[CONSEILS DU VENDREDI] #63

Cette semaine dans les Conseils : Sorry We Missed You et Hors Normes.


Sorry We Missed You  : Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Alors que Ricky se voit offrir l’occasion d’être son propre patron en travaillant dans une compagnie en tant que chauffeur-livreur. Sa femme vend sa voiture pour qu’il puisse acheter une camionnette. Peut-être pour eux c’est la chance enfin d’avoir une maison à eux.

Ken Loach est un des grands spécialistes du cinéma social. Il n’a jamais dévié des sujets sociétaux qui lui sont chers, que ce soit dans ses récits historiques ou contemporains. Après sa Palme d’Or avec Moi, Daniel Black, il revient donc avec un sujet brûlant d’actualité. Et comme à chaque fois il touche avec acuité les maux de notre société. Avec Sorry We Missed You, il augmente au fur et à mesure la tension tragique de son récit pour dénoncer les travers d’une nouvelle forme d’esclavage. En parlant de l’uberisation de la société — l’humain au service de l’humain dans les pires aspects possible — il montre une famille qui lutte tous les jours pour survivre. La mère, assistante sociale, passe de patient en patient sans réellement avoir le temps de prendre le temps. Abby doit expédier, elle doit aller vite et cela pour un salaire qui ne lui permet pas de subvenir au besoin de la famille. Quand Ricky devient chauffeur-livreur, il n’a en tête que les mots que son futur employeur a bien voulu lui laisser entendre : être son propre patron, liberté, indépendance. Mais derrière ces mots se cache un mensonge, un asservissement : alors que l’employé croit gérer son temps, il est finalement contraint à des horaires et à des conditions plus rigoureuses encore que des salariés lambda, mais en prenant les risques seuls (ni couverture sociale, ni jour de congé, ni arrêt maladie). Là où Moi, Daniel Black laisse entrevoir une courte lueur d’espoir, Sorry We Missed You semble être plongé dans le noir. Merci Ken Loach pour ce film nécessaire et maîtrisé à la perfection. M.M

Hors Normes : Bruno et Malik dirigent deux associations qui viennent en aide aux personnes souffrant d’autisme, ainsi qu’à leur famille. Ces associations, bien que composées de personnes non diplômées pour le poste qu’elles occupent, sont pourtant la dernière chance de ceux qui ne trouvent aucune place dans les institutions existantes.

Avec Hors Normes, Eric Toledano et Olivier Nakache s’attaquent cette fois ci à l’autisme et aux difficultés de trouver une place dans notre société pour les personnes qui en souffrent. Le film est porté par de très bons acteurs, les performances de Vincent Cassel et Reda Kateb sont, entre autres, irréprochables. L’intrigue est bien menée : on suit le quotidien de ces deux associations, et les petits progrès accomplis par les personnes qu’elles accueillent au fur et à mesure de leur suivi. Le regard des réalisateurs sur leurs acteurs est toujours bienveillant, et on retrouve l’humour qui les caractérise. Mais, car oui, il y a un “mais”, on retrouve aussi la bien-pensance très présente dans les films de Toledano et Nakache. Le sujet choisi est plus qu’intéressant (on dénombre assez peu de films sur l’autisme) et le film, très touchant, sensibilisera probablement beaucoup de spectateurs. Malheureusement il y a aussi fort à parier qu’une fois sorti de la salle, la majorité séchera ses larmes et retournera bien tranquillement dans sa petite vie, sans s’attarder plus longtemps sur la difficulté d’appréhender cette maladie, et l’exclusion qui en découle bien trop souvent. C’est le risque avec les films qui ont clairement pour but d’exacerber la sensibilité du public : on est ému car le réalisateur sait quand il faut activer telle ou telle mécanisme, mais le sujet de fond reste bien souvent minimisé. Il fera pleurer dans les chaumières pour le temps imparti, mais après ?
Attention tout de même, on ne reproche pas aux deux réalisateurs de ne pas avoir trouvé la solution à tous les problèmes de l’humanité, en revanche ils ont bel et bien compris comment s’en servir et faire grimper leur côte de popularité, ressort assez facile, on en conviendra. A la place de la sensiblerie excessive, la moralisation et la philosophie de comptoir, on serait en droit d’espérer un peu plus de subtilité dans le traitement des personnages et de l’intrigue en général. C’est un film utile mais plus pour celui qui le voit que pour celui dont il parle. Tout au plus, il sert de témoin de moralité : il nous contente puisqu’il développe en nous de grands sentiments, l’empathie, la tendresse, la bienveillance, et il nous donne alors bonne conscience, car même si nous ne faisons rien dans notre vie pour aider notre prochain, nous avons été voir le film, et nous l’avons aimé. Nous sommes donc de bons êtres humains compatissants. Reste à déterminer si cela est bien suffisant. A.E

Marine Moutot et Amandine Eliès

Sorry We Missed You
Réalisé par Ken Loach
Avec Kris Hitchen, Debbie Honeywood, Rhys Stone, Katie Proctor
Drame, Angleterre, France, Belgique, 1h40
23 octobre 2019
Le Pacte

Hors Normes
Réalisé par Eric Toledano, Olivier Nakache
Avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Hélène Vincent
Comédie, France, 1h55
23 octobre 2019
Gaumont Distribution

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

2 commentaires sur « [CONSEILS DU VENDREDI] #63 »

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