[CRITIQUE] Vivarium

Gemma et Tom forment un couple banal. Ils s’aiment et cherchent à acheter un appartement pour fonder un foyer. Jeunes et peu pressés, ils visitent une maison dans un lotissement, mais très vite ils réalisent qu’ils sont seuls et ne peuvent plus sortir.

Welcome to hell

Pour son second long-métrage, le cinéaste irlandais Lorcan Finnegan décide de filmer la « vie idéale » selon le consumérisme (enfin la vision qu’il en a). Il enferme les excellents Jesse Eisenberg (The Social Network, The Double, Insaisissable) et Imogen Poots (Green Room, Mobile Home) dans la maison n° 9 d’un bien étrange lotissement. Le film, sélectionné dans de nombreux festivals, dont la Semaine de la Critique et l’Étrange Festival en 2019, propose une vision noire, à la fois cruelle et comique de notre société de consommation. 

Le propos est simple : exagérer au maximum ce que nous vivons quotidiennement. Nos rêves et nos aspirations sont passés au crible pour montrer un couple typique en enfer : maison, enfant(s), vacuité de l’existence. Gemma et Tom n’ont rien de particulier. Ils sont tout ce qu’il y a de plus ordinaire. En visitant cette maison dans ce lotissement qui leur promet tout ce dont ils ont toujours rêvé, ils sont charmés par une vision que leur vend la publicité et ici, un agent immobilier. Mais très vite, le film passe de teintes colorées et joyeuses à un vert pâle malaisant. Les résidences qui défilent sous leurs yeux sont toutes identiques. Tel un labyrinthe, cet enchaînement de bâtiments ressemble à toutes ces banlieues américaines (et qui s’installe ou sont déjà installées un peu partout dans le monde). Isolées, réglementées, tristes, les maisons sont des symboles de notre crédulité.
Le système que dénonce Vivarium est notre société : notre besoin d’accéder à des désirs surfaits que nous propose les médias et les adultes autour de nous. La lente détérioration du couple qui ne se parle plus est symptomatique et, quand bien même le film l’exagère avec l’utilisation d’une trame narrative de la science-fiction, elle reste crédible. Si Gemma et Tom ne peuvent pas fuir, qu’en est-il des personnes qui croulent sous les dettes ou sous les obligations que leur inflige la société ? Le bébé, qui arrive dans un carton, n’est nullement désiré. Il est imposé. Comme finalement le standard qui voudrait, qu’après la maison, les enfants soient l’ordre naturel des choses. Comme des cases à cocher. Comme une liste qu’il faudrait remplir. De plus, si l’homme travaille (Tom creuse un trou sans fin qui l’arase et le détruit mentalement et physiquement : travail inutile, mais qu’il lui paraît primordiale), la femme est enfermée à l’intérieur avec un rejeton qu’elle n’a pas voulu. La progéniture est d’ailleurs une métaphore très négative (mais réaliste ?) des enfants : toujours en demande d’affection, d’attention et de nourriture, il émet un cri strident quand il n’a pas ce qu’il souhaite. Angoissants, nous vous disons. Vivarium arrive donc à offrir une image de nos quotidiens qui nous pompe inlassablement notre énergie et comme le dit le cinéaste dans sa note d’intention : « C’est le consumérisme qui nous consume, pas l’inverse. » 

Mais si le propos fonctionne si bien, c’est qu’il est accompagné d’une mise en scène qui accentue, décuple le malaise. Nous plongeons dans l’étrange dès l’arrivée dans l’agence immobilière avec ses maquettes identiques et son vendeur au sourire forcé. Puis c’est l’ambiance entière qui bascule. Nous plongeons dans un tableau. Les nuages jumeaux immobiles, la lumière grisâtre qui renforce le vert des maisons et ces bâtiments identiques et sans fin. Tout est fait pour que nous ressentions l’atmosphère asphyxiée rien qu’en regardant le film. Ce vert est bien évidemment celui des vivariums où nous enfermons des animaux (serpent, poissons…) pour pouvoir les observer évoluer dans un environnement clos. L’image, très lisse, renforce l’illusion et la tromperie. Renforce le sentiment d’étouffement des personnages. Renforce le mal-être. Mais les plans, malgré les couleurs pâles et tristes, sont magnifiques (le directeur de la photographie, MacGregor, n’y est pas pour rien). Dans une plastique de publicité, le long-métrage est léché. Il boucle ainsi la boucle : il utilise les éléments qu’il dénonce.

Nous aurions, tout de même, voulu en savoir un peu plus des inspirations des personnages (et pas seulement les stéréotypes aux désirs vagues que nous propose le récit). Le propos aurait été plus fort, si Gemma et Tom avaient été plus clairement identifiés. La chute dans la normalité vomitive qu’offre le film aurait été ainsi plus fatale et efficace. Mais Vivarium donne une métaphore percutante de la vie, de notre vie : celle que nous subissons au quotidien. Celle qui nous force à nous lever. En sortant du film vous aurez comme un sentiment de mal-être qui vous habite et vous vous demanderez : c’est cela ma vie ? Mes inspirations ? Lorcan Finnegan est un cinéaste à suivre.

Marine Moutot

Vivarium
Réalisé par Lorcan Finnegan
Avec Imogen Poots, Jesse Eisenberg, Jonathan Aris
Thriller, Science-fiction, États-Unis, 1h38
11 mars 2020
Les Bookmakers / The Jokers

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

2 commentaires sur « [CRITIQUE] Vivarium »

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