[CONSEILS DU VENDREDI] #61

Cette semaine dans les Conseils : Joker, Chambre 212, La Fameuse Invasion des Ours en Sicile, Soeurs d’Armes et Jacob et les chiens qui parlent.


Joker : D’où vient la folie maléfique et meurtrière du célèbre méchant de DC Comics ? Qui était-il avant de devenir l’ennemi juré de Batman ? Comment a-t-il pris le contrôle de Gotham City ? Revenons aux origines du superbe Joker !

Cette nouvelle apparition du Joker est extrêmement attendue. À la barre, Todd Phillips, le réalisateur de Very Bad Trip, autant dire que ce n’était pas forcément très prometteur. Pourtant le film est plutôt réussi. Tout d’abord parce que Joaquin Phoenix est très impressionnant dans sa performance : corps tordu, osseux et mal traité, d’une maigreur morbide, rire dérangeant, finesse des émotions. De plus, s’intéresser au Joker était aussi une idée porteuse, puisqu’outre la figure du méchant de bande dessinée que nous connaissons tous, Phoenix interprète un être peu sûr de lui, rejeté, un homme fragile vivant seul avec sa mère, qui pour suivre vit dans le fantasme. Alors, naturellement, nous pouvons parler des clichés — et il y en a — mais nous les recevons avec plus ou moins bonne grâce, car le personnage reste cohérent et convaincant. Par ailleurs, revenir aux origines de la folie est passionnant. Et pas seulement à travers le personnage d’Arthur Fleck aka le Joker. Tout Gotham respire le malaise, les rues sont sales, les gens sont mauvais, l’image est elle-même sombre et crasseuse et tenue par une très belle lumière. L’ambiance malsaine est parfaitement rendue et on la sent nous atteindre à mesure que le film se poursuit. Joker est surtout un film sur la société et la souffrance qu’elle cause aux êtres.
Malgré tout, le récit, bien mené et intéressant, a quelques redondances et lourdeurs. Nous sentons la patte d’un cinéaste habitué à faire dans la surenchère. Certaines séquences, en particulier celles qui relèvent du fantasme, auraient gagné en puissance si elles avaient été faites avec plus de finesse. Second point négatif : la musique. On aurait apprécié un espace sonore moins surchargé. Un Lion d’Or était sûrement un peu trop, mais Joker mérite vraiment le détour — ne serait-ce que pour saluer la métamorphose de Phoenix. MM, MK

Pour en savoir plus sur les films de la Mostra c’est ici !

Chambre 212 : Maria est mariée depuis plus de 25 ans avec Richard. Alors qu’elle le trompe avec un de ses étudiants, il surprend un SMS coquin. Après la dispute, Maria traverse la rue et décide de loger dans l’hôtel en face de chez elle. De là, elle observe sa vie et va très vite être dérangée par le passé qui a son mot à dire.

Découvert au Festival de Cannes, dans la sélection Un Certain Regard, le nouveau film de Christophe Honoré est un enchantement pour les yeux et pour les oreilles. Cette pépite est un hommage au cinéma et à son cinéma. Il retrouve ses thèmes préférés : l’amour, les couples insolites et les remises en questions. L’introspection du personnage de Maria dans son passé pourrait sembler être une critique moralisatrice de la femme qui aime les jeunes hommes, mais toujours le film connaît un revirement et ne franchit pas cette ligne. Ainsi le cinéaste choie ses protagonistes avec humour et tendresse, ne les jugeant jamais et les aimant toujours. Chambre 212 est un grand film de cinéma et Chiara Mastroianni est sublime et mérite amplement son prix d’interprétation à Cannes. Notons également Vincent Lacoste, Camille Cottin, Benjamin Biolay et Carole Bouquet qui sont tous parfaits dans leurs rôles. M.M

Critique complète ici !

La Fameuse Invasion des Ours en Sicile : Un troubadour va vous conter une histoire survenue il y a bien, bien longtemps dans de lointaines montagnes… C’est celle des Ours ! Afin de retrouver le fils du roi, Tonio, enlevé par les hommes, les ours prirent la route pour envahir la Sicile et sauver ce dernier. Mais cela n’allait pas être si simple…

Cette adaptation de la seule oeuvre pour enfants de Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours, met à l’honneur le conte et l’art de raconter des histoires. L’univers graphique, très beau et coloré, développé par le peintre et réalisateur, Lorenzo Mattotti, fait rêver par la simplicité magnifique de ses paysages de montagnes siciliennes aux couleurs vives. L’animation est vraiment très belle bien qu’elle n’atteigne pas la beauté des illustrations de Mattotti. Le film fait énormément penser au Château des singes de Jean-François Laguionie par sa réflexion sur Nature et Culture. L’histoire de ce conte double fonctionne bien, même si un léger reproche quant à sa simplicité ne serait pas outrageant. Petits comme grands, n’hésitez pas à vous laisser porter par la magie du roman de Buzzati sublimé par l’animation de Mattotti ! M.K.

Soeurs d’Armes : Yael et Kenza s’engagent aux côtés d’une brigade de femmes kurdes et découvrent la réalité de la guerre, mais aussi le pouvoir de la sororité.

Pour son premier film, la journaliste et réalisatrice Caroline Fourest signe une oeuvre qui se veut forte et marquante. Le film fait l’effet d’une véritable claque et on en sort bouleversé(e)s par les nombreuses rafales de tirs et la violence qui s’y déchaîne. On s’interroge d’ailleurs très vite sur la nécessité de cette violence, et la frontière est parfois mince entre la volonté de désillusionner les spectateurs européens privilégiés que nous sommes, et celle de les manipuler et de leur tirer des larmes à grand renfort d’artillerie lourde. Nécessaire, l’importance de montrer et d’essayer de faire vivre au spectateur, pendant 1h50, l’horreur de la guerre qui se vit dans d’autres pays, sans aucun doutes. Toutefois le semblant de parodie des camps d’entraînements que nous offre Caroline Fourest est presque risible : on doute assez raisonnablement que les combattantes turques jouent de la guitare autour d’un feu de camp en se tressant les cheveux entre deux combats. Montrer la force de la sororité et la puissance des liens qui peuvent unir les femmes, oui ; le repos de la guerrière, certes ; mais étions-nous pour autant obligés de nous enliser dans les clichés du “girl power” des camps de vacances ?
L’oeuvre peut s’associer par certains aspects aux luttes du féminisme : on y voit des femmes qui se battent pour défendre leurs droits et reprendre leur place, si souvent bafouée dans l’Histoire. Elles sont fortes de la sororité qui les unit, mais aussi de leur colère contre les hommes qui les ont blessé, et de leur haine envers la bêtise de la guerre. Cependant on peut reprocher à la réalisation d’être parfois trop mélodramatique et de vouloir jouer trop facilement sur les cordes sensibles, parfois sans grande subtilité, tout en surfant encore et toujours sur la vague de l’émancipation féminine, dernière tendance en date du capitalisme. Pour ce qui est des actrices, le jeu de Dilan Gwyn et Amira Casar est impeccable, mais celui de Camélia Jordana et Esther Garrel laissent parfois dubitatif.
Belle tentative donc, et aux intentions sans doutes louables, mais on espère mieux de ses prochains films.  A.E.

Jacob et les chiens qui parlentJacob vit avec son père un quotidien très tranquille. Passionné de  dessin, il rêve de devenir architecte comme lui. Alors que ce dernier doit s’absenter, il confie Jacob à son oncle Ange, un pirate au chômage, et sa cousine Mimi, une jeune fille au caractère bien trempé. C’est ainsi que le jeune garçon découvrir un quartier qui renferme une bonne dose d’étrangeté et de secrets : Maskatchka ; et ainsi rapidement rencontrer un certain Boss, chien de son état, loquace de surcroît. Alors que le projet immobilier de Victor Cash commence à voir le jour, humains et canins vont se liguer contre ce dernier.

Cette adaptation du livre Dog town de l’écrivaine lettone Luize Pastore par le réalisateur de Mr Chat et les Shammies nous emmène au coeur de Riga, la capitale lettone. Dans ce quotidien urbanisé et hyperconnecté (si semblable au nôtre) où les adultes passent leurs journées à travailler en costume, Maskatchka semble être une bouffée de créativité et de liberté. Ici, les situations les plus absurdes et drôles deviennent possibles : des mimes dans le parc, des chiens qui parlent, des rêves qui deviennent réalité… Mais lorsque la réalité industrielle rattrape le quartier, le film prend un chemin tout à fait d’actualité : écologie et militantisme sont au rendez-vous … et évidemment la parole est enfin donnée aux enfants (et aux chiens aussi !). Jacob et les chiens qui parlent est un agréable film sur l’imagination, la famille et le pouvoir de changer le monde. On repart en musique avec la chanson “Tu dois vivre à Maskatchka”. Et on a alors bien envie d’y faire un tour ! M.K.

Manon Koken, Marine Moutot et Amandine Eliès

Joker
Réalisé par Todd Phillips
Avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz
Drame, États-Unis, Canada, 2h02
Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
9 Octobre 2019
Warner Bros. France

Chambre 212
Réalisé par Christophe Honoré
Avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin, Benjamin Biolay 
Comédie, Drame, France, Belgique, Luxembourg, 1h30
9 Octobre 2019
Memento Films Distribution

La Fameuse Invasion des Ours en Sicile
Réalisé par Lorenzo Mattotti
Avec les voix de Jean-Claude Carrière, Leïla Bekhti, Thomas Bidegain
Animation, Italie, France, 1h22, à partir de 7 ans
9 Octobre 2019
Pathé

Soeurs d’Armes
Réalisé par Caroline Fourest
Avec Dilan Gwyn, Amira Casar, Camélia Jordana
Action, Drame, Syrie, 1h52
9 Octobre 2019
Metropolitan FIlmExport

Jacob et les chiens qui parlent
Réalisé par Edmunds Jansons
Animation, Lettonie, Pologne, 1h10, à partir de 5 ans
9 Octobre 2019
Les Films du Préau

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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