[UN BON FILM AVEC …] Spécial Seigneur des Anneaux

Une femme s’évanouit de manière théâtrale, un objet roule doucement au sol en gros plan, des inconnus fomentent un plan machiavélique juste à côté des concernés… Le cinéma est rempli de motifs, parfois récurrents, qui intriguent et s’impriment dans nos esprits. Le deuxième mardi de chaque mois, nous vous proposons le défi “Un bon film avec…” : chaque rédactrice dénichera un film en lien avec un thème (plus ou moins) absurde mais qui vient naturellement à l’esprit. Pourquoi ces images s’imposent-elles ? Quel sens recouvrent-t-elles dans notre imaginaire ? Et dans l’œuvre ? Les retrouve-t-on dans un genre précis ? Comment deviennent-elles des clichés ?


Le Seigneur des Anneaux a marqué plusieurs générations de lecteurs et lectrices (l’exposition Tolkien, voyage en Terre du Milieu, en ce moment à la Bnf à Paris, qui affiche presque complet tous les jours, le prouve). Il est devenu, une fois adapté, une trilogie culte qui touche toujours plus de spectateur·rice·s. Par la densité de son écriture, la multitude de personnages et le détail de son univers, l’adaptation n’a pas été une mince affaire pour le cinéaste néo-zélandais Peter Jackson. La fresque filmique qu’il a réalisé (en version longue, nous parlons de plus de neuf heures de film) rend à la fois hommage au roman et s’en détache. La force du réalisateur est d’avoir su utiliser les codes d’un genre (le fantasy), mais également d’en créer de nouveaux (autour de l’anneau notamment, souvent parodié ou réutilisé).

Que ce soit parce que Peter Jackson les affectionne particulièrement, parce qu’ils sont inhérents au cinéma de genre ou du fait de la longueur de la saga, les motifs et tropes abondent dans la trilogie Le Seigneur des anneaux. C’est pour cette raison qu’il était impossible de tous les traiter et cela aurait été épuisant (pour vous comme pour nous) de tous les lister. Nous avons donc décidé de vous en proposer six qui nous semblaient pertinents et intéressants. À ceux-ci s’ajoutent les motifs traités lors de précédents défis : « un personnage s’empale par accident » (Saroumane dans Le Retour du roi), « quelqu’un marche sur une chose dégoûtante » (Frodon dans l’antre de Shelob, dans Le Retour du roi) et « un personnage sort de la brume » (la bataille d’Osgiliath, rapidement évoquée).

Retour sur une saga culte qui n’a rien perdu de son génie et de son intérêt cinématographique malgré les années.

N’oubliez pas de voter à la fin de l’article pour le prochain défi !


Un chien aboie à l’approche du danger (La Communauté de l’Anneau, 2001)

Alors que Gandalf vient de découvrir le réel pouvoir de l’Anneau et revient à la Comté prévenir Frodon, les Nazguls ont, eux aussi, compris, grâce à la révélation de Gollum, qu’il fallait chercher l’objet précieux en ces terres innocentes. Un Nazgul arrive à proximité d’une habitation et interroge un Hobbit dont le chien aboie avant même que cette présence horrifique soit vraiment claire. 

Le motif de l’animal signalant la menace avant même qu’un humain ne la comprenne est très récurrent. Chevaux piaffant et s’emballant à l’approche d’une bête et oiseaux s’envolant dès lors qu’un bruit se fait entendre sont légions dans les films. Le chien, animal domestique, fiable et allié de l’homme (ou du Hobbit), est d’autant plus emblématique pour signaler le danger. Il est le gardien du foyer dont l’aboiement tonitruant doit intimider l’ennemi et prévenir le maître. Il est, ici encore, le premier à identifier la menace. D’ailleurs, ce cri d’alarme est souvent tu par le maître qui n’a pas la même sensibilité et ne distingue pas toujours une présence amie d’une ennemie. 

Dans cette scène filmée en plongée et contre-plongée, alors que le fermier Maggot coupe du bois en gros plan, son chien commence à aboyer de manière agressive avant même que le Nazgul – dans le hors champ – ne soit visible. C’est l’ombre projetée sur la maison qui laisse deviner au spectateur sa présence que seuls voient le chien et le Hobbit. Cet être est réellement menaçant et cela se lit sur le visage effrayé du maître. Le chien, effrayé, se tait et recule jusque dans l’encadrement de la porte ronde de la maison. Cette scène assoit le fait que le Mal domine et s’impose comme tel. Face au Nazgul, pas l’ombre d’un doute, et les animaux sont, encore une fois, les premiers à le comprendre. 

Manon Koken


Un homme est tapi dans l’ombre (La Communauté de l’Anneau, 2001)

Alors que les hobbits attendent Gandalf à l’auberge du Poney Fringant, afin de quitter la Comté, Sam remarque qu’un homme attablé dans l’ombre ne quitte pas Frodon des yeux. Il s’agit d’Aragorn, homme aguerri, héritier du royaume de Minas Tirith. Il découvrira son visage à la fin de la scène, après les avoir entraîné à l’écart, à l’abris des regards.

Frodon, Sam, Merry et Pippin arrivent aux limites de la Comté après avoir échappé aux terrifiants cavaliers Nazgûls. Le sentiment de menace se prolonge à l’auberge du Poney Fringant. L’absence de Gandalf laisse les hobbits seuls face à un danger auquel ils ont peine à échapper, dont le souvenir (la scène précédente) est vivace. À cet élément scénaristique s’ajoutent différents éléments de mise en scène. La photographie sombre et brumeuse contraste avec les couleurs chaudes et contrastées de Cul-de-Sac, d’où proviennent les hobbits. Le lieu apparaît d’abord de l’extérieur, de nuit, sous la pluie. L’intérieur, enfumé, semble presque sépia. Les sons, enseigne qui grince au vent et rires goguenards, sont plus menaçants que chaleureux. Les cadrages, plans de travers à l’entrée des hobbits dans la taverne, fortes plongées et contre-plongées, permettent de souligner leur petite taille et de créer une impression de vulnérabilité. Enfin, les gros plans sur les visages des clients de la taverne, qui parsèment la scène, amènent à penser que les hobbits sont épiés de toute part.

Lueur du feu à Cul-de-Sac vs lueur du feu au Poney Fringant

Plongée contre plongée : les hobbits semblent minuscules

Autres clients du Poney Fringant

Dans cette scène, Sam murmure à Frodon qu’un homme les fixe. Ce dernier, jusqu’alors hors-champ, invisible aux spectateurs comme à Frodon, apparaît en contrechamp, son visage caché par une capuche, une pipe à la bouche. Silencieux et immobile, le Rôdeur contraste avec l’euphorique Pippin. Si le tenancier le décrit comme dangereux, “un de ces rôdeurs”, à l’arrière plan, son visage apparaît moins menaçant que ceux des autres clients. Mystérieux davantage qu’inquiétant, il semble à part des hobbits comme des hommes.

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La vision est fugace, un corps passe dans le champ, le faisant à nouveau disparaître. L’invisibilité – et la discrétion – est centrale dans cette rencontre, et dans toute la saga. Si Grand-Pas, ainsi qu’il est alors présenté, est dans l’ombre, ce n’est pas parce qu’il est une menace mais parce qu’il possède l’expérience et la sagacité qui manque encore aux hobbits. En effet, ces derniers, en totale opposition avec le rôdeur, se font remarquer à chaque instant, y compris quand Frodon devient littéralement invisible. C’est lorsque Frodon enfile l’anneau par accident que Sauron le remarque et susurre “Tu ne peux pas te cacher, je te vois”. Dans un déjouement des attentes des spectateurs, le danger provient de leur propre négligence plutôt que de l’homme tapi dans l’ombre : Pippin, hilare et à haute voix, dévoile l’identité de Frodon avant même que Sauron ne la découvre. L’homme que les codes voudraient menaçant se révèle le sauveur : il sort Frodon du champ et de la pièce principale de l’auberge. Ce n’est qu’une fois dans la chambre et les bougies éteintes, qu’il dévoile son visage.

Aragorn ainsi dévoilé prendra le relais de Gandalf en tant que mentor du petit groupe de hobbits, un rôle typique du genre de la fantasy. Le spectateur retrouvera alors une place plus confortable, alternant entre identification aux hobbits, vulnérables et novices des dangers de la Terre du Milieu, et à Aragorn, qui en sait plus qu’eux et peut porter un regard critique sur leurs faux pas.

Johanna Benoist


Un personnage lance un caillou dans un lac car il s’ennuie et quelque chose sort de l’eau (La Communauté de l’Anneau, 2001)

La Communauté tente de rejoindre le Mordor pour détruire l’Anneau sacré. Après avoir quitté la maison d’Elrond, elle tente de traverser la montagne en passant par les cols enneigés. Mais quand Saroumane réussit à causer une avalanche qui a presque enseveli le groupe, ils se retrouvent contraints de passer par les mines de la Moria.

Alors que le nain Gimli est joyeux comme un larron de traverser les mines, où vit son cousin, Gandalf n’est pas rassuré par cette nouvelle. Les mines sont présentées comme étant risquées pour la Communauté et pourraient mettre en péril la mission. L’ambiance est donc lourde et inquiétante quand ils arrivent devant les portes de la mine. La musique prend un ton funèbre et chargée de sens. Avec un travelling latéral, le cinéaste nous dévoile le lieu. Pour ajouter à la tension, Frodon glisse rapidement dans l’eau sombre du lac et jette un coup d’œil anxieux autour de lui. De plus, la troupe est arrêtée, car Gandalf n’arrive plus à trouver le mot de passe. Merry et Pippin, par ennui et qui ne semblent en aucun cas sensible à la tension, commencent à lancer des pierres dans l’étang, mais sont très vite stoppés par Aragorn. S’enchaînent alors en parallèle la recherche du code pour entrer et l’observation des vagues étranges. L’ambiance est tendue. Les visages d’Aragorn, Merry, Pippin et Boromir font contraste avec le visage détendu de Frodon qui tente de trouver la réponse à l’énigme.

La tension est donc à son comble quand la porte s’ouvre enfin et que le groupe entre dans la mine. Le spectateur est soulagé pendant un bref instant de quitter les bords du lac qui commencent à bouger de plus en plus. Mais l’intérieur de la mine est en fait un tombeau : des nains et gobelins, troués par des flèches, jonchent le sol. En plus, de ses corps, un plan adopte le point de vue de la créature qui se rapproche rapidement de l’entrée. Ce double point de vue informe le spectateur du danger, là où les protagonistes sont dans une totale ignorance. Alors que le groupe décide de fuir la mine, Frodon disparaît soudainement entrainer dans l’eau par la créature. La pieuvre géante joue avec ses multiples tentacules pour repousser les attaques et tenter de manger le jeune Frodon (qui se révèlera être souvent la victime des coups). Une fois sauvé, le groupe n’a d’autre choix que de rentrer dans la mine qui se referme sur eux, la pieuvre ayant détruit à jamais l’entrée.  

Ici, le réalisateur utilise le motif du monstre réveillé par un jeu innocent pour obliger ses protagonistes à entrer et à passer par la Moria, alors qu’ils voulaient fuir. Cela fait donc avancer le récit. Ce motif récurrent est souvent utilisé dans les films d’horreur : quand l’ambiance est plutôt détendue, jeter un caillou ou d’autres choses dans un lac sombre ne paraît pas forcément une idée (dans le film d’horreur, The Host (Bong Joon-ho, 2003), le lancer de canette à la créature est en plein jour, mais cela fonctionne aussi). Dans La Communauté de l’Anneau, Merry et Pippin sont depuis le début considérés comme les « cancres » du groupe. Juste après l’entrée dans la Moria, Pippin fait tomber dans le puits un squelette (par gaucherie et pas par jeu), ce qui résonne dans toute la mine et réveille, en plus des milliers de gobelins présents, le Balrog (créature millénaire et terrifiante). Ainsi, l’étourderie et les enfantillages des deux hobbits amènent dans des situations dangereuses la Communauté (c’est d’ailleurs Merry et Pippin qui révèlent l’identité de Frodon au Poney Fringant ou qui laissent le feu allumé, visible à des kilomètres, alors qu’ils fuient les Nazgùls). Par conséquent, ce lancer de caillou innocent, ne l’est finalement plus, mais la preuve qu’ils ne grandissent pas et n’apprennent pas rapidement.

Marine Moutot


Une main jaillit de la neige (La Communauté de l’Anneau, 2001)

Découvrant que le passage par le Sud est bloqué, la Communauté de l’Anneau est contrainte d’emprunter les hautes montagnes enneigées du col de Caradhras. C’est là que la supercherie de Saroumane, déjà démasqué par Gandalf, se manifeste. Combat mental entre les deux magiciens, cette scène, dominée par la voix résonnante du magicien blanc, est l’un des premiers lieux de rencontre entre le Bien et le Mal. La marche, déjà rendue difficile par la masse neigeuse, notamment pour les Hobbits, devient impossible lorsqu’une tempête de neige se déchaîne et que le sorcier blanc déclenche une avalanche, ensevelissant les compagnons. Dans le silence glacé du drame, une main jaillit brusquement de la neige. Puis une autre. Les compagnons sont saufs. Heureusement. Mais c’est un premier échec pour Gandalf qui se voit condamné à rebrousser chemin et à se tourner vers les Mines de la Moria, célèbre cité des Nains, où il sait qu’un parcours encore plus difficile les attend. 

Legolas est le premier à s’extirper de la neige. Puis vient la main de Frodon, jaillissant de sous la couche glacée, cherchant désespérément de l’aide. La main de Sam apparaît de la même manière et est rapidement aidée par les mains d’Aragorn. Ces mains perçant la neige sont un appel à l’aide et un geste de panique des Hobbits mais aussi un soulagement pour le spectateur (et les autres membres de la Communauté) qui découvre que les héros sont sains et saufs. Excentrées, plutôt cadrées vers le haut du plan, les mains sont observées par le bas, de près, comme si nous étions nous-même dans cette neige. Le spectateur doute que le personnage soit encore en vie, et cette main jaillissant d’un ou de derrière un élément (eau, terre, rocher) devient le signe annonciateur de la survie.

Ce motif ne peut aussi qu’évoquer le zombie et son emblématique main sortant brusquement du sol. C’est le premier élément qu’on voit de lui à sa renaissance. La main du mort-vivant brisant la couverture terrestre est filmée à sa hauteur ou en plongée, bien centrée, pour donner l’impression d’un jaillissement menaçant et surprenant. L’affiche française de The Dead don’t die (Jim Jarmusch, 2019) l’illustre parfaitement. La main du zombie est aussi souvent tendue, tentant d’attraper une victime pour la dévorer, tout comme celle de sa victime, dans une ultime supplique avant la mort. Il existe évidemment de nombreux exemples dans les films et séries du genre comme Bienvenue à Zombieland (Ruben Fleischer, 2018) et The Walking Dead (Frank Darabont, Glen Mazzara, Scott M.Gimple, 2010 à aujourd’hui).

Dans Le Seigneur des Anneaux, un autre motif mettant en scène ce membre est récurrent : une main qui surgit de l’ombre pour attraper quelqu’un. Signe inquiétant et mystérieux, il apparaît à plusieurs reprises. Lorsque Gandalf revient dans la Comté, après avoir étudié l’Anneau et les écrits d’Isildur à la bibliothèque, sa première apparition est impromptue. Frodon rentre chez lui, après avoir passé une soirée avec ses amis, et découvre que sa fenêtre est ouverte. Etonné, il commence à faire le tour des lieux dans la semi-pénombre. Alors qu’il s’arrête, une main sort de l’ombre, à l’arrière-plan et lui saisit l’épaule. Frodon se retourne et découvre Gandalf, échevelé, qui l’interroge sur l’Anneau : « Est-il en sûreté ? ». Le spectateur, tout comme le protagoniste, ne sait pas, au premier abord, qui est l’inconnu et est saisi de surprise et de peur.

De même, lors de la première rencontre des Hobbits avec Aragorn, l’apparition de ce dernier est un élément de surprise. Alors que Frodon a enfilé l’Anneau dans un mouvement de panique car Pippin vient de révéler sa véritable identité, Aragorn – qu’il ne connaît pas encore – l’attrape et le traîne jusqu’à sa chambre. « Vous attirez un peu trop l’attention ici, Monsieur Souscolline. » Dans chacune de ces situations, il s’agit d’un allié mais, dans nombre de films, un ennemi peut aussi se cacher derrière cette main mystérieuse. 

Outil principal du guerrier, la main est porteuse de vie et de mort. Poigne salvatrice ou coup fatal, elle peut être l’un comme l’autre chez un même individu. C’est le signe de l’allié qui étreint ses amis perdus depuis longtemps ou du guerrier enhardissant ses troupes d’une main armée triomphale avant la bataille, à l’image d’Aragorn ou de Theoden. Trompeur, le geste peut même être porteur d’une double intention, comme chez le personnage de Gollum qui semble vouloir tuer puis se raviser pour préférer aider Frodon. Dans le Seigneur des Anneaux, nombre de plans (souvent des gros plans) sont fait sur les mains. Le plus évident étant Gollum/Bilbon/Frodon/Sam ouvrant lentement la main sur l’Anneau, pour le caresser, le contempler ou le montrer. Il ne faut pas non plus oublier la tentative de Gollum de sauver l’Anneau des flammes de la Montagne du Destin qui, entamant sa chute, tend le bras au plus loin afin de préserver son Précieux. Cette main est le dernier membre de Gollum à disparaître dans la lave en fusion. A cette scène, fait suite la main tendue de Sam pour secourir Frodon accroché à la falaise au-dessus des flammes. « Prenez ma main, Monsieur Frodon. » Ce geste symboliquement fort après une lutte sans merci entre le Bien et le Mal clôt les épreuves subies par les Hobbits et leurs compagnons. La solidarité leur a permis de vaincre Sauron.

Manon Koken


Ralenti quand un personnage meurt (ou est blessé)

Les scènes de batailles sont nombreuses dans le Seigneur des Anneaux, mais il y a finalement peu de morts réellement importantes, ce sont, à la rigueur, de lointains seconds rôles (la folie Game of Throne n’est pas encore passé par là). C’est sans doute pour cette raison que le cinéaste néo-zélandais, Peter Jackson, a choisi certains moments cruciaux de son récit pour placer le ralenti quand un personnage meurt, effet de style souvent présent dans les films de guerre.
Dans La Communauté de l’Anneau, Frodon se fait embrocher par un troll des cavernes dans les mines de la Moria et est laissé pour mort (mais ne l’est bien évidemment pas), Boromir se fait, quant à lui, tuer par un Uruk-hai. Ces deux morts, si elles semblent de natures différentes, se rapprochent dans le traitement visuel et créent même un pont entre le début et la fin de la Communauté. En effet, Frodon « meurt » sous le coup d’un troll lors de la première vraie bataille du groupe et Boromir est tué pendant la dernière bataille, avant que la Communauté ne soit dispersée en plusieurs petits groupes. Les différents personnages ont ainsi gagné en maturité et ont vécu des épreuves marquantes. En particulier Merry et Pippin qui sont les deux à assister directement dans l’action aux deux moments. Le ralenti est ici très clairement utilisé pour intensifier l’émotion des séquences et rendre les morts encore plus tragiques et surprenantes qu’elles ne le sont.
Par ailleurs, les deux peuvent être opposées dans leurs intentions et le ton du récit : la fin de Boromir est beaucoup plus importante et a pour but d’expier ses fautes et ses débordements précédents. Dans la fausse mort de Frodon rien de tout cela. Elle vient plus densifier l’action et l’émotion des spectateur.trice.s qui commencent tout juste à s’attacher aux différents protagonistes. L’embrochement de Frodon vient également montrer que sa cotte de mailles est efficace. Nous ressentons aussi les différences, tout d’abord, dans le traitement de l’ennemi. Alors que le troll qui attaque Frodon est stupide et lourd dans ses mouvements (il essaye autant de tuer le groupe que les orques qui l’accompagne), l’Uruk-hai est majestueux, posé dans ses mouvements et surtout extrêmement précis. Il est extrêmement difficile à battre (Aragorn a failli y passer aussi). Nous le reconnaissons donc comme supérieur pour ses qualités guerrières (contrairement au troll qui a simplement une peau dure). À la fin du premier film, alors qu’une horde d’orques déferle, au pas de course, sur Boromir, Merry et Pippin, l’Uruk-hai descend lentement la montagne et s’arrête à distance pour bander une flèche qui atteindra Boromir, juste au-dessus du cœur.

Par ailleurs, les réactions de Frodon et Boromir restent similaire. Dans la séquence dans la mine de la Moria, Frodon s’écroule et pousse un cri de douleur sous la lance du troll, Boromir a la même réaction après avoir reçu la première flèche. Leurs voix sont d’ailleurs elles aussi ralenties et possèdent comme une résonance mortuaire. Autour de Frodo, le visuel ralenti est accentué par les personnes autour de lui : Gandalf qui s’arrête et se tourne vers lui, puis dans un autre plan, Merry et Pippin surpris. Dans le cas de Boromir, c’est l’enchaînement de différents plans rapides, et sa chute sur un genou au ralenti. Pourtant, Frodon s’écroule très rapidement sur le sol, terrassé. Boromir, lui, se relève et continue le combat, vaille que vaille. Cela prouve sa ténacité, sa force, contrairement à Frodon qui, se retrouve de plus en plus affaibli par l’anneau est souvent montré comme vulnérable.

Ainsi, l’action du côté de Frodon est très courte, celle de Boromir dure. Il prendra trois flèches avant d’être dans l’impossibilité de bouger. Après chaque flèche, Boromir se relève et tue des ennemis, protégeant ainsi vaillamment les deux hobbits. Et à chaque flèche, il s’écroule au ralenti. La bande-son passe d’ailleurs d’une musique rythmée au tambour à une musique plus lente, plus tragique. Le souffle de Boromir sera également tenu plus longtemps dans le temps, comme toujours plus ralenti.
L’autre point commun entre les scènes est la présence et les réactions de Merry et Pippin. Alors que dans la séquence de la Moria ils semblent surpris, ils ne prennent pas non plus conscience de ce qui vient de se passer. Quand bien même Frodo est en train de mourir sous leurs yeux, ils ne peuvent pas y croire. Ainsi quand ils attaquent le troll, ils ont une énergie très gauche, plein de naïveté et d’espièglerie. Mais quand Boromir se fait tuer sous leurs yeux, ils ont connu la perte de Gandalf. Leur regard est triste et leur action désespérée. Ils ont conscience de ce qui est en train de se dérouler sous leurs yeux. Cette prise de conscience rajoute un tragique à la scène qui n’avait pas eu le temps d’avoir lieu dans la séquence de Frodon. Nous assistons réellement aux funérailles de Boromir.

De cette manière, l’effet de ralenti n’est là que pour faire une courte pause tragique dans le récit de la bataille de la mine et pour relancer plus vivement l’action avec l’exécution du troll des cavernes. Frodon ne pouvait pas perdre la vie et le public le sait. Nous pouvons être surpris, voire un peu tristes, mais ce n’est pas possible de croire à la fin du hobbit. Dans la mort de Boromir, mais également dans celle de Haldir lors de la bataille du Gouffre de Helm (Les Deux Tours), le cinéaste cherche à glorifier la mort. L’ennemi est puissant (ou en trop grand nombre) et la mort honorable (selon les codes héroïques et virils de notre société). Avec cette mort, Boromir expie ses fautes. Alors qu’il est montré comme faible durant tout le film (il a tenté de voler l’anneau quelques instants plus tôt à Frodon, mais il convoite et désire l’objet depuis le début), ce combat final est son repentir. Qui n’a pas versé une larme devant cet homme qui s’acharne à rester debout ?

Marine Moutot


Une femme libère sa chevelure (Le Retour du roi, 2003)

Eowyn, Dame du Rohan, et Merry le hobbit, décident de participer à la bataille des Champs du Pelenor, contre la volonté de Théoden, roi du Rohan. Sur le champ de bataille, ils vont affronter le Roi-Sorcier, chef des Nazgûls, contre lequel Théoden n’est pas de taille. 

Entre le début de la bataille des Champs du Pelenor et la fin, Eowyn n’est plus la même. Présente sur le champ de bataille en dépit des ordres de son oncle, le roi du Rohan, elle lui cache son visage d’un mouvement de tête quand il passe pour encourager les troupes. Sa chevelure, symbole de la féminité et de la beauté dans la culture occidentale, d’autant plus qu’elle est longue et ondulée, la situant du côté des princesses plutôt que des chevaliers, est cachée sous son casque. C’est que sa place de femme lui a déjà été signifiée plusieurs fois, ainsi que son devoir : veiller sur les autres femmes et le royaume, alors qu’elle voudrait aller combattre. De même que Merry, jugé trop petit. Théoden et son neveu Eomer ont été clairs : le champ de bataille n’est une place ni pour une femme ni pour un hobbit.

Si son personnage tente de se fondre dans la masse, le cinéaste, lui, la met en avant : la scène de motivation des troupes est ainsi entrecoupée de gros plans sur les visages de Eowyn et de Merry. Cela permet de souligner un changement d’attitude dès ce premier moment de la bataille : alors qu’elle arbore d’abord une attitude préoccupée, y compris quand les hommes se mettent à crier “à mort !”, elle finit par se joindre à eux, avec enthousiasme.

Multiples plans de Eowyn et de Merry et changement d’attitude lors de la motivation des troupes du Rohan

Elle est alors fin prête à se battre et à affronter le “boss” de cette bataille, le redoutable chef des Nazgûls. Après que la monture ailée du Roi-Sorcier a jeté le roi Théoden et son cheval au loin, Eowyn s’interpose. La réplique de la jeune femme après l’échec de son oncle souligne sa bravoure : “Je vous tuerai si vous le touchez”. Malgré sa vulnérabilité, soulignée par son oncle mis à terre, par la contre-plongée sur le Nazgûl puis par son fléau au premier plan, Eowyn est de la trempe des grands héros : telle Hercules coupant les têtes de l’Hydre (parallèle d’autant plus intéressant qu’il est aidé de son neveu, comme elle est aidée de Merry), comme Saint George terrassant le dragon, elle tranche la tête de la monture volante. À son adversaire qui déclare qu’aucun homme ne peut le tuer, elle peut alors dévoiler son visage. Lorsqu’elle retire son casque, ses cheveux, attributs de sa féminité, retombent sur ses épaules. Elle rétorque : “Je ne suis pas un homme”. Avec ce moment, elle réconcilie son statut de femme et celui de guerrier. Démasquée, elle peut également faire ses adieux au roi Théoden, mourant sur le champ de bataille, et ainsi faire valider son statut de héros et sa place sur le champ de bataille. À l’image de la mort de Boromir, les adieux de Théoden à Eowyn permettent au courage et à la valeur de la jeune femme d’être reconnues et à sa désobéissance d’être pardonnée.

Eowyn contre le Roi-Sorcier : sélection de plans

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“I am no man.”

Johanna Benoist


La Communauté de l’Anneau
Réalisé par Peter Jackson
Avec Elijah Wood, Sean Astin, Ian McKellen
Fantastique, Aventure, États-Unis, Nouvelle-Zélande, 2h58, 2001
Warner Bros

Les Deux Tours
Réalisé par Peter Jackson
Avec Elijah Wood, Sean Astin, Ian McKellen
Fantastique, Aventure, États-Unis, Nouvelle-Zélande, 2h59, 2002
Warner Bros

Le Retour du Roi
Réalisé par Peter Jackson
Avec Elijah Wood, Sean Astin, Ian McKellen
Science-Fiction, Etats-Unis, 3h21, 2003
Warner Bros

Retrouvez notre prochain défi le mardi 10 mars 2020, pour des films avec quelqu’un qui lance un objet sur le coup de la colère.

Vous aussi, mettez-nous au défi de dénicher des films en rapport avec votre thème, en votant pour le Défi #11 avant le 9 mars 2020. Vous pouvez également proposer de nouveaux thèmes en commentaire ou sur les réseaux sociaux.

 

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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