[CRITIQUE] La Bonne Épouse

Temps de lecture : 2 minutes

Paulette Van Der Beck instruit des jeunes femmes à devenir de bonnes ménagères dans l’école de son mari. Quand celui-ci meurt, elle se retrouve ruinée. Elle va devoir apprendre à gérer l’argent pour sauver la vie qu’elle a toujours connue. Mais en vaut-elle vraiment la peine ?

Cinéaste des femmes, Martin Provost a réalisé de nombreux films autour de figures féminines fortes et souvent oubliées. Que ce soit la peintre Séraphine (dans Séraphine en 2008) ou encore l’écrivaine Violette Leduc (dans Violette en 2013), il a su les magnifier et leur rendre hommage à travers de beaux longs-métrages. Il décide, avec humour, de traiter des femmes ménagères. Ces grandes oubliées de l’Histoire qui s’activaient au fourneau pour que leurs maris puissent se consacrer à d’autres tâches. S’il choisit de traiter du sujet cocasse avec le genre de la comédie, c’est qu’il y a de quoi en rire. En effet, le sort de ces jeunes femmes, qui apprenaient à être de bons partis, semble aujourd’hui à la fois saugrenu, et pourtant tellement d’actualité. 

Incarnée par Juliette Binoche, l’héroïne Paulette Van Der Beck personnifie les valeurs d’une France dépassée. Dans le contexte de mai 68 — qui, même si les femmes ont été oubliées lors de cette Révolution et des différentes luttes menées, reste une époque libératrice de la jeunesse —, le personnage de Paulette est un ovni. L’actrice, toujours talentueuse, réussit à incarner une femme guindée qui apprend l’amour et la liberté dans les bras d’un Édouard Baer qu’on découvre en amoureux transi. L’acteur, en effet, s’il est un habitué des comédies n’est pas forcément connu pour la romance. Il ajoute ainsi son petit côté décalé qui donne à La Bonne Épouse une légèreté supplémentaire assez salvatrice. À leurs côtés, Yolande Moreau (déjà l’actrice de Séraphine) et Noémie Lvovsky (en religieuse) sont également parfaites et endossent leurs rôles avec grand plaisir. Elles pimentent le récit et montrent d’autres femmes, d’autres destins. C’est dommage que la belle sœur (Yolande Moreau) soit une amoureuse éconduite. Cela aurait permis de voir un autre type de romance sur grand écran. Mais chacun.e semble s’amuser des personnages que Martin Provost a écrit et cela se ressent. De plus, la jeune génération d’actrices est également excellente (Marie Zabukovec, Anamaria Vartolomei, Lily Taïeb, Pauline Briand). Là aussi, le récit a l’intelligence d’exposer plusieurs filles et différents destins, permettant d’être un peu plus nuancé à certains moments.

La Bonne épouse aborde ainsi le quotidien des femmes françaises et des aspirations à réussir dans la vie. Pour certaines devenir une ménagère parfaite était un moyen de s’en sortir : trouver un mari, le garder et surtout avoir un toit sur la tête. Quand le mari de Paulette meurt, c’est une vie de confort qui menace de s’effondrer. Cette vie n’est pas idéale — bien au contraire, comme le montre une séquence où Paulette doit faire l’amour sans conviction à son mari —, mais c’est la seule vie qu’elle ait connue. Elle pense bien faire en éduquant des filles à devenir une femme et mère responsable, soumise à l’autorité de son époux. Elle transmet et vénère le patriarcat qui l’enferme. Pourtant le scénario possède une faiblesse : un peu trop de simplicité. Si nous ne connaissions pas le cinéma de Martin Provost, nous aurions pu dire que le scénario était opportuniste. À vouloir rappeler que les inégalités ne sont pas si loin, le film oublie de dire qu’elles sont encore trop présentes. La fin offre à croire que la bataille est gagnée et les femmes sont enfin libres de prendre leur destin en main. Si cela est à moitié vrai, l’épilogue ouvertement (trop) kitsch pique un peu et alourdit le propos. L’énergie précédemment était colorée et le message clair, même si simpliste, la fin brise l’équilibre et on entre en fanfare dans la comédie musicale. Cela laisse un arrière-goût d’artificialité. C’est dommage, car l’ensemble est plutôt réussi. 

Initialement, la sortie était prévue quelques jours après la Journée des femmes, mais la crise sanitaire en a décidé autrement. Cette comédie légère est à (re)découvrir dès le 22 juin au cinéma.

Marine Moutot

La Bonne Épouse
Réalisé par Martin Provost
Avec Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsky
Comédie, France, Belgique, 1h49 
11 mars 2020 – ressorti le 22 juin 2020
Memento Films Distribution

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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