[CONSEILS DU VENDREDI] #71

Cette semaine dans les Conseils : Notre Dame, The Lighthouse, Star Wars : L’Ascension de Skywalker et Marriage Story.


Notre Dame : Maud Crayon, Vosgienne expatriée à Paris et mère de deux enfants, remporte, par hasard, le concours de la mairie de Paris pour réaménager le parvis de Notre-Dame. Entre les histoires de famille, les histoires d’amour et son métier d’architecte, sa vie va prendre un tournant pour le moins inattendu et intense en rebondissements.

Après Marguerite et Julien (2015), Valérie Donzelli revient aux commandes de Notre Dame, sympathique bluette de saison. Facile et mignonne, on passe un bon moment devant cette comédie sans prétention qui puise dans un univers à la fois burlesque et absurde. Malheureusement, les jongleries de Maud manquent un peu de piquant et on aurait aimé s’attacher un peu plus aux personnages qui, bien que hauts en couleurs dans la définition, semblent un peu fades. Ce casting d’acteurs français de talent qu’on apprécie tant (Valérie Donzelli, Pierre Deladonchamps, Philippe Katerine, Thomas Scimeca) n’aura pas suffit. On aurait tellement aimé voir Philippe Katerine dans un rôle plus conséquent, à la hauteur de sa drôlerie ! Il reste tout de même de belles trouvailles, notamment dans des scènes théâtrales où le décor disparaît au maximum pour laisser la place à une recomposition de l’espace très “comédie musicale”. Comédie musicale qui revient d’ailleurs avec un numéro chanté qui semble être un gros clin d’oeil à Christophe Honoré (un peu trop gros ?). Le sujet de ce drôle de projet sur Notre Dame aurait mérité un peu plus de folie car l’idée était bonne. Il permet tout de même quelques inventions architecturales intéressantes mais le film ne marquera sûrement pas nos esprit de manière pérenne. M.K

The Lighthouse : Deux hommes arrivent sur une île isolée pour garder le phare allumé. Ils doivent y rester quatre semaines, mais tout ne se passe pas comme prévu.

POUR : Près de 5 ans après l’étonnant The Witch, Robert Eggers plonge dans de nouvelles eaux et nous livre un huis-clos halluciné en noir et blanc, The Lighthouse.
Deux gardiens de phare qui sombrent dans l’alcoolisme et la folie après avoir été oubliés sur leur lieu de travail après un mois de solitude, le scénario de The Lighthouse tient en quelques lignes. Mais à partir de cette trame d’une grande simplicité, Eggers déploie un long métrage audacieux qui repose sur l’impressionnant jeu des deux acteurs principaux, les textures d’un noir et blanc léché ainsi que de belles envolées expérimentales.
The Lighthouse prend source dans le cinéma des origines, un cinéma au format carré qui filme la verticalité des paysages et englobe les éléments déchaînés dans son cadre. Un cinéma quasi-expressionniste dans lequel les visages se tordent jusqu’à la folie. Après la sorcière, Eggers explore le mythe de la sirène. Une femme-créature qui hante les visions de Robert Pattinson et évoque les femmes dangereuses de Franz Von Stuck ou l’union maléfique d’Isabelle Adjani au monstre tentaculaire de Possession (Andrzej Zulawski, 1981). Pour parachever cet hommage multiple, ce deuxième long-métrage de Robert Eggers emprunte à Shining (Stanley Kubrick, 1980) pour sa bande-son menaçante.
Issu du théâtre, le réalisateur enferme ses deux personnages dans un huis-clos au sommet du phare du haut duquel ils sombrent petit à petit dans la folie et inversent leurs rôles  initiaux. Une belle performance de Robert Pattinson mais surtout de Willem Dafoe, épatant en Capitaine Haddock aux tirades éloquentes. Le film se fait de plus en plus sensoriel, jusqu’à ce que les personnages et leur environnement ne fassent plus qu’un, comme lors d’une scène dans laquelle Thomas (Willem Dafoe) se fait couvrir de terre jusqu’à devenir la matière elle-même. Ainsi qu’une séquence expérimentale ahurissante saturée par l’image et le son, au cours de laquelle Ephraim (Robert Pattinson) devient comme aspiré par la lumière hypnotique du phare dans un cri cauchemardesque.
Ces séquences expérimentales rendent The Lighthouse unique, mais au-delà de la radicalité de son geste, Eggers n’échappe pas à quelques lieux communs de tout film « indé » qui se respecte. La scène dans laquelle Pattinson tient Dafoe en laisse ne constitue pas un ressort narratif absolument nécessaire. La symbolique du phare-phallus est elle aussi parfois un peu sursignifiante. Mais l’on ressort du film plutôt secoué par la tempête ainsi que par ce duel hors du temps entre les personnages et les éléments tempétueux de The Lighthouse. L.D.

CONTRE : Robert Eggers est un jeune cinéaste américain connu pour ses partis pris esthétiques dès son premier film The Witch sorti en 2016. Ce nouveau long-métrage, remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs cette année, est encore une prouesse visuelle. Le vent, la pluie, la mer violente qui s’abattent sur les rochers et surtout le noir et blanc dans un format 4/3 offrent une véritable expérience aux spectateurs. La performance des deux acteurs, Robert Pattinson et Willem Dafoe, est impressionnante tant le tournage semble avoir été physique et difficile. Dans ce récit, il est encore question d’enchantement et de magie. Cette fois, le réalisateur va du côté des sirènes et des mythes grecs en tout genre — pas forcément sans intérêt, mais qui sonne malgré tout un peu faux. Finalement, l’unique problème de The Lighthouse est de trop en faire : trop de silence, puis trop de paroles avec des monologues interminables seulement utilisés pour montrer que les deux acteurs sont bons. La musique est excellente et se marie parfaitement avec l’image, mais est beaucoup trop pressante et devient vite lassante, étant le seul effet « horrifique ». Le récit débat autour de l’illusion, du désir et de la jouissance masculine. La folie qui monte peu à peu sur l’île, loin d’être anxiogène, est assez prévisible. La fin ne convainc pas et ne justifie pas l’ensemble du trip où veut nous amener le cinéaste. Alors oui, c’est très beau, c’est très léché et esthétiquement audacieux, mais nous préférons des films comme Les Garçons sauvages ou Tabou qui étaient très forts visuellement, mais également scénaristiquement. Beaucoup de bruit pour rien. M.M

Star Wars : L’Ascension de Skywalker : Alors que Rey s’entraîne pour maîtriser la Force, un obscur message du défunt Empereur Palpatine annonce une vengeance prochaine et l’avènement du Dernier Ordre. Kylo Ren, de son côté, part à la recherche de la planète des Sith.

L’ouverture fait toujours son petit effet et impose le silence. Dans la salle pleine, il n’y avait pourtant pas le frisson qu’il y avait eu en 2015 pour Le Réveil de la Force. Ici, nous sentons déjà qu’une lassitude s’est installée, mêlée malgré tout à un peu d’excitation. Il semble impossible de critiquer un tel film, car qu’il soit bon ou mauvais, le public se déplacera et ceux qui ne sont pas convaincus par l’univers ne se déplaceront pas. L’effort critique semble alors vain. Star Wars est une saga comme il n’en existe pas d’autre et qui sort de son corps multitude de produits dérivés, de séries, de livres et de films. Aucune saga n’aura autant marqué les esprits — nous pouvons bien évidemment citer Harry Potter et Le Seigneur des Anneaux, mais toutes celles-là trouvent leur source dans la littérature. Star Wars est un mythe cinématographique à part entière.
Ce IXe épisode ressemble beaucoup au VIe dans la façon dont est gérée la narration entre la Rébellion et le Dernier Ordre, mais de la même manière que Le Réveil de la Force faisait penser à Un nouvel espoir Star Wars originel sorti en 1977. La saga entière est un hommage perpétuel à la première et cette torpeur dans laquelle elle se glisse est dure à quitter, ce qui rend ce neuvième long-métrage fade à de nombreux moments. Avec un début haché qui enchaîne les scènes spectaculaires avec beaucoup d’explosions et de vaisseaux, le film arrive à maturité quand l’action se focalise vraiment sur le personnage de Rey qui gagne enfin en profondeur et en intérêt. La relation ambiguë qu’elle entretient avec le peu charismatique Kylo Ren — joué par Adam Driver auquel je n’arrive toujours pas à me faire, mais qui, une fois trempé jusqu’aux os, devient correct — est ce qui rend cet épisode réellement intéressant. Par ailleurs, la multitude de personnages-phares qui reviennent, d’objets cultes bons à acheter et de mignonnes créatures commence à être un peu lassante et ne surprend plus, quand bien même cela serait la marque de fabrique des derniers films — marketing Disney oblige. Si l’humour marvelien dont transpirait le long-métrage précédent est moins présent, il subsiste quelques petits moments de gêne. Mais l’humour Star Wars revient en force avec C3PO qui nous manquait jusqu’ici cruellement. Les références à trop de séries et films actuels ne manqueront pas non plus de vous sautez aux yeux : un trône à la Game of Throne, une clé/carte à trouver qui renvoie à Avengers… L’ensemble montre que l’imagination est bien pauvre avec des références qui viennent parasiter un univers qui s’auto-cite déjà beaucoup. Star Wars : L’ascension de Skywalker est donc un film plaisant durant lequel nous ne nous ennuyons pas vraiment grâce à des moments de fulgurance  dignes des premiers épisodes, mais qui reste scénaristiquement faible tant par le nombre de citations mal choisies que par le pompage d’autres univers Disney. En espérant que pour la prochaine saga — car prochaine, il y aura —, Disney recherchera des histoires plus inventives.
M.M

Disponible en SVOD : Marriage Story. 


Marriage Story : Après plusieurs années de mariage, Charlie et Nicole décident de se séparer. Résolus à faire au mieux pour leur fils, le manège juridique autour de leur divorce va rapidement mettre en péril leurs bonnes intentions.

Enfin !! Après quelques bouses de Noël avec d’anciennes star de Disney Channel et un mastodonte un p’tit peu chiant by Martin Scorsese, Netflix remporte son pari en sortant à temps pour les Oscars un bon film d’auteur. Spécialiste de la comédie humaine, Noah Baumbach (While We’re Young, Frances Ha) s’est ici inspiré de sa propre expérience pour livrer une fine analyse sur les affres du divorce. Pendant deux heures et quelques, le réalisateur dissèque avec sensibilité, humour mais aussi cruauté les mécanismes ordinaires ayant conduit à la déliquescence d’une relation.
En 1979, Kramer contre Kramer – autre grand film de divorce réalisé par Robert Benton – faisait le choix d’une distribution inégales des cartes entre une mère paumée et un père courage. Résultat, Benton montrait surtout Meryl Streep et Dustin Hoffman se taper (parfois littéralement) sur la gueule. Quarante ans plus tard, la grande intelligence de Baumbach consiste à ne pas reproduire ce schéma en ouvrant d’emblée son film par deux monologues, emplis de tendresse et d’affection. En ne prenant pas parti, Marriage Story nous permet ainsi de comprendre à la fois les motivations et les frustrations de chacun alors que Nicole et Charlie se retrouvent progressivement dépossédés de leur propre séparation par un processus offensif et clinique.
Servi par une belle distribution, Marriage Story laisse à chaque rôle l’opportunité de briller ; mention spéciale à Laura Dern qui excelle ici en avocate empathique et féroce. Véritables moteurs du récit, Adam Driver et Scarlett Johansson composent pour leur part deux magnifiques performances qui donnent vie et émotion à cette histoire tragiquement banale où l’amour passé est désormais instrumentalisé à double tranchant. Un film à voir absolument. M.P

Manon Koken, Marine Moutot et Marine Pallec

Notre Dame
Réalisé par Valérie Donzelli
Avec Valérie Donzelli, Pierre Deladonchamps, Thomas Scimeca
Comédie, France, Belgique, 1h30
18 décembre 2019
Ad Vitam

The Lighthouse
Réalisé par Robert Eggers
Avec Robert Pattinson, Willem Dafoe, Valeriia Karaman
Épouvante-horreur, Thriller, États-Unis, Canada, 1h48
18 décembre 2019
Universal Pictures International France

Star Wars : L’Ascension de Skywalker
Réalisé par J.J. Abrams
Avec Daisy Ridley, Adam Driver, Oscar Isaac
Science-fiction, Aventure, États-Unis, 2h21
18 décembre 2019
The Walt Disney Company France

Marriage Story
Réalisé par Noah Baumbach
Avec Adam Driver, Scarlett Johansson, Laura Dern
Drame, États-Unis, 2h18
4 décembre 2019
Netflix

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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