[CRITIQUE] Brooklyn Secret

Temps de lecture : 2 min

Originaire des Philippines, Olivia travaille sans papiers comme auxiliaire de vie auprès d’Olga, une grand-mère ashkénaze de Brooklyn. Pour se faire régulariser, Olivia paye en secret un américain qui acceptera de l’épouser. L’arrivée d’Alex, le petit fils d’Olga, va tout bouleverser.

Sélectionné au dernier festival Chéries-Chéris le nouveau film d’Isabel Sandoval se remarque, en dehors de son aura LGBT, avant tout comme un film de son temps. À travers Olivia, double fictif de la réalisatrice, Sandoval conte ici l’histoire d’une héroïne en sursit. Sans papiers, dans un pays de plus en plus dysfonctionnel et où règne la crainte de se faire embarquer du jour au lendemain par ICE (le service d’immigration des États-Unis), Olivia est en effet habitée par une peur omniprésente ; celle là même qui anime des millions de gens dans ce pays où l’American Dream a depuis longtemps laissé sa place à l’injustice et à la terreur quotidienne.

Cette petite histoire de survie et de désillusions c’est sans doute ce que Sandoval, ici véritable femme orchestre (la réalisatrice endosse également ici les casquettes d’actrice, monteuse et productrice), réussit le mieux. Avec beaucoup de sensibilité, elle montre ainsi comment le poids et la menace permanente qui pèsent sur Olivia viennent petit à petit empoisonner le quotidien de cette femme à la vie autrement ordinaire.

Le naturalisme et la pudeur que la cinéaste s’efforcent d’injecter dans son récit rappelleront sans doute à certains le cinéma de James Gray, autre grand amoureux de Brooklyn. Toutefois, et pour citer le cinéma du réalisateur de Two Lovers, Brooklyn Secret nous rappelle aussi parfois ce par quoi le cinéma de Gray a tendance à pécher : un certain manque de peps et une monotonie qui pourraient en décourager certains. Ainsi, et même si le récit parvient à nous saisir de temps à autre grâce aux enjeux que l’on devine dans le parcours d’Olivia, Sandoval peine en contre-partie à faire vivre pleinement la force des sentiments qui anime la passion des deux héros.

Au final, et dans un contexte de reprise d’activité dans les salles, il sera néanmoins intéressant de laisser sa chance à un film comme Brooklyn Secret. Si certains aspects du long-métrage ne parviennent peut-être pas à convaincre le spectateur, son message politique sous-jacent reste quant à lui plus que pertinent et donc d’autant plus nécessaire en ces temps troublés.

Marine Pallec


Brooklyn Secret
Réalisé par Isabel Sandoval
Avec Isabel Sandoval, Eamon Farren, Ivory Aquino
Drame, États-Unis, 1h30 
1er juillet 2020
JHR Film

 

 

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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