Huit films d’animation intelligents pour les enfants (et les grands)

Alors que commencent les vacances scolaires et que les films d’animation abondent sur les grands et petits écrans, il est parfois difficile de trouver un dessin animé à la fois intéressant et intelligent. Intelligent, le terme est lourd de significations et peu évident à définir dans ce contexte précis. Est-ce qu’un film est intelligent quand il parle d’un sujet sérieux ? Qu’il évite de s’adresser aux enfants de manière infantilisante ? Quand l’animation est soignée et peut être désignée de véritable proposition artistique ? Il y a un peu de tout cela. La narration doit être précise et aboutie, le dessin de qualité et le travail sur plusieurs niveaux de lecture sont nécessaires afin de rendre le film d’animation appréciable par tous. On a trop souvent tendance à réduire le cinéma d’animation à un art uniquement à destination des enfants. Il s’agit aussi de sortir du carcan des productions mainstream, telles celles de Disney, qui proposent une vision du monde normée. Dans chacun de ces films, on retrouve le même fil conducteur rassurant qui n’offre aucune réelle surprise. Nous pouvons prendre pour exemple les deux versions de La reine des neiges, inspirées du conte de Hans Christian Andersen. La première, du réalisateur russe Lev Atamanov, datant de 1957, raconte l’histoire de deux enfants, amis, qui doivent affronter des ennemis ambigus. La peur est acceptée et nécessaire. À l’inverse, dans la version du studio Disney/Pixar de 2013, l’héroïne Anna est une adolescente, elle va tomber amoureuse d’un garçon, les méchants cachent leur jeu, mais restent des personnages manichéens et la princesse est accompagnée d’une foule d’adjuvants rigolos qui permettent de rendre le film comique là où la peur était autrefois présente. Sortons des histoires lisses et prévisibles pour nous intéresser à une animation riche et belle qui existe depuis bien longtemps et qui mérite d’être vue sur les écrans. 

Le mois d’octobre, tout particulièrement marqué par la Fête du cinéma d’animation, était aussi l’occasion de découvrir le beau conte coloré de Lorenzo Mattoti, adaptation du roman pour enfants de Dino Buzzatti, La fameuse invasion des ours en Sicile ainsi que l’étonnant film d’animation quasi-documentaire tout en marionnettes recouvertes de pages de livres de La Pléiade, Bonjour le monde. À noter aussi la sortie en version restaurée des premiers courts métrages de Jean-François Laguionie qui vous permettront de découvrir les débuts du réalisateur dans Bas les masques !. Et comment oublier la dernière sortie en date ? Shaun le mouton : la ferme contre-attaque, la dernière création du studio d’animation britannique Aardman est dans les salles depuis une semaine à présent pour révéler aux petits comme aux grands les nouvelles aventures extraterrestres du mouton en pâte à modeler. À lire ces descriptions, on devine bien toute la richesse du cinéma d’animation, trop souvent considéré comme un genre, il s’agit pourtant d’une technique, et techniques diverses et variées il y a !

Par ailleurs, pour les Parisiens qui nous lisent, du 23 au 29 octobre, c’est également l’occasion d’aller à Mon Premier Festival qui se tiendra dans douze cinémas de la ville dont Le Studio des Ursulines, le Louxor, l’Escurial, le Cinéma des cinéastes… Au programme, des films inspirés de livres, des avant-premières, des interventions de professionnels du cinéma, des ateliers et plein de séances animées. Pour en savoir plus c’est ici.

Tous ces événements animés sont une belle occasion pour vous proposer huit films que nous jugeons intelligents et qui se font écho permettant ainsi d’aborder plusieurs thèmes avec les petits et les grands : la place du père avec Le Garçon et le monde et Le Garçon et la Bête, la destruction de la Nature par l’homme avec Princesse Mononoké et Brisby et le secret de Nimh, le pouvoir de l’imagination avec Phantom Boy et Le chant de la mer et l’empathie avec Kirikou et la sorcière et Princesse Arete

Bonne (re)découverte en famille !

Pour parler de la place du père
Le Garçon et le monde (Alê Abreu, 2013) et
Le Garçon et la Bête (Mamoru Hosoda, 2015)

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Le Garçon et le monde : Un petit garçon attend le retour de son père sur le quai de la gare. Emporté par un coup de vent, il rencontre un vieillard et son chien, qui vivent dans une tente et travaillent dans une plantation. Nouveau caprice de la météo et le voilà transporté auprès d’un jeune homme, dans une usine de textile et dans une ville dominée par les machines et les publicités.
À partir de 7 ans.  Bien que l’absence de parole puisse convenir aux plus jeunes, les dessins très stylisés ainsi que la fin leur seront difficilement accessibles.

Le Garçon et la Bête : À la mort de la mère de Ren, neuf ans, le père du jeune garçon est introuvable. Refusant d’aller vivre chez d’autres parents, l’enfant s’enfuit. C’est alors qu’il rencontre Kumatetsu, bête et sabreur caractériel, qui lui propose de le suivre dans le Monde des Bêtes et de devenir son disciple. Rebaptisé Kyûta, le jeune garçon trouve non seulement un maître en l’animal mais également un père.
À partir de 10 ans. Avec de nombreux personnages et actions, ainsi que des références à la culture asiatique (réincarnation, Kendo, Bêtes), le film s’adresse aux plus grands, qui s’identifieront facilement avec le personnage adolescent. Plusieurs scènes sont effrayantes pour des spectateurs plus jeunes.

Un enfant attend son père. Il est seul, debout sur le quai de la gare ou assis dans un coin. Les deux films explorent les émotions provoquées par la perte d’un parent : le manque dans Le Garçon et le monde, à travers les réminiscences des moments partagés, la tristesse, symbolisée par la nuit tombant progressivement sur le quai, telle la prise de conscience que, non, il ne reviendra pas, et la colère, dans Le Garçon et la Bête, matérialisée par un double monstrueux et un vide dans le cœur. Bouleversé dans son quotidien, l’orphelin découvre un autre monde : l’enfant du Garçon et le monde est emporté loin de chez lui tandis que Kyûta, dans Le Garçon et la Bête, s’enfuit dans un monde parallèle peuplé de Bêtes, esprits surnaturels à l’apparence d’animaux anthropomorphes. Tous deux grandissent : une grande part de ces films est consacrée à leur vie adulte. Pourtant, cette étape n’apparaît pas dans le titre, où ils restent des «garçons». C’est que, adultes, ils sont toujours accompagnés de leur moi-enfant, celui qu’ils étaient au moment de la perte de leur(s) parent(s). Les deux adultes rencontrés par le garçon du Garçon et le monde se révèlent, à la fin du film, être lui à deux étapes différentes de sa vie. Kyûta, quant à lui, de retour à Shibuya, croise l’ombre du petit garçon qu’il était, psalmodiant «je les déteste», un vide béant dans la poitrine. 

Le Garçon et la bête propose deux issues possibles à ce trauma, en opposant à Kyûta un autre enfant humain adopté par une bête, Ichirôhiko. Tandis que Ichirôhiko se laisse envahir par ses émotions négatives, et le vide en lui s’agrandir, au point de créer un monstre, baleine géante réplique de Moby Dick, Kyûta y résiste et les combat. Si, comme le comprend son amie Kaede, dans Moby Dick, Achab se bat en réalité contre lui-même en poursuivant Moby Dick, c’est également le cas de Kyûta en affrontant Ichirôhiko. Ichirôhiko est le garçon qu’il aurait pu devenir, s’il avait laissé la colère l’envahir et s’il n’avait pas trouvé un nouveau père en Kumatetsu. La mort de celui-ci, en miroir de la mort de la mère au début du film, loin d’agrandir le gouffre dans la poitrine de l’humain, vient le combler. Ce sont les souvenirs nés de cette relation qui restent et permettent à Kyûta de vaincre son double. Le Garçon et le monde, en s’écartant des individus pour s’intéresser à leur environnement, propose une perspective plus pessimiste. Le garçon du Garçon et le monde est un prétexte pour évoquer un monde qui se délite en acceptant aliénations et exploitations. Le petit garçon, le jeune homme et le vieillard semblent toujours seuls dans les plantations et la ville. Les figures paternelles qui parsèment le film se révèlent n’être que le petit garçon (seul avec) lui-même. Alors que le film débutait dans une campagne multicolore, la ville apparaît monochrome. Cette vision de la ville aliénante est seulement effleurée dans Le Garçon et la Bête, où, alors que la ville et, plus particulièrement, le marché du monde des Bêtes sont des lieux d’interactions, les passants de Shibuya ignorent l’adolescent qui les avertit du danger.

Pour montrer la destruction de la Nature par les êtres humains
Princesse Mononoké (Hayao Miyazaki, 1997)
Brisby et le secret de Nimh (Don Bluth, 1984)

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Princesse Mononoké : Alors qu’un sanglier transformé en dieu maléfique attaque son village, le prince Ashitaka l’abat. Mais le voilà à son tour maudit à cause de la blessure qu’il a au bras. Sa seule solution est de découvrir qu’elle est la cause qui a rongé le sanglier. Il part jusqu’à la forêt du Dieu-cerf, que les hommes et les femmes tentent de tuer pour utiliser librement le bois pour leur forge.
À partir de 11-12 ans. Bien que le récit soit accessible à un peu plus jeune, la violence des images et des scènes de guerre le rendent parfois dur à regarder. 

Brisby et le secret de Nimh : Madame Brisby est une souris, mère de 4 enfants. Alors que son plus jeune fils est malade et ne peut pas sortir de son lit, l’hiver se termine. Mais cela signifie que les habitants du champ doivent migrer pour ne pas se faire broyer par l’immense tracteur. Madame Brisby va chercher par tous les moyens à sauver sa famille. C’est alors qu’elle entre en contact avec d’étranges rats…
À partir de 7 ans. Les aventures de Madame Brisby restent violentes pour un public plus jeune.

Brisby et le secret de Nimh fait le récit d’une ferme, de la tranquillité et de l’entente dans lesquelles vivent les différents habitants. Alors que l’hiver se termine et que le printemps va pointer le bout de son nez en avance, — saison idyllique par le retour des fleurs et des jours meilleurs —, il est rapidement perturbé par le tracteur, appareil montré comme un monstre qui détruit tout ce qui se trouve autour de lui. Cet engin est d’autant plus effrayant que la famille Brisby ne peut pas partir du champ à labourer. Le plus jeune membre ne peut sortir du lit sous risque de mourir d’une pneumonie. La machine doit donc être mise hors d’état de nuire le temps de trouver une solution. Madame Brisby, minuscule, se lance donc à l’assaut, aidée par une voisine. Courageusement, elles mettent le tracteur à l’arrêt et sauvent momentanément la maisonnée. Mais c’est le début d’une quête qui va amener Brisby à découvrir comment son mari est décédé et surtout à percer le secret de Nimh, laboratoire où des expériences ont été faites sur des rats et des souris.
Dans Princesse Mononoké l’action est similaire. Un village tranquille est attaqué par un sanglier rongé par une malédiction. De la même manière que Brisby venait à bout du monstre de métal, le prince Ashitaka part seul pour sauver son village de l’assaut du Dieu maléfique. Mais il est blessé et maudit à son tour. La chamane découvre dans les tripes de l’animal, une balle en fer qui lui a broyé l’intérieur, le rendant fou de rage. Ainsi le Dieu-sanglier, Naro, s’est transformé en Dieu maléfique à cause des hommes. Ses dernières paroles seront : « vous êtes des humains dégoûtants, vous allez goûter à ma haine et ma souffrance ». Le prince se met lui aussi en quête pour comprendre le mal qui ronge son bras et qui a rongé le dieu et arrive ainsi aux forges de la Dame Eboshi qui détruit tout autour d’elle. Les deux héros, Ashitaka et Madame Brisby partent sur les traces des méfaits des êtres humains. 

Les hommes et les femmes sont représentés de manière très différente dans les deux dessins animés. Dans Brisby et le secret de Nimh, le spectateur ne les voit presque pas. L’humain disparaît entièrement derrière ses créations. En effet, ce sont les machines et les inventions qui sont très présentes dans le film : les rats utilisent l’électricité de la ferme pour s’éclairer et créer un monde sous terre ; le tracteur, menace pour la petite communauté de souris ; mais également le chat domestique, paresseux mais qui attaque sournoisement les différents animaux qui peuplent les champs. Ce sont les rats qui ont des facultés humaines et en sont les interprètes directs. Par ailleurs, Brisby apprend que les rats ont été capturés et enfermés dans un laboratoire où des scientifiques leur ont injecté différents produits chimiques. Les images, violentes, montrent la souffrance qu’ont ressentie les animaux. Les rats se tordent de douleur et leurs corps changent, ainsi que leurs esprits. Ils deviennent capables de penser par eux-mêmes et d’envisager de construire une nouvelle société, sans dépendance humaine. De plus, même si les humains sont peu là, ils présentent une menace constante pour la famille de Brisby et pour la communauté des rats : ils veulent labourer le champ, ce qui reviendrait à massacrer Madame Brisby et ses enfants, mais également brûler le rosier où les rats ont élu domicile. La seule solution est la migration dans des lieux où les hommes ne pourront plus leur faire de mal. À la fin du dessin animé, la tranquillité et les beaux jours peuvent être appréciés car les humains ont disparu. 

Dans le film japonais d’Hayao Miyazaki, le rapport aux hommes et à la nature est un peu plus complexe. Loin d’être manichéen, il expose toute la complexité de l’humain face à la nature, en particulier Dame Eboshi. En effet, si elle souhaite tuer les dieux de la forêt, c’est pour rendre les bois accueillants aux hommes et femmes. Pour le moment, les animaux qui la composent leur sont hostiles et ne les laissent pas pénétrer dans la forêt. Pourtant, plus que par la paix et la discussion, c’est par la destruction qu’elle désire conquérir. Ces intentions ne sont pas mauvaises, mais ses actes semblent injustes et terribles — elle tire avec un canon puissant sur des orangs-outans qui viennent replanter des arbres la nuit, l’action, violente et disproportionnée est presque cruelle. Mais en même temps, elle est aimée au sein de sa communauté et libère les femmes des travaux de la ville pour leur offrir l’indépendance. Pleine de contradictions, c’est quand tout sera détruit, après la mort du Dieu-cerf, qu’elle réalisera que la force et la haine ne sont pas un bon moyen pour gouverner. Deux autres personnages vont se mettre en opposition à Dame Eboshi et à ses forges : Mononoké, fille-louve, qui se place aux côtés des animaux et des dieux pour chasser les humains hors de la forêt, et Ashitaka, rongé par la malédiction du dieu-sanglier. C’est le seul qui voit que la solution est la paix et l’entente. Mais tout au long du récit, Dame Eboshi et les hommes emploient toutes les techniques imaginables pour éliminer le Dieu-cerf, grand protecteur de la forêt : camouflage, piège, bombes, armes à feu. Tout autour de la forge, les flancs de colline sont nus et marron. Ils entrent en contraste avec les collines verdoyantes qui, à l’ombre des arbres, abritent de multiples créatures : sylvains, loups, sangliers, orangs-outans, qui avant l’arrivée de l’homme vivaient en tranquillité. 

Pour découvrir le pouvoir de l’imagination
Phantom Boy (Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, 2015)
Le chant de la mer (Tomm Moore, 2014)

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Phantom Boy : Léo, 11 ans, découvre qu’il est malade et doit rester un petit temps à l’hôpital. Pourtant, dès que les portes de l’établissement se referment, une nouvelle vie s’offre à lui, pleine de gangsters, de policiers et de super-héros au cœur de New York. Il est Phantom Boy !
À partir de 6 ans. Phantom Boy renferme un univers très connu et apprécié des enfants, celui des super héros. Mais les méchants de l’histoire, des gangsters sans foi ni loi pourraient impressionner les plus jeunes. De plus, pour bien comprendre l’histoire de Léo et de son étrange super pouvoir généré par sa maladie, il faut mieux être déjà un peu grand. 

Le chant de la mer : Depuis que sa maman a subitement disparu sans laisser de trace, Ben en veut beaucoup à sa petite soeur, Saoirse, née la même nuit. Leur père, débordé et ayant du mal à surmonter cette absence, les confie à leur grand-mère qui habite à Dublin. Les deux enfants vont vivre un voyage pour le moins surprenant où se mêlent légendes irlandaises et découverte du monde.
À partir de 6 ans. L’animation du Chant de la mer tout en douceur, aussi bien dans ses teintes que dans le dessin de ses personnages, séduira rapidement les enfants. Les dialogues sont clairs et les thèmes bien que complexes pour certains (deuil) sont expliqués par le biais de l’émotion et du conte, un médium bien connu des plus jeunes. De plus, la jeunesse de Ben et Saoirse permet aussi de s’identifier à ces deux personnages particulièrement attachants. 

Malgré leurs univers très différents, ces deux dessins animés entretiennent des liens forts et notamment un thème commun, celui du pouvoir de l’imagination qui permet de dépasser la peur, le deuil et la maladie et de s’intégrer au monde. Phantom Boy est à la croisée des genres, tantôt film noir – un policier enquêtant sur un vil malfaiteur voulant prendre le contrôle de New York, qui n’est pas sans rappeler le Joker et d’autres super méchants de comics -, tantôt film de super-héros – ne serait-ce que par son titre et son personnage principal -, tantôt film fantastique – ne parle-t-on pas d’un fantôme ? – et tantôt drame – la réalité de la situation de Léo ne se fait jamais réellement oublier. Il mêle avec brio ces quatre genres pour offrir un univers inventif et complet à Léo. Le chant de la mer croise le drame et le fantastique dans la réalité double de la nuit d’Halloween en Irlande, moment où se mêlent les deux mondes, celui des morts et celui des vivants, des êtres fantastiques et des humains.
Les deux films sont construits sur la figure du double, image même de l’imagination et du questionnement du réel. “Je m’appelle Léo, j’ai onze ans et j’ai un secret : je suis un héros.”, c’est ainsi que l’on entre dans un monde. Léo a une double identité : celle d’un petit garçon malade et celle de Phantom Boy, il est à la fois malade et avec des super-pouvoirs, il vit à l’hôpital mais peut aussi se déplacer sous sa seconde forme en s’appropriant New York. Grâce à son double (et à son imagination ?), il se libère des entraves de la maladie. De même, dans Le chant de la mer, de nombreuses correspondances existent entre les lieux mais aussi entre les personnages : le père de Ben et Saoirse ressemble beaucoup au géant Mac Lir, dieu de l’océan et des vents et tempêtes que ce soit en apparence ou par son histoire ; la grand-mère a le même visage que la terrible sorcière Macha et le vieil homme du ferry semble lié au druide Chanaki. Ainsi, Tomm Moore souligne l’imbrication des deux mondes. Il n’y a pas de vrai et de faux, les deux réalités existent.
L’interrogation persiste jusqu’à ce que les dernières images disparaissent de l’écran. Est-ce réel ou imaginaire ? Les sorcières, les farfadets et les selkies existent-ils ? Et les super-héros ? Aucun des films ne nous donne de réponse à cette question mais les deux interprétations sont possibles. Ils permettent à travers ces histoires fascinantes d’évoquer des sujets peu évidents. Et peu importe que cela se passe dans la tête d’un petit garçon – et n’est-ce d’ailleurs par parce que ces personnages sont des enfants que la croyance est possible ? Les réponses ne sont pas toujours nécessaires, le doute doit perdurer.
L’imagination sublime le réel et permet une compréhension différente mais aboutie de la réalité. Cette nouvelle perception de Léo et de Ben, cette nouvelle lecture de leur monde, permet des victoires intérieures : Ben comprend son histoire et apprend à aimer sa petite soeur et à pardonner à sa mère ; Léo réussit à guérir et à devenir un super enquêteur, bien entouré par ses nouveaux amis et sa famille. L’histoire de ces deux luttes intérieures et extérieures permet de surmonter le deuil, la peur et de trouver sa place.

Pour découvrir comment faire preuve d’empathie
Kirikou et la sorcière (Michel Ocelot, 1998)
Princesse Arete (Sunao Katabuchi, 2001)

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Kirikou et la sorcière : Dans un village terrorisé par la sorcière Karaba, qui a tari la source et mangé les hommes, naît Kirikou. Doué de la parole avant même de naître, il se distingue des autres habitants du village, enfants et adultes, par sa curiosité et sa vive intelligence. Déjouant les plans de la sorcière, il est également le seul à demander “Pourquoi la sorcière Karaba est-elle méchante ?”.
À partir de 5 ans. Le merveilleux et les dialogues, proches du conte, sont accessibles aux jeunes spectateurs, d’autant plus que le personnage principal est lui-même très jeune. Cependant, la longueur du film ne convient pas aux enfants plus jeunes, non plus que les adversaires de Kirikou, qui peuvent être effrayants.

Princesse Arete : Enfermée dans son château, la jeune princesse Arete rêve de découvrir le monde. Promise en mariage à qui lui apportera des objets magiques, elle refuse pourtant la main de ces hommes qui ne l’aiment pas et qui ne la comprennent pas. Un magicien arrive cependant à l’épouser en la transformant en jeune femme docile. Il emmène la princesse et l’enferme dans une tour de son château en ruine.
À partir de 8 ans. En relisant les contes de fées — Arete est à la fois Raiponce et la Belle au Bois Dormant — le film s’adresse aux enfants ayant non seulement connaissance de ces histoires, mais aussi une maturité suffisante pour réfléchir à la morale qu’elles proposent. Cependant, son rythme lent ne plaira pas aux adolescents en recherche de davantage de dynamisme. 

Kirikou et Arete sont deux enfants bien différents des autres. Innocent, Kirikou se distingue des autres enfants par sa sagesse et des adultes par son optimisme. Alors que pour les prétendants d’Arete, le royaume est une possession du roi, pour la princesse, il est peuplé d’individus, avec chacun ses propres attentes, dont le souverain est responsable. De plus, les deux enfants partagent une apparence inattendue : Kirikou n’est qu’un nouveau-né, dont la petite taille est rappelée par les habitants du village tout au long du film, tandis que le visage et le corps d’Arete ne sont que ceux d’une petite fille. Elle ne devient l’image d’Épinal de la Princesse que sous le coup d’un sort et en perd sa personnalité et sa volonté. Ce qui importe chez ces deux personnages, ce n’est pas leur apparence, mais leur volonté et, surtout, leur empathie pour les autres, qu’ils soient bons ou mauvais. Kirikou est le seul à se demander « Pourquoi la sorcière Karaba est-elle méchante ? », à tenter de la comprendre et de la sauver. Il passe outre le jugement du village pour se tourner vers la réflexion, car toute méchanceté a son origine. Lors d’une discussion avec un chevalier qui lui décrit un monstre et la façon dont il a oxi un peuple de barbare, la princesse Arete rétorque : « Peut-être que ces habitants voulaient seulement capturer le barbare qui avait tué leur animal ? (…) Pourquoi ne pensons-nous jamais à ce que peuvent ressentir les autres avant d’agir ? » Le film donne raison à ces deux enfants : si les deux antagonistes sont si méchants, c’est qu’ils sont tiraillés par la douleur. Douleur physique d’une épine plantée dans le dos par des hommes mal intentionnés (métaphore du viol) dans le cas de Karaba, douleur psychologique de la solitude pour le magicien, qui attend désespérément le retour des siens. Les deux enfants deviennent des héros non pas en tuant leur ennemi mais en le sauvant. Kirikou enlève l’épine plantée dans le dos de Karaba et l’amène au village, où il la défend et l’aide à trouver sa place. Arete aide le magicien à retrouver ses souvenirs et lui enseigne ainsi une autre forme de pouvoir, celui des rêves et de l’imagination. En bon conte, presque une fable, Kirikou se conclut par une morale : « Il faut pardonner ». C’est ainsi que les enfants grandissent : littéralement pour Kirikou, qui devient un homme, émotionnellement pour Arete, qui se libère de son rôle et de son apparence de princesse en attente d’un sauveur pour « mener [sa] propre vie ».

Manon Koken, J. Benoist et Marine Moutot

Brisby et le secret de Nimh (The secret of Nimh)
Réalisé par Don Bluth
Animation, Fantastique, États-Unis, 1h25
1984 – (25 janvier 2017 – Version restaurée)
Splendor Films

Le Chant de la mer
Réalisé par Tomm Moore
Avec les voix de Jean Stan Du Pac, Patrick Bethune, Nathalie Homs (VF)
Animation, Fantastique, Irlande, Danemark, Belgique, Luxembourg, France, 1 h 33
10 décembre 2014
Haut et Court

Le Garçon et le Monde (O Menino e o Mundo)
Réalisé par Alê Abreu
Animation, Brésil, 1 h 59
2014
Les films du Préau

Le Garçon et la Bête (バケモノの子)
Réalisé par Mamoru Hosoda
Avec les voix de Thierry Hancisse, Suliane Brahim, Matthieu Sampeur
Animation, Japon, 1 h 45
13 janvier 2016
Gaumont

Kirikou et la Sorcière
Réalisé par Michel Ocelot
Avec les voix de Doudou Gueye Thiaw, Awa Sene Sarr, Maimouna N’Diaye
Animation, Aventure, France, Belgique, 1 h 14
9 décembre 1998
Gébéka Films

Phantom Boy
Réalisé par Alain Gagnol et Jean-Loups Felicioli
Avec les voix d’Edouard Baer, Jean-Pierre Marielle, Audrey Tautou
Animation, Policier, France, Belgique, 1 h 24
14 octobre 2015
Diaphana Distribution

Princesse Arete (アリーテ姫)
Réalisé par Suano Katabuhi
Animation, Japon, 1 h 45
2001
@Anime

Princesse Mononoké (もののけ姫)
Réalisé par Hayao Miyazaki
Animation, Fantastique, Japon, 2h15
1997


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Publié par Phantasmagory

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