[CRITIQUE] Été 85

Temps de lecture : 3 minutes

Alors que les cours se terminent, Alexis, 16 ans, entame l’été sans trop savoir ce qu’il veut faire dans l’avenir. Un jour, seul sur un bateau, il chavire. David, un jeune homme, vient le secourir. C’est le début d’une belle amitié …

François Ozon revient sur ses souvenirs d’adolescent en adaptant le livre d’Aidan Chambers, La Danse du coucou (Dance on My Grave, 1982). Ce roman raconte l’histoire d’amour entre deux jeunes hommes en Angleterre. Le cinéaste français le transpose en Normandie à Le Tréport et Fécamp. Une nouvelle fois, il utilise son style hybride pour coller à l’ambiance de son récit. Tournée en 16 mm, l’image possède un grain qui renvoie inévitablement à l’atmosphère des années 1980. Les couleurs vives et la bande-son viennent électriser le film qui ne manque pourtant pas d’un côté plus sombre. Été 85 interroge les choix que l’on peut avoir à 16 ans, mais également les premières amours. C’est le début de la liberté et des contraintes. Le film nous attrape par un début abrupt, mais surtout saisissant : Alexis nous prend à partie avec un regard caméra à la fois dérangeant et magnifique. Dans son précédent film, Grâce à Dieu, François Ozon respectait la parole des victimes du père Preynat, prêtre du diocèse de Lyon. Très proche du documentaire, dans un style formel, Ozon traitait d’un sujet d’actualité difficile. Ici, il retrouve une plus grande liberté pour un film qui fait du bien et nous touche. 

Ce que le long-métrage retranscrit le mieux est l’énergie qui habite les deux héros. Deux énergies différentes qui avancent pendant un moment dans la même direction. Alexis et David sont deux entités qui ne se comprennent pas toujours, mais ressentent ensemble. Nous sommes du côté d’Alexis qui raconte son histoire sur le papier pour exorciser les événements traumatisants qu’il a vécus. En voix off, il nous lit ce qu’il a écrit. Les mots semblent simples, mais ils sont percutants. Sans jamais doubler l’image, ils viennent au contraire créer une dissonance. Sa vision n’est pas la réalité de David. Dans une séquence émouvante où Alexis parle avec Kate, une amie anglaise rencontrée au début de l’été, il lui dit « Alors, on invente les gens qu’on aime, c’est con. » Et effectivement, nous ne connaissons pas les personnes que nous aimons. Si David peut paraître insouciant et léger à certains moments c’est parce que c’est Alexis qui regarde. C’est Alexis qui vit. Il fabrique au fur et à mesure des rencontres son meilleur ami et amant. Pourtant, la dissonance est toujours présente. Dans une scène dans la boîte de nuit, alors qu’ils dansent proche l’un de l’autre, David vient mettre sur les oreilles d’Alexis un walkman. La musique rythmée laisse place à la douceur de Sailing de Rod Stewart. La foule autour de lui s’agite, tandis qu’il ralentit et flotte sur la chanson. Ce décalage renforce la différence entre les deux jeunes hommes et isole Alexis dans son récit. Il crée également un moment en suspens. Un instant de grâce. La résilience dont fait preuve Alexis se fait par étape et avec beaucoup de mystère pour le spectateur nous lie à lui. Ce parcours est sublimé par une bande-son profonde — en plus des plus grands titres énergiques des années 80, dont In Between Days par The Cure — composée par JB Dunkel. Avec pudeur et énergie, François Ozon filme cette relation magnifique entre deux jeunes hommes.
De plus, le casting de jeunes acteurs est impressionnant. Alexis est interprété par Félix Lefebvre dont le physique et l’attitude rappellent River Phoenix. Nerveux et incandescent, Benjamin Voisin (découvert dans Un vrai bonhomme de Benjamin Parent et La dernière vie de Simon de Léo Karmann sortis en début d’année) crève l’écran en David. En jeune Anglaise, Philippine Velge réussit à se démarquer des deux garçons pour offrir une Kate insouciante et compréhensive. À leur côté, Melvil Poupaud, Valeria Bruni-Tedeschi et Isabelle Nanty viennent compléter ce casting parfait.  

Été 85 fait parti de la sélection de Cannes 2020 — qui n’a malheureusement pas pu avoir lieu cet année. Ce label créé pour inciter les films à sortir en France est une démarche de soutien aux salles. Ce long-métrage mérite d’être découvert pour vous plonger dans la tourmente et le bonheur des années 1980 au bord de la mer. Il nous fait voyager à la fois dans le temps, l’espace et les émotions de ses protagonistes avec force. François Ozon réalise une nouvelle fois une œuvre parfaite dont vous ressortirez à la fois enivré.e et affecté.e.

Marine Moutot


Été 85
Réalisé par François Ozon
Avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Philippine Velge, Valeria Bruni-Tedeschi, Melvil Poupaud, Isabelle Nanty
Drame, France, 1h40
14 juillet 2020
Diaphana Distribution

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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