[CRITIQUE] Mon nom est Clitoris

Temps de lecture : 2 minutes

2016, Belgique. Des jeunes femmes parlent librement de leur sexualité et de ce qu’elles ont appris. Leur désir, leur premier rapport, tout y passe.

Le film s’ouvre sur un constat alarmant : douze femmes sont invitées à dessiner le sexe féminin et à positionner le clitoris. Beaucoup sont incapables à la fois de le situer et même de savoir à quoi il ressemble. Derrière ce titre politique qui clame haut et fort son existence tout en se réappropriant une genre cinématographique plutôt masculin (le western : Mon nom est personne de Tonino Valerii [1973]), Mon nom est Clitoris nous propose donc un voyage au cœur de la sexualité de jeunes femmes, souvent à peine sorties de l’adolescence. Si le pénis nous est bien connu, le clitoris beaucoup moins voire pas du tout. 
D’ailleurs, parlons-en du clitoris, car c’est bien là le sujet du film. Depuis quelques années (deux ou trois, guère plus), il revient sur le devant médiatique. Il apparaît pour la première fois en 1559. Il sera, de plus, qualifié pendant la Renaissance de la « verge » féminine. Il passe de valorisation à diabolisation pendant près de quatre siècles avant de mystérieusement disparaître entre 1930 et 1960. Et même si les féministes s’en emparent par la suite, beaucoup de femmes, 60 ans après, ignorent encore son existence. 
Comment s’est déroulée votre première conversation sur la sexualité ? Que vous en ont dit vos professeurs en cours ? Parle-t-on de plaisir quand on parle de sexe ? Et le porno dans tout ça ? À travers ces questions, on comprend une fois que la sexualité est vue par le prisme masculin et l’hétérocentrisme. Et surtout que les tabous sont toujours présents ! La première chose qui frappe est la désinformation qui, encore de nos jours, est très présente dans le milieu scolaire. Cela nous renvoie bien souvent, 10, 15 ans en arrière, au premier cours sur la reproduction. La sexualité est abordée en termes techniques : pénétration, vagin, pénis, etc. Jamais, au grand jamais, on ne parle de plaisir, de sentiments, de désir ou de consentement. On sent à travers les témoignages des jeunes femmes, le besoin d’en parler, de partager, d’être conseillée.

 Malgré la caméra, les confessions fusent et la proximité entre les réalisatrices et les interviewées se fait rapidement sentir. On a presque l’impression de se retrouver au cœur d’une conversation entre amies — d’autant que certaines jeunes femmes font leur entretien en duo —, et ça fait plaisir. L’intimité est palpable à travers les propos, les rires, les photos d’enfance… même si les noms et les âges des jeunes femmes ne sont pas donnés ! Et le choix judicieux du cocon de la chambre comme lieu ne fait que renforcer cette impression. Les filles sont assises ou allongées sur leur lit. Le dispositif filmique est ainsi clair : les deux réalisatrices sont à une certaine distance des interviewées. On les entend parfois poser leur question directement, mais ce sont des questions formulées de manière neutre. Le long-métrage oscille ainsi entre point de vue journalistique et côté intimiste. C’est une interview comme à la maison ! 

 Tout en faisant preuve de beaucoup d’humour, le documentaire de Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet montre intelligemment l’ombre qui plane sur cet organe, uniquement dédié au plaisir — le seul qui existe dans l’espèce humaine —, dans de nombreuses institutions. Les traits d’humour, par ailleurs, rendent le film agréable. Un parallèle entre la première description complète du clitoris et la Coupe du Monde 98 amène une relecture historique croustillante. Et avec quelques séquences habiles, les réalisatrices réinvestissent toute la portée politique de leur parole : redessiner des clitoris à la tablette sur des manuels scolaires et des livres de biologique, se réapproprier l’espace urbain en taguant des clitoris sur des murs ou encore faire une simple recherche Google « pourquoi les garçons/pourquoi les filles » et voir qu’une fois de plus Internet est un sacré révélateur des injonctions différentes qui sont imposées à un sexe comme à l’autre. 
Mon nom est Clitoris, à travers son sujet et ces beaux portraits de femmes, est un documentaire abordable par tous et d’utilité publique.

Manon Koken, Clémence Letort-Lipszyc et Marine Moutot

Mon nom est Clitoris
Réalisé par Daphné Leblond, Lisa Billuart Monet
Documentaire, Belgique, 1h17 
22 juin 2020
 La Vingt-Cinquième Heure

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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