[CRITIQUE] Sympathie pour le diable

Novembre 1992. Cela fait sept mois, que le reporter de guerre Paul Marchand est à Sarajevo. Il tente, à travers son travail, de décrire la situation tragique que vivent au quotidien les habitants. Mais le silence de la communauté internationale et sa propre impuissance le pousse de plus en plus à devoir prendre position et agir.

“… la guerre c’est un peu de bruit sur beaucoup de silence.”

La voix off de Niels Schneider, Sarajevo et ses immeubles démolis ouvrent le film. Nous sommes accueillis par le cynisme du casse-cou Paul Marchand, reporter de guerre de 31 ans, qui est en Bosnie-Herzégovine depuis le début du siège. Son bolide, qui lui permet de partir à la recherche d’informations pour tenir au courant le reste du monde, est une Ford Sierra sur laquelle nous pouvons lire : « Don’t waste your bullets, I am immortal. » Voici un peu le genre de provocation dont l’homme était capable.

Cela fait plus de 10 ans que le cinéaste québécois Guillaume de Fontenay, avec l’aide des écrivains Guillaume Vigneault et Jean Barbe, travaille sur l’adaptation du livre coup-de-poing Sympathie pour le diable, publié en 1997. La force du film tient à la fois du personnage que fut Paul Marchand, cet homme idéaliste, un brin insupportable, mais qui avait tant d’humanité en lui, mais également le choix de la réalisation. En effet, Guillaume de Fontenay a fait le choix de tourner son film en 4/3 : « Je n’ai pas voulu embellir la guerre, j’ai refusé de tourner en 16/9 ou en 2/35. En 4/3, l’image a le cadre des caméras télé de l’époque, elle est plus brutale, plus claustrophobique. » Cela se ressent dans les visages que le réalisateur capte, mais également dans les décors bruts de la ville démolie. Tel un reportage, le film ne s’arrête pas une seule seconde, nous amenant d’un point à l’autre de Sarajevo avec cette tension, cette boule au ventre qu’éprouvaient les journalistes quand ils sillonnaient en voiture les rues désertes d’une ville sous surveillance. C’est le grincement des roues sur le bitume, les balles et les explosions qui accompagnent ces courses permanentes. Le film ne s’encombre pas de musique qui aurait été superflue et n’aurait pas intensifié le drame qui s’y déroule. Branle-bas de combat, le film nous plonge aux côtés de Paul Marchand, dont les mémoires, racontent l’insuffisance de leur effort et le silence, toujours ce long silence de la communauté internationale. Les spectateur.trices sont amené.es à voir l’absurdité de l’ONU, pantin qui regarde sans agir les pires horreurs se produire sous leurs yeux. Marchand, toujours le cigare à la bouche, arpente les rues, les morgues et les hôpitaux pour avoir le chiffre précis de morts et de blessés. Pour lui l’exactitude est l’une des choses les plus importantes, car la trace qu’il garde, qu’il doit garder, est précieuse et doit réveiller les consciences de l’Occident qui dort. Comment un tel massacre a-t-il pu avoir lieu ? Comment un tel massacre continue d’avoir lieu dans encore trop de villes du monde ? En voulant garder une trace, Paul Marchand disait : « au moins, ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient. » Il voulait confronter chacun à sa conscience.
Le film repose donc sur un homme cynique, mais entier et réussit à transcrire ses nombreux combats avec force et intensité. 

De nombreux films ont parlé de ce siège interminable qui a été le lieu d’innombrables crimes sous les yeux de la Communauté internationale. En 2018, Chris the Swiss revenait également sur un journaliste de guerre qui avait été retrouvé mort avec des vêtements de la milice étrangère. Des années plus tard, sa cousine essaye de comprendre cette morte mystérieuse, due à une prise de position ? Dans Sympathie pour le diable, Paul Marchand aussi ne peut pas rester silencieux et après des mois passés avec sa voix rauque et grave à transmettre des messages alarmants sans aucune réponse ni amélioration. Que lui reste-t-il à faire ? Le film parle à la fois du métier de reporter de guerre, mais également et surtout des hommes et des femmes qui se cachent derrière. Un long-métrage puissant sur l’une des guerres les plus tragiques de l’histoire moderne.

Marine Moutot

Sympathie pour le diable
Réalisé par Guillaume de Fontenay
Avec Niels Schneider, Ella Rumpf, Vincent Rottiers
Drame, Guerre, France, 1h42
27 novembre 2019
Rezo Films

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

Un avis sur “[CRITIQUE] Sympathie pour le diable

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :