en a pas cent. Et puis une petite balade dans les grands tubes de Céline, ça remet toujours d’aplomb, même si c’est un plaisir coupable qu’on ne revendique fièrement qu’en fin de soirée, avec quelques grammes dans le sang (sans offense pour les fans, nous aussi on aime, même si on se fait plus discrets). A.E

Gemini Man : Henry Brogen, tireur d’élite d’exception employé par le gouvernement américain, décide de prendre sa retraite.  Il se retrouve néanmoins rapidement traqué par un redoutable tueur lancé à ses trousses par ses anciens employeurs et qui semble capable d’anticiper le moindre de ses mouvements.

Avez-vous déjà vu : un navet à la Stephen Seagal sans Stephen Seagal, mais moins fauché ? Non ? Fort heureusement pour vous, petits veinards que vous êtes, ce film existe désormais sous la forme de Gemini Man. Spécialiste du grand écart cinématographique et après avoir entre autre adapté Jane Austen (Raison et sentiment), fait s’aimer des cowboys dans le grand ouest américain (Brokeback Mountain) et fait jouer un tigre en image de synthèse (L’odyssée de Pi), Ang Lee poursuit son étrange carrière en clonant Will Smith dans un blockbuster d’une fadeur abyssale. Ah oui non mais parce que ok, la prouesse technique est étonnante et amusante deux minutes, mais alors sinon boudiou qu’est-ce qu’on s’emmerde : Deux heures…DEUX HEURES de dialogues insipides récités par des acteurs aux yeux morts qui se retrouvent à jouer des rôles stéréotypés probablement pour se payer une fucking Tesla c’est un peu trop. Vous pouvez à peu près imaginer l’affiche : « Clive Owen is the méchant – figure incarnée de la masculinité toxique qui pense que la peur et pleurer ça fait de vous une fiotte -, Benedict Wong is the sidekick rigolo, Mary Elizabeth Winstead is the femme sensible/intelligente et badass mais pas trop quand même hein parce que c’est les bonhommes qui gèrent ici wesh… »
Alors oui, les décors – sorte de spot publicitaire pour Budapest, nouvel Eldorado des tournages hollywoodiens – sont sympas quoique totalement improbables ( » Bon les dudes,  les hongrois veulent qu’on case leurs monuments là…on fait comment ? « eh et si le méchant allait se planquer dans le château pour plus de discrétion ? », « Excellent ! Allez, by the way tu n’oublieras pas de leur faire boire un max de coca à l’écran pour honorer le placement de produit ») et Will Smith, peut-être en proie à une envie suicidaire de faire comme Tom Cruise,  fait preuve d’une belle énergie dans son double rôle. Un peu comme les aventures de Martine, ici c’est « Will fait de la moto », « Will court à plein poumon », « Will fait des petites roulades »…pouloulou tout ça est formidable n’est-ce pas ?  Bwoui…bwé…bworf ça le serait sûrement si le scénario totalement crétin et mou du genou  ne nous donnait pas envie de voir un film de Michael Bay à la place !! Certes, Gemini Man n’est pas – comme 99,99% des navets de Stephen Seagal – une pure bouse, ne serait-ce parce que Ang Lee est un cinéaste tout à fait compétent pour ne pas dire même excellent. Mais on ne saurait justement qu’espérer pour lui que Gemini Man disparaisse dans les oubliettes de l’histoire du cinéma et que son prochain projet soit un peu plus digne de son talent. M.P

Bonjour le monde ! : La rivière au printemps, en voilà un lieu intéressant ! Et les bébés animaux s’exclament “Bonjour le monde !” en ouvrant les yeux sur ce nouvel environnement. Observons leur quotidien au fil des saisons.

Ce film d’animation, inspiré de la série télévisée éponyme, renferme son lot de petites surprises qui donnent envie d’en découvrir d’avantage. Tout d’abord, les créations animales de la réalisatrice et sculptrice Anne-Lise Koehler sont absolument superbes (les décors aussi d’ailleurs). Héron, libellule, brochet, tout est fait en papier mâché (page de livres de La Pléiade s’il vous plaît !) et en peinture bien colorée. Ensuite, la découverte de cette Nature, à la fois tendre et réaliste, ne peut que séduire les spectateurs, du plus vieux au plus jeune. On ne cesse d’en apprendre davantage sur les particularités de telle ou telle espèce. Elle est bien loin la leçon rébarbative, ce sont les animaux qui ont la science infuse. Et pour finir, c’est une belle leçon d’écologie mais aussi de vie. Les réflexions philosophiques des petits animaux ont bien des similitudes avec les nôtres. Embarquez pour cette virée étonnante qui ne manquera pas de vous intéresser ! M.K.

Dossier de presse et documents pédagogiques sur le site de Gebeka, le distributeur, ici.

Bas les masques ! : Ce programme jeune public est issu d’une volonté de l’Agence du court métrage de permettre un nouveau regard (en salle de cinéma) sur des courts métrages de Jean-François Laguionie réalisés entre 1964 et 1976. En effet, nous sommes nombreux à connaître Le Château des singes, Le Tableau, L’île de Black mor ou encore Gwen et le livre des sables. Mais qui a déjà vu les courts de l’élève de Grimault ? Bas les masques ! propose quatre courts pour quatre contes avec toujours les thèmes fétiches de Laguionie : la mer, le fantastique, le réel et la fiction. Et évidemment, avec ce titre, on parle des apparences trompeuses – et de la fête. Bien que l’animation traditionnelle en 2D – peinture et marionnettes en papier découpé – soit un peu démodée, les histoires nous entraînent tout de même dans leur magie. M.K.

La Demoiselle et le violoncelliste (1964) – 9 min
Le Masque du diable (1976) – 12 min
Potr’ et la fille des eaux (1974) – 11 min
L’acteur (1975) – 5 min 35

Manon Koken, Marine Moutot, Marine Pallec et Amandine Eliès

Alice et le maire
Réalisé par Nicolas Pariser
Avec Anaïs Demoustier, Fabrice Luchini, Nora Hamzawi
Comédie dramatique, France, 1h43
2 octobre 2019
Bac Film

Atlantique
Réalisé par Mati Diop
Avec Mama Sané, Amadou Mbow, Ibrahima Traore
Drame, France, Sénégal, Belgique, 1h45
2 octobre 2019
Ad Vitam

J’irai où tu iras
Réalisée par Géraldine Nakache
Avec Géraldine Nakache, Leïla Beckhti, Patrick Timsit
Comédie dramatique, France, 1h40
2 octobre 2019
Mars Distribution

Gemini Man
Réalisé par Ang Lee
Avec Will Smith, Mary Elizabeth Winstead, Clive Owen
États-Unis, Action, 1h52
2 octobre 2019
Paramount Pictures

Bonjour le monde !
Réalisé par Anne-Lise Koehler et Eric Serre
Animation, Animalier, France, 1h01, à partir de 5 ans
2 octobre 2019
Gébéka

Bas les masques !
Réalisé par Jean-François Laguionie
Programme de courts métrages d’animation, Fantastique, France, 40 min
À partir de 8 ans 
2 octobre 2019

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

3 commentaires sur « [CONSEILS DU VENDREDI] #60 »

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