[UN RÉAL, DES COURTS] #1 – Jérémy Clapin

Tous les mercredis, des longs métrages sortent par dizaine sur les écrans de cinéma. Mais qu’en est-il des courts métrages ? Les médias en parlent à de nombreuses occasions : lors du Festival international du film d’animation d’Annecy, du Festival Européen du Film Court de Brest, du Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand ou encore des Césars. Mais ensuite ? Après la vie en festival ? Ou même hors festival – car tout le monde n’y est pas sélectionné – ? Des réalisateurs et réalisatrices s’y consacrent pourtant avant un projet de long ou bien après ou bien même préfèrent le court métrage au long métrage. Et c’est tant mieux !

Phantasmagory vous propose un focus mensuel sur les courts métrages d’un réalisateur qui fait l’actualité. Pour commencer, allons à la rencontre du travail de Jérémy Clapin, le réalisateur de J’ai perdu mon corps (2019).  


Mais que faisiez-vous avant J’ai perdu mon corps, Monsieur Clapin ?

Depuis quelques mois, on parle beaucoup de lui. Mais qui est le réalisateur du tant attendu J’ai perdu mon corps, premier long métrage primé à la Semaine de la Critique et au Festival d’Annecy, tout juste sorti mercredi dernier (6/11) ? Nous vous en parlions dans nos Conseils du Vendredi #65.

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Jérémy Clapin a fait ses études à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD). Il vient, à l’origine, du secteur du graphisme, de l’illustration et de la publicité (notamment des pubs animées pour IDTGV, Liberty Mutual et Citroën). Puis vient la réalisation en animation et les courts métrages (3 au total). En 2008, son second court métrage, Skhizein, marque un tournant dans sa carrière avec ses multiples récompenses (plus de 90 prix en festivals). Il lui offre une renommée à l’international. Dans ses films, l’étrange et le fantastique irriguent le quotidien banal de personnages solitaires souvent quelque peu déprimés, et cela fonctionne très bien. L’inadéquation au monde est traduite par le corps : déformé, grisâtre, décalé, il est toujours différent de la norme. Le graphisme souligne aussi cette relation au monde et à l’autre (souvent absent ou aussi seul). Les teintes fades de chacun de ces films l’illustrent aussi à la perfection.

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Voici donc trois courts métrages, les seuls de Jérémy Clapin à ce jour : Une histoire vertébrale, Skhizein et Palmipedarium.

Une histoire vertébrale (2004)

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Un mystérieux homme courbé à angle droit marche dans la rue, le pas lourd. Drame de la solitude muette, il rêve d’une compagne à l’image des stars de cinéma. Mais rien à faire, impossible de trouver quelqu’un qui lui ressemble. C’est un récit non pas “viscéral”, mais “vertébral”. Dans cette histoire sans paroles, on évoque la solitude, la différence et l’incompatibilité. Mais il ne faut jamais perdre espoir car souvent il surgit au détour d’un regard.

Skhizein (2008)

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Programmé dans le cadre de l’ACID à Cannes 2008, en partenariat avec la SACEM, Skhizein a aussi été nominé au César du meilleur court métrage la même année. “Tu as perdu la boussole.” “Tu es à côté de la plaque.” “Tu es paumé.” Être littéralement à côté de ses pompes, qu’est-ce que ça donne en animation ? Dans un univers urbain terne, Henri suit une thérapie mais continue à se décaler de plus en plus de son centre de gravité habituel depuis qu’une météorite de 150 tonnes lui est tombée dessus. De combien de centimètres s’est-il éloigné ? 91 cm pour être précis. Quel est donc cet étrange mal ? Jérémy Clapin explorait déjà le ressenti, la solitude et la tristesse dans un court métrage du nom de “Skhizein”. L’esseulement, le monologue et les teintes sombres appuyées par un vrombissement musical continue appuient la perte de repères et cet enfoncement progressif vers les tréfonds du sol (et de l’être). C’est aussi la thématique du travail qu’aborde ce court. Petit clin d’oeil pas si anodin, on retrouve un immeuble assez similaire à celui de J’ai perdu mon corps (ceux qui l’ont vu comprendront).

Palmipedarium (2012)

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Dans un lieu marécageux et brumeux vit un jeune garçon, fils de chasseur. Très tôt, son père lui apprend ses techniques. Il rencontre alors un drôle d’échassier, oiseau bipède incapable de voler. Un ami imaginaire ? Rien ne nous le confirme. Encore une histoire sans paroles accompagnée par un piano nostalgique. Dans ses teintes de prédilection (kaki, noir et blanc), pour son troisième court métrage, Jérémy Clapin propose une étrange histoire d’amitié. A voir plutôt qu’à décrire.

Pour aller plus loin
Une interview de Jérémy Clapin au Festival d’Annecy 2019 par le FA après avoir reçu le Cristal du long-métrage.

Une critique de Skhizein par la revue Bref suivie d’une interview de Jérémy Clapin sur son court métrage.

Un entretien avec Jérémy Clapin mené par le Groupement national des cinémas de recherche suite à la sortie de “J’ai perdu mon corps”.

Une interview de Jérémy Clapin par Format Court.

Le Papier Crayon de Jérémy Clapin” sur Konbini. Place au dessin et au griffonnage !

La chaîne Vimeo du réalisateur pour en découvrir encore plus sur son travail !

Manon Koken

J’ai perdu mon corps
Réalisé par Jérémy Clapin
Film d’animation avec les voix de Hakim Faris, Victoire Du Bois, Patrick d’Assumçao
Drame, France, 1h21
6 novembre 2019
Rezo Films

« Une histoire vertébrale »
Court métrage d’animation réalisé par Jérémy Clapin
Drame, France, 9 min, 2004
Strapontin production

« Skhizein »
Court métrage d’animation réalisé par Jérémy Clapin
Avec les voix de Julien Boisselier, Theo Grimmeisen, Mado Debrus
Drame, France, 13 min, 2008
Dark Prince

« Palmipedarium »
Court métrage d’animation réalisé par Jérémy Clapin
Drame, France, 10 min, 2012
Papy 3D Production

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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