[CONSEILS DU VENDREDI] #68

Cette semaine dans les Conseils : Gloria Mundi, Proxima, Le Château des Singes, L’Orphelinat, Last Christmas, Zébulon le dragon et Indianara.


Gloria Mundi : Alors que Daniel sort de prison, il apprend que sa fille Mathilda, qu’il n’a presque jamais vue, vient d’avoir une petite fille : Gloria. Tandis que chacun lutte pour joindre les deux bouts, il va tenter de les aider tant bien que mal.

La famille est pour Robert Guédiguian le ciment qui constitue ses récits. À chaque nouveau film, les liens familiaux qui unissent les personnages les aident à avancer, à traverser les épreuves. Dans ce nouveau long-métrage, il suit le parcours de Mathilda et Nicolas qui galèrent à tenir un boulot et viennent d’avoir un enfant. Autour d’eux gravitent, Sylvie — Ariane Ascaride, prix d’Interprétation féminine à la Mostra — et Richard, parents de Mathilda, qui même s’ils ont des postes plus stables n’ont pas les moyens d’aider leurs enfants. Il y a aussi Aurore, demi-soeur de Mathilda, et Bruno qui profitent de la pauvreté des gens pour gagner de l’argent. À travers ces trois couples et Daniel, père biologique de Mathilda, le cinéaste parle de la vie difficile des classes moyennes. Classes moyennes qui disparaissent et oscillent entre le pauvre et le très pauvre. Après Sorry we missed you de Ken Loach qui avait déjà comme thème central de l’uberisation, Guédiguian le place en périphérie de son récit. La société les a abandonnés et ils n’ont qu’eux-mêmes. Si Sylvie refuse de participer à la grève, c’est pour sa famille, seul bastion de bonheur qui lui reste. Plus sombre, avec peu d’espoir, Gloria Mundi est de nouveau un hymne à la famille, qui dépasse les liens du sang. Car sans eux que serions-nous ? Entouré de sa troupe d’acteurs et d’actrices habituels : Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet, il réalise un film fort, juste et nécessaire dans l’époque troublée dans laquelle nous vivons. M.M

Proxima : Alors qu’elle suit un entraînement rigoureux et difficile, Sarah se voit confrontée à un dilemme douloureux : laisser sa petite fille Stella pendant un an. En effet, elle a été acceptée pour rejoindre la mission Proxima. Nous suivons ses derniers jours sur Terre.

La réalisatrice française Alice Winocour revient après le prometteur Maryland, mais qui manquait cruellement de rythme et de profondeur. Avec Proxima, la cinéaste montre une femme dans toute sa complexité et dans toute sa force. Alors que le personnage de Sarah — joué par Eva Green, bluffante — va accomplir son rêve : devenir astronaute, elle est tiraillée par la séparation avec sa fille. Mère célibataire, battante, brillante qui a réussi dans un milieu d’hommes, le récit montre toute l’ambivalence de son rôle dans une société qui n’a pas l’air de bien comprendre. Alors qu’au début son futur coéquipier la méprise, il apprend à la connaître et à reconnaître sa valeur. La caméra reste toujours au plus proche de ses personnages et particulièrement celui de Sarah et de sa fille Stella dont la relation mère-fille semble se briser lentement par ce départ. La puissance de l’amour qu’une mère a pour son enfant est rendue avec finesse par l’interprétation d’Eva Green, qui nous manquait dans des rôles forts. Alice Winocour réalise un film intime plus qu’un film sur l’espace. Mais elle ne délaisse pas pour autant le côté physique et éprouvant de ce métier. Les préjugés que les hommes ont pendant le film sont partagés encore par beaucoup qui pensent que les femmes ne sont pas « capables » ou devraient avoir un programme allégé. Le personnage de Mike Shanon, interprété par Matt Dillon, la juge avec condescendance, mais les autres coéquipiers de Sarah ne semblent pas plus prêts à l’accepter comme elle, comme une femme. Ainsi le scénario se déploie sur plusieurs niveaux pour parler de la place de la femme dans la société sans pour autant la laisser de côté. Nous comprenons Sarah. Nous sommes touchées par cette séparation et enivrées par le fait de partir dans l’espace. Et cela est réussi par la mise en scène sans fard, simple et efficace.
La force du film vaut autant pour son sujet que pour sa réalisation, qui puissante touche juste. Un film qui vaut le détour pour voir le parcours de cette femme qui fut et celui de nombreuses astronautes. Un bel hommage leur est rendu pendant le générique final. M.M

Le Château des Singes : Alors que deux mondes coexistent sur Terre, celui du haut et celui du bas, se craignant l’un l’autre, un jeune singe, Kom, chute des hauts arbres et atterrit au sol, parmi les ombres. Il découvre alors une vie nouvelle qu’il était bien loin d’imaginer.

20 ans après sa sortie initiale, le chef d’oeuvre d’animation de Jean-François Laguionie revient sur les écrans français. Questionnant le décalage entre Nature et Culture et le respect de l’Autre, ce conte philosophique au coeur d’une période très proche de la Renaissance, nous fait découvrir, aux côté de son jeune héros, les merveilles d’inventivité de l’esprit humain ? euh primate ? Les personnages sont très intéressants, les intrigues à la Cour ne cessent jamais et la curiosité insatiable qui étreint Kom et le vieux Prince ne peut que nous toucher et (r)aviver notre propre intérêt. Même s’il a un peu vieilli, le film vaut vraiment le détour ne serait-ce que pour le découvrir avant la sortie du Voyage du Prince, sa suite non avouée, mercredi prochain. M.K.

L’Orphelinat : Dans les années 1980 à Kaboul, Qodrat finit à l’orphelinat pour échapper à la police alors qu’il revendait des tickets de cinéma. Dans ces temps troublés, il se rêve star de Bollywood pour échapper à la réalité. Très vite, il trouve sa place à l’orphelinat et se fait des amis.

Pour sa troisième sélection à la Quinzaine des réalisateurs, la jeune afghane Shahrbanoo Sadat décide de parler avec humour de Kaboul sous tutelle soviétique, puis de la prise de la ville par les talibans. Alors que le scénario de départ proposait un film loufoque qui dénonçait, par l’absurde, les événements ayant eu lieu à Kaboul, le récit s’essouffle jusqu’à devenir extrêmement classique. Même la fin kitsch au possible n’arrive pas à rattraper l’ensemble et tombe comme un cheveu sur la soupe. Par ailleurs, des raccourcis et des moments coupés rendent l’histoire difficile à suivre là où il n’y avait pourtant rien de compliqué. Quand bien même le mélange Bollywood-Kaboul n’opère pas, certains moment restent assez savoureux et très beau, presque onirique. Fouilli, ce long-métrage afghan a pour seul mérite de parler du point de vue peu montré au cinéma, surtout en France, d’un enfant afghan et de Kaboul occupé par l’URSS. L’Orphelinat aurait gagné en clarté et en efficacité s’il avait suivi une ligne claire et simple. À trop vouloir en faire, elle n’a rien fait. M.M

Last Christmas : Techniquement SDF, multipliant les coucheries sans lendemain et contrainte de travailler comme lutin dans une boutique de Noël, la vie de Kate ressemble à une série de mauvaises décisions. Un jour elle tombe sur Tom, une rencontre qui va changer sa vie.

Soyons honnête, l’étiquette  “film de Noël” n’a jamais été gageuse de très grande originalité. Invariablement synonyme du même schéma narratif : “personne désespérée/suicidaire/pathétique fait l’objet d’un miracle/d’une rencontre qui va changer sa vie” on peut au moins mesurer sa “qualité” en fonction du charme et de l’humour incorporés au récit.
Pour faire court, si Last Christmas est moins désastreux que les étrons d’ores et déjà diffusés en boucle l’après-midi sur vos chaines et services de VOD préférés, le film de Paul Feig peine à renouveler un genre qui d’année en année ressemble de plus en plus à un produit industriel. En conséquence, en s’inscrivant dans la lignée du feel good standardisé, l’humour et les rebondissements aseptisés tombent ici globalement à plat et le sentiment de confort normalement recherché laisse place à un ennui latent. Si les deux interprètes principaux ont leur petit charme et que la B.O (presque uniquement composée du répertoire de George Michael) est évidement du tonnerre, on ne pourra que rouler des yeux devant la prévisibilité générique du scénario, probablement écrit sans grande passion par une Emma Thompson avide de payer ses taxes.
Si vous êtes à la recherche d’un film de Noël à regarder paisiblement sous la couette avec un bon chocolat chaud, on ne saura que vous conseiller de vous rediriger vers les classiques du genre. Certes, vous les aurez vu cent fois mais nourrir votre nostalgie sera toujours plus satisfaisant que de risquer l’indigestion avec cette production formatée. M.P

Zébulon le dragon : Un dragon écolier qui apprend à cracher des flammes et une princesse qui veut devenir médecin, une petite fille qui tente le vélo sans les petites roues et une taupe bien myope qui doit traverser une forêt bien étrange avec un muffin. Quel étrange méli-mélo mais si rigolo !

Dans ce programme de trois courts métrages d’animation, les histoires sont variées et colorées mais elles ont un point commun : l’apprentissage. Chacun lutte contre ses craintes en traversant des forêts, se faisant des amis ou en montant sur un cycle. Gros coup de coeur pour Coeur fondant et ses marionnettes pelucheuses ! Et quel plaisir de rencontrer Zébulon sur grand écran après avoir découvert l’album éponyme de Julia Donaldson. Les aventures vont bon train dans ce sympathique programme, parfait à partir de 4 ans ! M.K.

Indianara : Au Brésil, Indianara est à la tête d’un combat pour la reconnaissance et le respect des droits des personnes transgenres. Sa communauté incessamment menacée par le peuple et le gouvernement totalitaire qui arrive au pouvoir, Indianara porte sa voix et appelle à la révolution pour un monde de liberté et d’égalité.

Le Brésil est le pays où le plus de transgenres sont assassinés chaque année. Dans ce climat tendu, Indianara gère un foyer d’accueil connu à l’échelle nationale, « La Casa Nem ». Les deux réalisateurs dressent le portrait d’une figure emblématique de cette lutte comme celui d’une héroïne de cinéma. Son message militant, elle le transmet à travers sa voix, mais aussi son corps, et ses performances où elle s’affiche seins nus et cheveux au vent. Son corps transformé, vieillissant mais finalement toujours vaillant repousse les limites de l’écran de cinéma. Indianara cherche à provoquer mais surtout à transmettre les valeurs de la communauté qu’elle défend. Le film ne perd jamais le fil, et en se focalisant uniquement sur Indianara, il permet d’appréhender humainement la situation critique des personnes transgenres au Brésil. Sans tomber dans un pathos larmoyant, notre sensibilité est réveillée. Un documentaire nécessaire et intelligemment narré. C.L-L.

Clémence Letort-Lipszyc, Manon Koken, Marine Moutot et Marine Pallec

Gloria Mundi
Réalisé par Robert Guédiguian
Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anais Demoustier
Drame, France, 1h47
27 novembre 2019
Diaphana Distribution

Proxima
Réalisé par Alice Winocour
Avec Eva Green, Zélie Boulant-Lemesle, Matt Dillon
Drame, Action, France, Allemagne, 1h46
27 novembre 2019
Pathé

Le Château des Singes
Réalisé par Jean-François Laguionie
Film d’animation avec les voix de Tara Römer, Nadia Farès, Jean Piat
Comédie dramatique, France, 1h20, à partir de 6 ans
27 novembre 2019 (sortie initiale : 2 juin 1999)
Gebeka Films

L’Orphelinat
Réalisé par Shahrbanoo Sadat
Avec Qodratollah Qadiri, Sediqa Rasuli, Anwar Hashimi
Drame, Historique, Afghanistan, Allemagne, Danemark, 1h30
27 novembre 2019
Rouge Distribution

Last Christmas
Réalisé par Paul Feig
Avec Emilia Clarke, Henry Golding, Michelle Yeoh
Comédie romantique, Royaume-Uni, 1h43
27 novembre 2019
Universal Picture France

Zébulon le dragon
Programme de 3 courts métrages d’animation réalisés
Comédie, Grande-Bretagne, 40 min, à partir de 4 ans
27 novembre 2019
Les Films du Préau

Indianara
Réalisé par Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa
Documentaire, Brésil, 1h24
27 novembre 2019
New Story

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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