[CRITIQUE] Ma 6-T va crack-er

Temps de lecture : environ 3 minutes

La vie de Arco, Malik et Mustapha suit son cours entre les bagarres et le rap, l’ennui et les interpellations. Leurs aînés, Djeff, J.M., Pete et Hamouda se débrouillent comme ils peuvent, étant au chômage. Mais tout bascule pendant une soirée hip-hop lors d’une fusillade entre gangs rivaux.

Après un premier film auto-produit (État des lieux, 1995), Jean-François Richet tourne avec un budget plus conséquent son second long-métrage Ma 6-T va crack-er (1997), produit avec Why Not Productions. Ce film rarement projeté avait été déprogrammé l’année de sa sortie, pour cause d’incidents survenus dans les salle de cinéma. Depuis la récente réouverture des cinémas, il est à l’affiche du Cinéma du Panthéon avec trois séances par semaine, pour deux ou trois semaines.

Comme son précédent film, Ma 6-T va crack-er s’inscrit dans le quotidien des banlieues défavorisées, où Jean-François Richet a grandi. On suit le quotidien de plusieurs personnages dont la plupart sont des habitants de ces cités, jouant leurs propres rôles. Aucun d’eux n’a d’avenir, ils sont enfermés dans un présent permanent. Ils deviennent des exclus qui n’ont pas de prise sur leur destin. Ce sont des victimes de la société, des chômeurs, des oubliés, qui n’arrivent pas à s’en sortir, n’ont pas d’objectifs à atteindre ou de repères. Ils sont rejetés par la société et la rejettent à leur tour. Leur vie devient misère et la délinquance un moyen pour survivre. Tous les jours, ils subissent une répression constante, d’où leur naît un esprit de rage et de violence perpétuelle. Ce qui aboutit à un refus de toute autorité, parentale, scolaire ou policière. Le film n’est pas qu’un constat sur l’échec de vie dans ces banlieues. Il propose des solutions pour changer leurs conditions d’existence : se mobiliser collectivement, se joindre aux travailleurs pour faire grève, afin de faire pression et toucher les intérêts économiques des dirigeants. Le film se termine par une scène d’émeutes inégalée dans le cinéma de fiction. La séquence s’étend sur vingt minutes. Par cette durée ample elle est incroyable et intense.

La séquence commence brute dans l’action, sans avertissement ou préparation. Cette scène est une répétition d’actes de casse et de destruction. Les émeutiers expriment leur colère en abîmant tous les mobiliers de la rue, vitrines, abribus, cabines téléphoniques. Les voitures sont retournées et brûlées. Tout objet visible devient bon à être cassé, comme appelé à la destruction. Les casses se succèdent, semblent ne jamais s’arrêter. Casser, frapper, détruire, devient un mouvement frénétique, un acte automatique. Le chaos d’images et de sons traduit la rage et la colère des émeutiers. Dans ce fracas, les personnages les plus âgés disent qu’il est plus utile de se battre avec sa tête, que le cerveau est une arme. Les plus jeunes veulent agir, se révolter pour changer le système. Ils sont impuissants pour transformer leur vie alors ils cassent pour transformer cette ville. Leur détermination dans la destruction est minutieuse, comme s’il s’agissait d’une réappropriation des objets et des lieux. Cette insurrection semble sans fin, jusqu’à atteindre une abstraction. La séquence est très découpée, le montage démultiplie constamment les actions. Ce sur-découpage accroît la violence et donne l’impression que l’émeute est partout à la fois. La musique qui se fait entendre apporte d’abord de la douceur et du spleen à cette révolte, puis traduit de nouveau la colère avec les paroles de ce rap, devient un appel à l’insurrection. La police apparaît par des fragments qui se mêlent aux émeutes, elle semble venir d’un autre lieu, d’un autre monde. Les CRS sont uniformes, tous identiques, immobiles, en rangs et alignés. Ils sont en opposition avec la vie et le mouvement constant des révoltés. Les forces de l’ordre affrontent et frappent les émeutiers, leur seule fonction est répressive. Ces affrontements se mélangent avec différentes images, celles du clip de rap “La sédition” dont on entend les paroles, celles de la scène d’ouverture où une adolescente et une petite fille prennent les armes pour se battre et celles de réelles scènes de soulèvements et d’émeutes. L’addition de ces images en fait une scène forte montrant des individus qui se mobilisent contre un monde injuste et qui se battent pour leur liberté.

Arthaud Barkovitch

Ma 6-T va crack-er Réalisé par Jean-François Richet Avec Jean-François Richet, Arco Descat C., Jean-Marie Robert Drame, France, 1h47 2 juillet 1997

Prochaines (et dernières) projections au Cinéma du Panthéon, en pellicule argentique 35mm : mardi 7 juillet à 20h, vendredi 10 juillet à 20h, lundi 13 juillet à 20h et mardi 14 juillet à 20h

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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