[CRITIQUE] Normal People – Saison 1

Temps de lecture :  3 minutes

Marianne n’a aucun ami et n’hésite pas à dire ce qu’elle pense. Connell est populaire et aimé de tous, mais ne s’exprime sur rien. Tous les opposent et pourtant ils se rapprochent. Nous suivons leur histoire du lycée jusqu’au début de leur vie adulte.

Le talent et la poésie de la nouvelle série BBC, Normal People tient beaucoup à l’écriture de Sally Rooney dont le roman éponyme a été adapté. Avec simplicité, la mise en scène nous guide dans l’intériorité des deux personnages principaux : Marianne et Connell. L’histoire se passe en Irlande, mais est universelle. Si les sentiments qu’ils ressentent nous rapprochent ou nous éloignent d’eux, nous sommes toujours connectés à ce couple et à leur vécu. 

La force du récit est de nous plonger entièrement dans l’intimité des personnages. Leurs expériences, à la fois banales et surprenantes dans le paysage sériel actuel, sont incandescentes. Nous sommes avec eux, nous partageons leurs points de vue, leurs difficultés sentimentales, nous les comprenons. Si Marianne et Connell sont différents — Marianne cache son manque de confiance en elle en étant ouvertement provocatrice et Connell, populaire et apprécié de tous, cache ce qu’il ressent vraiment — ils possèdent malgré tout de nombreux points communs. Leur relation est magnifique pour cela : s’ils ne se comprennent pas toujours, ils arrivent à communiquer leurs pensées les plus intimes. L’un et l’autre sont un tout. Ensemble, ils grandissent. Leurs évolutions, au fil des épisodes, sont ainsi belles et intéressantes. De plus, Normal People aborde d’autres thèmes pertinents : le suicide d’un ami, la maltraitance affective et familiale, les relations de soumission — ce mécanisme d’abandon à l’autre pour ne plus rien ressentir —, les amitiés néfastes, les classes sociales — toujours présentes dans nos sociétés —, la pression de l’environnement… Cela vient donner de l’épaisseur à la romance et rendre plus tragique encore cette relation. En adaptant son roman à la télévision, Sally Rooney, avec l’aide d’Alice Birch (scénariste de The Young Lady, William Oldroy, 2017), ne dénature pas son écriture fluide et proche des personnages. La série reste par ailleurs au plus près du livre dans les événements qu’elle montre. Mais tandis que le roman utilise le flash-back pour suivre le fil des pensées des personnages, la série est plus linéaire. Elle suit leurs parcours et ne fait que quelques flash-back pour annoncer un malheur. Ainsi, l’intensité de l’histoire, rendue possible par les vas et viens dans les souvenirs des protagonistes dans le livre, est tangible dans la série par cette linéarité du récit et la puissance de sa mise en scène.

Le premier épisode s’ouvre sur le dos de Marianne marchant dans les couloirs du lycée. Elle se dirige vers les casiers où les gens l’ignorent. Elle lance un regard de biais à Connell qui ne le lui renvoie pas. Il préfère l’observer de loin, comme par peur qu’elle ne l’attaque. Rapidement, nous comprenons que Marianne est très seule et que peu de personnes font attention à elle. Connell est de ces personnes. Lui est un jeune homme qui subit la popularité plus qu’il la savoure. Il pense que le monde va s’écrouler s’ils apprennent qui il est vraiment, ce qui se cache à l’intérieur de lui. Par moment, il semble plus simple de se conformer à une idée. Leurs ressentis et leurs sensations, les personnages les communiquent très vite entre eux, dès le deuxième épisode. Pourtant il est possible de les comprendre avant grâce à une mise en scène qui filme les détails, les petits gestes et les visages. Une main qui tressaute ou caresse un objet, un visage qui se ferme sont des subtilités qui rendent palpable leur intériorité. Nous ressentons ce qu’ils ressentent. L’une des séquences les plus intenses et importantes de la série se situe justement dans l’épisode 2 pour la première scène de sexe entre les deux héros. Alors qu’ils parlent de leurs sentiments et leur manière d’être, ils s’embrassent. La caméra reste toujours proche de leurs visages et met en avant leurs respirations. Cette respiration est notre point de repère pour comprendre leurs désir et excitation. Une vraie harmonie se crée entre eux et le moment où Connell lui demande si elle est sûre et qu’elle peut arrêter à n’importe quel instant est une scène rare et précieuse où le consentement est montré avec délicatesse et intelligence. La scène est si puissante et réaliste qu’on ne peut que ressentir leurs plaisirs qu’ils partagent à deux. Et le respect est ainsi tant du côté de la mise en scène — qui dévoile très peu les corps pour se concentrer sur leurs visages — que du côté des personnages. Lenny Abrahamson, cinéaste de l’excellent et perturbant Room (2016), filme la première partie de la série. Il capte avec précision le subconscient des protagonistes. Tandis qu’Hettie MacDonald met en scène la deuxième partie de la série. Cette partie plus sombre montre Marianne et Connell explorant leurs sexualités tout en étant éloignés l’un de l’autre. Amants, amis, blessés, leur relation prend un tournant plus dur. De plus au fil des épisodes, la musique accompagne beaucoup notre perception des sentiments des personnages. Normal People doit énormément à ses deux acteurs principaux : Daisy Edgar-Jones qui a 22 ans offre une prestation bluffante de naturel — elle a joué dans la série La Guerre des mondes ou encore dans Gentleman Jack — et Paul Mescal, dont Connell est le premier rôle important. Il impressionne dans le rôle de ce jeune timide et torturé par sa vie sociale et son environnement.

Normal People est une série vibrante qui vous transporte dans l’intériorité des deux personnages principaux. Elle réussit à nous toucher et à questionner nos rapports aux autres au quotidien.

Marine Moutot

Normal People
Créée par Sally Rooney, Alice Birch, Mark O’Rowe
Avec Daisy Edgar-Jones, Paul Mescal, Desmond Eastwood
Drame, Angleterre, Irlande (Saison 1 – 12 épisodes x 30 min)
16 juillet 2020
Disponible sur StarzPlay

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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