[CRITIQUE] Red Road

Temps de lecture : 2 minutes

Opératrice dans une société de télésurveillance, Jackie vit derrière les écrans de son poste de contrôle à Glasgow. Elle observe jour et nuit le quartier de Red Road. Une nuit, alors qu’elle travaille, il lui semble reconnaitre un homme qu’elle ne pensait jamais revoir.

Red Road est le premier film de la cinéaste britannique Andrea Arnold. Il fait partie du concept Advance Party : série de trois longs-métrages issue d’un partenariat entre les sociétés de production Sigma Films à Glasgow et Zentropa au Danemark. Le but est de garder les mêmes personnages et acteurs dans les trois oeuvres. Il s’agit pour Andrea Arnold d’un véritable effort, car elle a l’habitude d’écrire sur des personnes et des lieux qui lui sont proches. Le film reçoit de nombreux prix, dont celui du Jury au Festival de Cannes en 2006.

Red Road est un magnifique traité sur la complexité des femmes. En dressant le portrait de Jackie (jouée par Katie Dickie dans son premier rôle), Andrea Arnold parle d’une femme brisée par un événement qui va la changer à jamais. Meurtrie, Jackie existe au travers des écrans de contrôle, s’attachant aux personnes qui vivent devant ses yeux. Des êtres qu’elle tente de protéger et de comprendre. Elle essaye de déceler dans l’image de surveillance la tristesse et la joie de chacun. Jackie vit par substitution, incapable de vivre autrement. Alors qu’un soir, en service, elle remarque un homme pourchassant une femme, elle pense assister à un viol, mais la femme s’arrête et se retourne vers l’homme pour parler. Le couple s’enlace passionnément, violemment. Jackie, voyeuse, commence elle-même à se sentir excitée par la scène. Son corps se fige et seule sa main caresse la manette de contrôle doucement, presque inconsciemment. Puis l’acte se termine et sur l’image qu’elle scrute, un visage se dessine. Pour nous, simples spectateur.trices, il est impossible de discerner quoi que ce soit, mis à part des cheveux roux, mais pour Jackie, habituée aux images pixélisées, l’homme qui se tient devant elle est le diable (une personne qu’elle ne souhaitait jamais revoir et pour qui elle a une haine profonde). Il disparaît d’ailleurs mystérieusement du moniteur et alors que Jackie le cherche activement sur ses écrans, elle n’arrive qu’à capter un renard qui se faufile tranquillement hors des hautes herbes. Elle n’a de cesse de découvrir de qui il s’agit, puis de l’épier, avant de prendre part à sa vie.
Au fur et à mesure, la cinéaste et scénariste nous donne des informations sur la relation entre les deux antagonistes. Sans jamais trop en révéler, le récit avance et explore l’obsession grandissante de Jackie pour cet individu. Nous pénétrons dans l’intimité de cette femme qui semblait n’être capable de vivre qu’à travers un écran. Nous ressentons avec une telle acuité ses sentiments. La mise en scène est viscérale. Alors que dans une première partie, la réalisation nous fait entrer dans les images de surveillance, dans un second temps, elle nous enfonce dans les entrailles de son personnage principal. 

Par le biais des écrans, la cinéaste examine également la détresse sociale de la banlieue de Glasgow (elle fait de même dans Fish Tank et American Honey). Red Road est un quartier à la marge où d’anciens détenus et marginaux tentent d’y refaire leur vie. Entre une végétation faite de mauvaises herbes, les déchets sur le bord du trottoir et les tours, le lieu n’est effectivement pas accueillant. Pourtant, à aucun moment nous ne sommes dans la position de juge. Les sourires de Jackie qui examine les gestes banals du quotidien sont le reflet de la pensée de la réalisatrice. Elle fait de son héroïne une sentinelle qui veille. Et si le premier plan excluait Jackie des images (ses mains étaient devant les moniteurs de contrôle), le dernier plan réintègre le personnage dans l’image de surveillance. Jackie est passée de simple spectatrice à actrice de sa propre vie. Red Road retraçant le récit d’une rédemption et d’une délivrance.

Avec son premier long-métrage, Andrea Arnold montre sa maîtrise de l’intrigue et des personnages et nous raconte que derrière les images, il y a des histoires. Que derrière les silhouettes, il y a la vie.

Marine Moutot

Red Road
Réalisé par Andrea Arnold
Avec Kate Dickie, Nathalie Press, Tony Curran, Martin Compston
Drame, Royaume-Unis, Danemark, 1h52
2006
Equation
Disponible sur UniversCiné, FilmoTV, Arte Boutique

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :