[CRITIQUE] Unbelievable

2008, Marie Adler est violée dans son appartement à Lynnwood. Une enquête débute pour trouver le violeur, mais très vite, la police, par manque de preuves et du fait de l’origine sociale de la jeune fille, fait pression sur Marie pour qu’elle revienne sur sa déclaration.
2011, l’inspectrice Karen Duvall arrive sur les lieux d’un viol à Golden. Très rapidement, elle découvre qu’une autre enquêtrice, Grace Rasmussen, est sur les traces d’un violeur aux méthodes similaires. Elles vont alors faire front commun pour démasquer le criminel.

En 2015, Ken Armstrong et T. Christian Miller écrivent un article qui sera couronné du Prix Pulitzer. An Unbelievable Story of rape raconte en parallèle l’histoire de trois femmes : d’un côté, Marie, victime d’un viol, humiliée et spoliée par la police, et de l’autre, Stacy Galbraith et Edna Hendershot, inspectrices qui vont tout faire pour trouver un serial rapist.
En 2018, Susannah Grant (scénariste de Erin Brockovich, seule contre tous, Pocahontas, In her shoes), Ayelet Waldman (autrice des romans Mommy-Track) et Michael Chabon décident d’adapter l’article. Si elles et il gardent le nom de Marie, ils modifient le nom des deux détectives qui deviennent Karen Duvall et Grace Rasmussen. Ils choisissent d’adapter ce texte, car il aborde le sujet tabou du viol d’après une histoire qui paraît « unbelievable » — incroyable en anglais — et totalement absurde. Car comment croire qu’une jeune femme, Marie, ait été aussi injustement traitée lorsqu’elle annonce à la police s’être fait violer. Mais la force de l’article et de la série est également de parler des femmes qui ont arrêté le violeur.
Le parallèle des deux époques, 2008 et 2011, peut surprendre, mais est important pour montrer les divergences entre les mentalités. Tandis que Marie a affaire à des policiers et des équipes qui font tout pour la mettre dans des situations inconfortables, lui faisant répéter son viol sans cesse sans jamais vraiment écouter — ou en prêtant seulement attention aux détails qui vont devenir à leurs yeux des incohérences et qui ne relèvent rien du violeur : « pourquoi nous avoir dit que vous aviez composé le numéro avec vos orteils ? », et refusant ainsi de la prendre en considération. Les hommes chargés de l’enquête la regardent de plus en plus comme une suspecte. Finalement, ce sera la mère de substitution de Marie qui mettra le feu aux poudres : elle appelle la police pour faire part de ses doutes concernant le viol. En effet, elle leur explique que Marie a eu une enfance difficile où elle a été maltraitée et qu’elle cherche sans doute de l’affection. Ainsi, la police convoque Marie pour l’interroger à nouveau. Pendant l’interrogatoire, elle est écrasée sous les questions et sous les reproches des policiers : elle leur a fait perdre leur temps. Ils ferment le dossier et portent plainte contre elle. Elle devient accusée en plus d’être vue comme une paria à cause de son « mensonge ». Elle perd alors ses amis, son métier et sa place dans un foyer qui aide les jeunes en difficulté.
Quand le deuxième épisode commence, c’est l’histoire qui se répète, mais cette fois nous suivons l’enquêtrice Karen Duvall — interprétée par Merritt Wever, excellente (qui avait joué dans le western sérielle Godless). Elle arrive sur les lieux d’un viol. Pour le spectateur, les détails du viol d’Amber ressemblent étrangement à celui de Marie, arrivé 3 ans plus tôt. Elle écoute la victime avec bienveillance et ne remet jamais en cause son récit. Elle l’écoute et c’est là, la véritable différence avec les policiers de Lynnwood. Chaque détail compte oui, mais la victime et son ressenti aussi. Elle ne veut pas brusquer, alors elle lui explique ce qui va suivre. Elle se montre présente, douce. L’inspectrice Grace Rasmussen — jouée par Toni Colette, parfaite — pourrait paraître plus dure en comparaison, plus froide, mais ce n’est jamais le cas avec les victimes. Elles sont toutes les deux là pour aider.

La nouvelle série de Netflix fonctionne pour deux raisons. Tout d’abord parce qu’elle traite du viol comme d’un crime et qu’elle met sur un plan d’égalité avec toutes les autres affaires que peuvent traiter les films ou séries policières. Les épisodes sont construits crescendo et l’enquête qui se déroule sous nos yeux connait des hauts et des bas, mais les deux inspectrices sont dévouées à trouver le violeur. Ainsi la série aborde plusieurs point de vue : un système policier qui ne fonctionne pas, qu’elle dénonce, et ce même système qui fait tout pour trouver le criminel ; mais également en se plaçant du côté des victimes — Amber et Marie — et des enquêtrices. Unbelievable montre ainsi l’univers policier dans sa globalité et également tous les tabous autour d’un crime trop souvent pris à la légère ou alors déclaré comme « fausse accusation » — beaucoup trop de monde pense encore que le viol est un prétexte et que cela peut-être une raison pour interroger la victime comme si elle était dès le départ coupable. Dans l’article de Ken Armstrong et T. Christian Miller, l’inspectrice Galbraith explique : « A lot of times people say, ‘Believe your victim, believe your victim’. But I don’t think that that’s the right standpoint. I think it’s listen to your victim. And then corroborate or refute based on how things go. »* Le respect avant tout.
Et c’est là la deuxième raison pour laquelle la série est réussie et mérite d’être partagée avec le plus grand nombre : le respect. Elle adopte le point de vue des victimes. Les viols sont des actes abominables que beaucoup trop de personnes sexualisent. Ici, les séquences des viols sont des réminiscences, des souvenirs douloureux des victimes. Jamais les femmes ne sont présentées comme des objets à posséder, mais comme des êtres à part entière, détruites par le viol. Les sévices qu’elles supportent, les traumas qu’elles traversent sont montrés avec pudeur et vérité. La violence, quand elle doit être filmée, est montrée soit de très loin, soit par des flashs très courts et au plus proches de la victime. Le son joue également un rôle important : c’est le souffle de la femme, la peur. Cela vient du fait, sans doute, que ce sont en grande partie des femmes qui ont réalisé les épisodes : Lisa Cholodenko — réalisatrice de The Kids are all right —, Susannah Grant et Michael Dinner — réalisateur pour des séries comme New York District/New York Police Judiciaire, Master of Sex. Elles et il ont réellement chercher dans leur traitement de la lumière à opposer les deux époques. Alors que 2008 est baigné dans une atmosphère très clinique, très grise, 2011 sera plus chaude — sans pour autant être chaleureuse. Opposant deux mondes non seulement dans le propos, mais également dans le traitement de l’image.

Unbelievable est une série dure, mais seulement par son sujet. La mise en scène et le scénario sont admirablement bien menés avec des actrices toutes aussi exceptionnelles les unes que les autres. Une minisérie de 8 épisodes à découvrir dès maintenant sur Netflix.

Marine Moutot

Traduction : « Beaucoup de gens disent : “Crois ta victime, crois ta victime”. Mais je ne pense pas que ce soit la meilleure façon de faire. Je pense que c’est écouter la victime. Et après corroborer ou réfuter leur histoire en fonction de comment les choses évoluent. »


Série créée par Susannah Grant
Scénario de Susannah Grant, Michael Chabon, Ayelet Waldman, Becky Mode, Jennifer Schuur, d’après l’article de Ken Armstrong et T. Christian Miller
Avec Kaitlyn Dever, Toni Collette, Merritt Wever
Drame, Policier, Thriller, Etats-Unis, Minisérie
2019 – Terminé


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Publié par Phantasmagory

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2 commentaires sur « [CRITIQUE] Unbelievable »

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