[CRITIQUE] Pluie Noire

Temps de lecture :  3 minutes

6 août 1945, le temps s’est arrêté. Un éclair a déchiré le ciel et l’horreur s’est abattue sur terre. 6 août 1945, la ville d’Hiroshima est anéantie par la bombe nucléaire. Yasuko, son oncle et sa tante doivent traverser la ville pour chercher du secours. Des années plus tard, ils essayent de vivre avec les conséquences de la radiation.

Le rythme régulier du début de journée. Les mouvements en cadence des aiguilles d’une horloge. La vie qui suit son cours. Les premiers moments qui ouvrent le film semblent banals, mais très vite l’horreur vient fendre le quotidien des personnages. Nous n’avons pas le temps d’apprendre à les connaître, le choc est brutal. L’horreur est cinglante et bien trop réelle. Si nous ne savions pas que les bombes nucléaires étaient tombées sur Hiroshima et Nagasaki, cela serait de la fiction. Cela nous paraît impossible, tellement l’horreur est inhumaine. Les corps décharnés, les cris perçants, les pleurs, la détresse. Shôhei Imamura nous propose une plongée dans la vie des victimes d’Hiroshima. À travers le portrait d’une famille — un oncle, une tante et une nièce, tous trois touchés par les radiations —, il montre les conséquences de la bombe. Avec deux temporalités : le 6 août 1945, à jamais inscrit comme une journée en enfer et 5 ans après où le drame est encore tout proche, mais où la vie doit continuer malgré tout. 

Le 6 août 1945, les Américains font tomber deux bombes sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki. Ces deux événements avaient pour but de finir la Seconde Guerre mondiale plus rapidement. Le Japon était l’un des seuls pays à résister. L’utilisation de cette nouvelle arme aux conséquences méconnues eut sur la vie de milliers d’innocents des changements catastrophiques. D’ailleurs, tout film sur Hiroshima pose directement ou indirectement la question de savoir si cela valait le coup. Si pour faire plier un pays, il n’y avait pas d’autres solutions ? Car si la bombe met effectivement rapidement fin à la guerre et libère le Japon de nombreuses batailles sanglantes, elle crée en même temps des victimes qui durent vivre dans l’ostracisation et la peur de la maladie quand ils n’étaient pas mutilés ou n’avaient pas perdu d’êtres chers.
En adaptant le roman de Masuji Ibuse, sorti en 1966, le cinéaste japonais ravive la mémoire de cet événement. Réalisé en 1989, Pluie Noire aborde plusieurs sujets tabous au Japon. Outre la bombe nucléaire, le récit parle des problèmes à reprendre une vie « normale ». En effet, les victimes étaient non seulement plus faibles à cause des radiations, mais ils étaient rejetés par la société japonaise qui préférait les oublier ou les ignorer. De nombreuses personnes appellent la catastrophe « l’éclair ». Comme si l’acte avait été divin. Ils ne veulent pas parler de l’implication humaine. Une seule fois, l’oncle dit que l’homme n’apprend donc jamais rien quand il entend à la radio que les États-Unis pensent utiliser la bombe nucléaire pour finir le combat en Corée. Oui, l’humain apprend rarement de ses erreurs. En 1950, l’action du film se déroule dans un petit village où de nombreuses victimes vivent. Parmi eux, le cas de Yasuko est intéressant. La jeune femme a été touchée par la pluie noire, retombée radioactive de cendres — elle n’était pas à Hiroshima au moment de l’explosion — et a traversé la ville avec son oncle et sa tante. Son oncle et sa tante ne veulent pas mourir avant qu’elle ait pu trouver un bon parti. Ainsi quand les premiers symptômes apparaissent, elle fait tout pour les cacher. Yasuko est doublement victime : de la pression de la société japonaise — le fait de devoir se marier à tout prix, le rejet permanent des prétendants — et de l’arme nucléaire. Elle ne trouve la paix qu’au côté de Yuichi, lui aussi victime de la guerre et qui ne peut entendre un moteur sans devenir fou. Séparément, ils ont subi des violences que peu de gens comprennent et ensemble ils sont en paix. 

Dans un noir et blanc qui permet de montrer les victimes de la bombe, Pluie Noire est un chef-d’œuvre sur l’abomination humaine et sa monstruosité, mais également sur le courage des femmes et des hommes, victimes d’une telle injustice. Avec l’arme nucléaire, les humains ont dépassé l’inimaginable. Avec ce long-métrage, Shôhei Imamura nous parle des innocents. Ils n’avaient rien demandé, ils ont connu les pires sévices. Pluie Noire est un film cruel et nécessaire. Il touche du doigt la douleur et l’horreur et surtout réussit à les montrer.

Marine Moutot


Pluie Noire
Réalisé par Shôhei Imamura
Avec Miki Norihei, Yoshiko Tanaka, Kazuo Kitamura
Drame, Japon, 2h02
1989 – ressortie le 29 juillet 2020
 Les Bookmakers / La Rabbia

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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