Ida Lupino, une femme parmi les hommes

Temps de lecture : 12 minutes

À l’occasion de la ressortie de quatre de ses films en salles, retour sur une cinéaste américaine encore trop souvent ignorée. Ida Lupino fut une actrice et réalisatrice de talent qui mérite qu’on s’attarde sur sa carrière. Retour sur ses sept films.

IdaLupino

Beaucoup ont écrit qu’Ida Lupino était l’une des rares cinéastes femme à Hollywood dans les années 1950, que chaque réunion de la Directors Guild of America commençait par l’apostrophe « Bonjour Messieurs et Madame Lupino » — elle était en effet la seule femme sur les 1 300 membres — et qu’elle prenait la relève de Dorothy Arzner. Bien sûr Ida Lupino, actrice à la Warner Bros. a eu le courage de ne pas renouveler son contrat et de partir avec son mari, Collier Young, créer sa propre société de production (Emerald Productions, qui devient en 1953 The Filmmakers) pour réaliser des films aux thèmes trop souvent ignorés ou tabous dans une industrie cinématographique régie par le Code Hays. Mais ce ne sont pas les seules raisons pour lesquelles elle mérite que l’on s’attarde sur sa filmographie et sur les longs-métrages qui ressortent aujourd’hui en salles. Ida Lupino est une actrice et une réalisatrice de talent dont les films sont traversés par des sujets et des désirs qui font d’elle une grande cinéaste. Après la sortie, début septembre, de son film le plus connu Outrage (1950) par le distributeur Le Théâtre du Temple, quatre autres longs-métrages font l’objet d’une ressortie dans les salles obscures : Avant de t’aimer (Not Wanted, 1949), Faire Face (Never Fear, 1950), Le Voyage de la peur (The Hitch-Hiker, 1953) et Bigamie (The Bigamist, 1953) par la société Les Films du Camélia.

Quel caractère !

Ida Lupino naît à Londres le 4 février 1918. Elle vient d’une famille qui a toujours été dans le spectacle — depuis environ 300 ans — : son père est acteur, danseur, chanteur, réalisateur et sa mère, Connie O’Shea, est une actrice anglaise connue sous le nom de Connie Emerald. Pour poursuivre la tradition des Lupino, son père la pousse à devenir actrice. À seulement 13 ans — alors que l’âge minimum est de 15 ans —, Ida entre à l’Académie royale d’art dramatique (Royal Academy of Dramatic Art). À 14 ans, elle commence à jouer de petits rôles dans le cinéma. Elle obtient rapidement un premier rôle dans Her First Affaire d’Allan Dwan (1932) où elle interprète une vamp — personnage de femme souvent perverse et sans scrupules. À 14 ans, elle joue donc déjà des femmes fatales ou des prostituées. Mais elle ne souhaite pas devenir actrice, elle veut écrire. C’est sous la pression de son père, mort en 1942, et pour avoir son estime, qu’elle continue à jouer. À 15 ans, elle part avec sa mère pour Hollywood où elle signe un contrat avec la Paramount. Comme le studio préfère miser sur sa plastique plutôt que sur son talent, elle s’énerve. Sur le plateau de Cléopâtre (1932) où elle joue une jeune servante, l’actrice n’en peut plus et refuse de tourner. Elle est alors suspendue pendant deux ans. C’est Peter Ibbetson, dans lequel elle tient un petit rôle en 1935, qui la révèle en tant qu’actrice capable de jouer autre chose que des femmes fatales. Enfin prise au sérieux, elle signe un nouveau contrat, toujours avec la Paramount. Pourtant cela ne paye pas et elle est cantonnée à des films de série B. C’est réellement à partir de 1939 (The Light That Failed, William A. Wellman) et 1940 (Une femme dangereuse [The Drive by Night], Raoul Walsh) que l’actrice obtient ses lettres de noblesse, grâce, en particulier, à des scènes de folie si éloquentes qu’elles éclipsent tout le reste. Malgré ses performances et son talent (La Grande évasion [High Sierra], Raoul Walsh, 1941 ; Le Vaisseau fantôme [The Sea Wolf], Michael Curtiz, 1941), elle est mise de côté par le studio qui la considère comme un back-up à des actrices comme Bette Davis. Là encore, Ida Lupino n’en peut plus et explose. La conséquence est qu’elle est une nouvelle fois suspendue. Elle accepte alors de jouer dans La Manière forte (The Hard Way, 1943) de Vincent Sherman. Un rôle risqué, car elle interprète une femme cruelle et sans cœur, son personnage est mal aimé. Le public et les critiques applaudissent le film et son interprétation. Elle remporte le New York Film Critics Circle Award for Best Actress. C’est enfin la consécration pour elle. À 27 ans, elle refuse de continuer à travailler pour les studios dont le système ne lui convient pas. Pourtant elle joue encore quelques rôles de femmes fatales et commence à écrire des scénarios et des courts-métrages pour combler son besoin d’invention et de création. À noter que c’est à cette période qu’elle tourne l’une de ses rares comédies — jamais sortie en France — Pillow to post (Vincent Sherman, 1945). Dans ce film, fait de quiproquos et de gages autour du mariage et de l’armée — Jean doit être mariée pour dormir dans un bungalow pour époux de l’armée et utilise, malgré lui, un lieutenant — elle montre une nouvelle fois son talent. Cette screwball comedy délicieusement subversive mériterait une sortie en France.

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La Grande évasion (High Sierra) de Raoul Walsh, 1941 et Pillow to the post de Vincent Sherman, 1945
Cinéaste malgré elle

Ida Lupino est une précurseuse, il est impossible de nier cela. Grâce à un tempérament fort, elle a réussi à s’imposer dans un monde qui ne voulait pas d’elle en tant que cinéaste, penseuse ou simplement scénariste, mais en tant qu’objet, actrice désirable et désirée. Ce à quoi ne peut bien évidemment pas se résoudre la jeune femme. Suite à son mariage avec Collier Young, elle crée sa propre société de production à la marge des grands studios dont le système l’horripile. Indépendante, elle commence tout d’abord par écrire des scénarios — ce qu’elle n’arrêtera jamais de faire que ce soit pour le cinéma ou plus tard pour la télévision. En 1949, alors que le tournage d’Avant de t’aimer (Not Wanted) débute, le réalisateur Elmer Clifton a une crise cardiaque et doit abandonner le tournage. Par faute d’argent et de temps, Ida Lupino prend au pied levé sa place. Elle réalise ainsi son premier long-métrage un peu par hasard. À travers les six autres œuvres que la cinéaste fait pour le grand écran, ses obsessions se retrouvent et évoluent. Après quatre films entre 1949 et 1951 où elle met en scènes trois femmes au destin brisé (Avant de t’aimer, Faire Face et Outrage) et celui d’une jeune sportive manipulée par sa mère, Jet, Set et Match (Hard, Fast and Beautiful), elle tourne le premier film noir fait par une femme : Le Voyage de la peur (The Hitch-Hiker, 1953). Presque en huis clos dans une voiture, le récit traite d’un meurtrier et de ses deux prochaines victimes. Le casting est uniquement constitué d’hommes. La même année, elle devient également la première femme à être à la fois actrice et réalisatrice dans Bigamie (The Bigamist, 1953). Puis, à la suite de son divorce avec Young et de l’échec commercial de son film, elle est obligée de fermer sa société. Elle tourne son dernier long-métrage pour le grand écran en 1966 avec Le Dortoir des Anges (The Trouble with Angels) et à l’inverse du Voyage de la peur n’est presque qu’avec des personnages féminins — évolution d’un regard ?

Destin volé

Ses trois premiers films ont cela de similaire qu’ils mettent tous en scène une jeune femme dont le sort va être brisé par une fatalité (perdre ses jambes à la suite d’une maladie : Faire Face [Never Fear, 1950]), un mensonge (un homme fait croire à une femme qu’il l’aime : Avant de t’aimer [Not Wanted, 1949]) ou un crime (un viol : Outrage, 1950). Dans Les trois scénarios traitent d’un sujet tabou pour la société américaine et encore plus pour les firmes cinématographiques qui ont mis en place le code Hays pour s’autocensurer. Ida Lupino, par ailleurs, coscénarise, coproduit et réalise ces longs-métrages. Un carton d’ouverture introduit Avant de t’aimer et Faire Face. Ils insistent sur la récurrence des histoires et sur l’aspect véridique de celles-ci. La cinéaste souhaite en faire des films universels et ancrés dans le réel. Ce sont des choses qui arrivent à des milliers de femmes chaque année et cela est ignoré et rarement entendu pour Avant de t’aimer et est une histoire vraie dans Faire Face.

Dans Avant de t’aimer, nous suivons la jeune Sally (Sally Forrest), amoureuse d’un pianiste. Vivant dans une petite ville américaine, il s’agit de son premier contact avec l’extérieur. Lui apprécie l’admiration que lui porte Sally et décide d’en profiter avant de partir dans une autre ville. Elle décide de le suivre. Après avoir été rejetée par cet homme, elle se lie d’amitié avec un jeune homme, Drew (Keefe Brasselle) revenu de la Seconde Guerre blessé à la jambe — ici, Lupino ajoute également cette réalité bien souvent ignorée à l’époque : les blessés de guerre. Alors que Drew la demande en mariage, elle s’évanouit et apprend qu’elle attend un enfant. Elle décide de fuir par honte. Une fois son enfant adopté — car elle ne pouvait lui offrir que son amour et voulait plus pour lui — elle commence peu à peu à perdre la tête et kidnappe un nourrisson dans un landau, finissant alors en prison. Le film commence sur son arrestation et elle est rapidement filmée derrière des barreaux, avant de se remémorer ce qui lui est arrivé. C’est un thème récurrent : la prison mentale que les héroïnes se créent, Sally dans Avant de t’aimer, Carol (également interprétée par Sally Forrest) dans Faire Face et Ann dans Outrage. Dans ce film, suite à son viol, Ann fuit là encore par honte, car elle n’en peut plus d’être vu uniquement comme la victime d’une agression terrible, elle est sans cesse vue derrière des barreaux — métaphoriques — : du lit, d’une vitre d’un drive-in, d’un bus… Cet emprisonnement dans lequel s’enferment les victimes peut être dépassé, mais il faut pour cela l’aide d’un homme. Dans Avant de t’aimer, si c’est un homme qui est la cause de ses problèmes, c’est l’amour de Drew qui permet à Sally de continuer à vivre. Dans Faire Face, son film sans doute le plus misogyne, les hommes qui entourent Carol la paternent sans cesse — sauf son père qui l’aime comme elle est. Alors qu’il est intéressant de voir comment la jeune femme se rabaisse en tant que femme — elle se sent incomplète et ne pourrait jamais rendre un homme heureux ainsi — Guy, son fiancé (encore une fois Keefe Brasselle), Lean, un homme qui ne peut pas marcher et le médecin qui la suit à l’institut lui donnent tous des conseils. Danseuse, il semble normal que Carol se pense comme faible et inutile, comme un fardeau pour son ancien partenaire et fiancé. Pourtant, la violence de la réaction de Guy quand elle lui demande de la laisser seule est disproportionnée. Comme celle dans Outrage du fiancé d’Ann quand elle lui annonce qu’elle ne veut plus l’épouser et qu’elle se sent sale. Plutôt que d’écouter leurs sentiments et ressentis, les hommes tentent de leur imposer violemment leurs points de vue — certes validés par la suite par le récit —, n’hésitant pas à les agripper sauvagement — quelque chose que l’actrice Ida Lupino a subi dans nombreux de ses personnages. Ces comportements, s’ils aident Carol au fur et à mesure de sa convalescence à prendre conscience qu’elle a sans doute repoussé l’amour de sa vie, sont totalement inutiles pour Ann et cela lui donne une raison de plus de fuir. Dans Outrage, l’homme qui l’aide à réapprendre à vivre après son drame est un pasteur. Figure là encore paternelle — les pères sont toujours affectueux et aimants auprès de leur fille — il cherche à influencer Ann en lui parlant de sa propre expérience. Il y a donc l’idée de partage, d’amitié et d’entraide. Pour le pasteur, Ann est une femme profondément blessée (même s’il en ignore les causes) et il décide de lui redonner goût à la vie. La fin est d’ailleurs plus ambivalente. Ann retourne chez elle et quand bien même il y a un retour à la norme du couple, il n’est pas montré comme dans Faire Face où Carol ressort de l’institut déstabilisée et perdue. La rue est menaçante et c’est seulement quand elle voit au loin Guy qu’il arrive à faire quelques pas. De même dans Avant de t’aimer où c’est quand Drew s’écroule de fatigue et la supplie de s’arrêter qu’elle ne se suicide pas, mais se jette dans ses bras. Quand ils sont coupables, les personnages féminins d’Ida Lupino sont avant tout des victimes. Ann dans Outrage a tenté de tuer un homme qui voulait l’embrasser, mais cet acte impardonnable est fait à la suite d’un crime encore plus odieux et dont le pasteur accuse la société entière d’être responsable — tout comme la mise en scène qui insiste pendant le crime sur l’absence d’aide (les rues vides) et l’ignorance volontaire de l’appel à l’aide (le klaxon et le vieil homme qui ferme sa fenêtre pour ne plus entendre le bruit). Dans Avant de t’aimer, cette femme seule qui doit élever un enfant est également la responsabilité de la société qui ne fait rien pour les aider — mise à part les parquer dans des institutions. 

À la suite de ses trois longs-métrages, Ida Lupino réalise, en 1951, un film dont le scénario est écrit par Martha Wilkerson d’après le livre de John R. Tunis. Jet, set et match (Hard, Fast and Beautiful) raconte l’histoire de Florence, jeune joueuse de tennis (dernière collaboration de la cinéaste avec l’actrice Sally Forrest) et de sa mère. L’intrigue ressemble beaucoup à La Manière forte où Ida Lupino jouait une femme manipulatrice et cynique qui utilisait le talent de sa sœur pour gravir des échelons dans l’industrie du théâtre. Ici, la mère (interprétée par Claire Trevor) souhaite, à travers la carrière dans le tennis de sa fille, acquérir de plus en plus de richesse. Par goût pour le luxe, elle n’hésite pas à sacrifier le mariage de sa fille et ses désirs. Mais ce destin volé est là encore repris grâce à un homme. Même si la cinéaste semble prôner à chaque fois une vision hétéronormée du couple, elle n’hésite pourtant pas à traiter de sujets féminins sensibles et graves ainsi que montrer des femmes actives et au travail.

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Avant de t’aimer (Not Wanted), 1949 et Outrage, 1950
Pionnière

Après quatre films qui mettaient en scène des personnages féminins, la cinéaste décide de réaliser son premier film noir, Le Voyage de la peur (The Hitch-Hiker, 1953). Elle coécrit le scénario avec l’auteur Robert L. Joseph et son ex-mari Collier Young en s’inspirant de la vie du vrai criminel Billy Cook. Tout en restant ainsi proche du réel, elle crée un véritable huis clos entre l’assassin et ses deux prochaines victimes. L’humanisation du criminel se fait très rapidement. Si l’ouverture commence par le meurtre d’un jeune couple — dont nous voyons seulement les pieds — nous apprenons à connaître les proies suivantes avant leur rencontre avec l’agresseur. Ces deux travailleurs ont décidé d’aller à la pêche dans les montagnes, mais au dernier moment préfèrent se diriger vers la ville, pour profiter un peu. Cela permet également de les représenter en hommes à part entière : imparfaits. Ils ne savourent même pas de leur mensonge, car un des deux est profondément endormi quand ils parviennent dans la ville. Ils croisent alors la route d’Emmett Myers. Nous n’en connaissons toujours pas le visage, mais la silhouette et les manières nous sont déjà familières. Ce visage quand nous le découvrons enfin est celui d’un homme meurtri, une balafre parcourant sa joue et son œil droits. Il le dit lui-même très vite, cette gueule dès que ses parents l’ont vu ils la rejettent violemment, amorçant ainsi un début d’explication, mais sans aller plus loin pour éviter une philosophie de comptoir. La même année, elle filme un long-métrage d’un registre totalement différent : Bigamie (The Bigamist, 1953). Le scénario est de son ancien mari (Collier Young) alors remarié à l’autre star féminine du film Joan Fontaine. Ce qui est intéressant quand on sait que dans le récit, le héros, Harry, est marié à Eve (Joan Fontaine) qui ne peut avoir d’enfant et la trompe avec Phyllis (Ida Lupino) qui tombe enceinte. Il décide ainsi de l’épouser devant le bigame du titre. Là encore, il s’agit du premier film réalisé par une femme qui se met aussi en scène. Mais Ida Lupino, à la manière d’Alfred Hitchcock, a déjà fait des caméos dans ses films précédents : dans Outrage, elle est une danseuse de la fête country qui se tient dans le village où Ann s’est réfugiée ou encore dans Jeu, set et match elle est une supportrice dans les gradins pendant le dernier match. Bigamie aborde là encore encore un sujet aux antipodes de ceux que traitent les studios. Audacieux, le film propose d’autres modèles d’hommes et de femmes. Les femmes sont indépendantes : Eve réussit à gérer son entreprise d’une main de fer et Phyllis est indépendante. Elle gagne sa vie seule et ne cherche pas à recontacter Harrt quand elle est enceinte et souffrante. Le personnage d’Harry, par ailleurs, est tout le long montré comme lâche et trop gentil : incapable de dire aux deux femmes qu’il vit une double vie. Pourtant, il est surtout victime des conventions que la société lui impose : il doit subvenir aux besoins d’une femme. Quand Eve travaille, il le dit lui-même : il se sent inutile et il voit en Phyllis quelqu’un en qui s’occuper, qui a besoin de lui. Cette critique de la société est bien mise en valeur. Il s’agit du premier film où un couple ne se (re)forme pas après la tragédie : Harry restant seul, Phyllis et Eve préférant continuer seules et sans aide d’un homme. 

Voyage
Le Voyage de la peur (The Hitch-Hiker), 1953 et Bigamie (The Bigamist), 1953
Après les hommes, le temps des femmes

Alors qu’elle est séparée de Collier Young, l’échec commercial de Bigamie met fin à la société de production The Filmmakers. En 1958, elle se tourne vers la télévision où elle devient actrice et réalisatrice — étant là aussi l’une des premières femmes à réaliser des téléfilms et des épisodes sériels (The Twilight Zone, 1959 et 1964, L’Île aux naufragés [Gilligan’s Island], 1964-1967). Pourtant en 1966, elle revient vers le cinéma pour faire Le Dortoir des Anges (The Trouble with Angels). Il s’agit de son premier film en couleur et avec un casting presque uniquement constitué de femmes. Écrit par Blanche Hanalis, il se base sur le roman Life with Mother Superior par Jane Trahey. Au regard de ses précédents longs-métrages, le récit surprend tout comme la mise en scène. Nous suivons deux jeunes adolescentes qui entrent dans un pensionnat tenu par des religieuses. En faisant les 400 coups, ces filles refusent le côté autoritaire et arbitraire des règles. Pourtant tout au long du film, le regard bienveillant des sœurs tout comme celui des jeunes femmes se fait nettement ressentir. Ce female gaze qu’elle avait déjà dans Avant de t’aimer, Face Face, Outrage ou encore Jeu, set et match est ici renforcé par un casting féminin fort. Les hommes sont d’ailleurs soient pleutres ou égoïstes et menteurs. Pas forcément de beaux modèles pour les futures femmes que souhaitent formées la Mère supérieure et les différentes institutrices. Elles sont, de plus, ouvertes sur l’extérieur et à la polyvalence des leçons : entre cours de sport, de chant, d’art, ou concours entre écoles, elles ne veulent pas enfermer les étudiantes dans un seul archétype. Véritable communauté de femmes, cette école — un peu trop idéale pour être vraie — propose un contre-exemple au couple hétéronormé et à ce que la société impose à la femme au foyer — dénoncée en 1963 par Betty Friedan dans La Femme mystifiée (The Feminine Mystique). Et, en contre coup de toutes les fins réalisées par la cinéaste, l’héroïne décide de rejoindre l’ordre religieux.

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Le Dortoir des anges (The Trouble with Angels), 1966

Certains ont écrit ou dit qu’Ida Lupino traitait de sujets féministes sous un angle machiste. Cela est vrai, car la cinéaste a évolué dans un monde d’homme. C’est sa perception de femme qui l’a attiré vers des thèmes sensibles et profondément féminins, mais également ses expériences et l’influence de son père — qu’elle a toujours essayé d’impressionner — qui donneront des films ambivalents. Uniques dans le paysage cinématographique, ses longs-métrages sont surtout des témoignages marquants de destins tragiques, de vies volées, de personnes meurtries ou proposent une façon différente de voir le monde et la société.

Marine Moutot

Avant de t’aimer (Not Wanted)
Réalisé par Elmer Clifton et Ida Lupino
Avec Sally Forrest, Keefe Brasselle, Leo Penn
Drame, États-Unis, 1h31
1949 – ressortie le 30 septembre
Les Films du Camélia

Faire Face (Never Fear) 
Réalisé par Ida Lupino
Drame, États-Unis, 1h21
Avec Sally Forrest, Keefe Brasselle, Hugh O’Brian
1950 – ressortie le 30 septembre
Les Films du Camélia

Outrage
Réalisé par Ida Lupino
Avec Mala Powers, Robert Clarke, Raymond Bond
Drame, États-Unis, 1h21
1950 – ressortie le 9 septembre
Théâtre du Temple

Jeu, set et match (Hard, Fast and Beautiful)
Réalisé par Ida Lupino
Avec Claire Trevor, Sally Forrest, Carleton G. Young
Drame, États-Unis, 1h18
1951

Le Voyage de la peur (The Hitch-Hiker)
Réalisé par Ida Lupino
Avec Edmond O’Brien, Frank Lovejoy, William Talman
Film Noir, États-Unis, 1h11
1953 – ressortie le 30 septembre
Les Films du Camélia

Bigamie (The Bigamist) 
Réalisé par Ida Lupino
Avec Joan Fontaine, Ida Lupino, Edmund Gwenn
Drame, États-Unis, 1h23
1953 – ressortie le 30 septembre
Les Films du Camélia

Le Dortoir des Anges (The Trouble with Angels)
Réalisé par Ida Lupino
Avec Rosalind Russell, Hayley Mills, June Harding
Comédie, États-Unis, 1h52
1966

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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