[CRITIQUE] Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary

Temps de lecture : 3 minutes

1863. Sur les routes de l’Oregon, un convoi progresse vers l’Ouest. C’est là que vivent Martha Jane et sa famille. Blessé lors d’un accident, son père ne peut plus conduire la caravane, la jeune fille prend alors les choses en main pour la survie des siens. À mesure qu’elle découvre un quotidien bien différent de celui que la société lui impose, un horizon nouveau apparaît ! Attaques de puma, folles cavalcades et découvertes au cœur du Grand Ouest sont au programme !

On attendait avec impatience ce nouveau film après le très beau premier long-métrage de Rémi Chayé, Tout en haut du monde (2015). Déjà là, le réalisateur dépeignait les aventures d’une jeune fille, aristocrate russe. Et on était déjà bien au XIXe siècle, 1882 à Saint-Pétersbourg pour être exacte. À présent, suivons une autre héroïne quelques années plus tôt – 1863 – dans les plaines américaines. 

Pour quiconque connaît un peu le personnage de Calamity Jane, cette femme forte qui se mesurait aux hommes à une époque où tout ce qu’on attendait d’elle c’était de rester à la maison, il ne s’agit pas là d’une biographie animée. Rémi Chayé, avec ce travail très bien documenté, a l’intelligence et l’habileté de proposer une vision de l’enfance de ce personnage. Et le une est important. En effet, on en sait bien peu sur ses pérégrinations de jeunesse. Et ce n’est pas elle qui vous aurait renseigné : elle adorait inventer des histoires ! Calamity se veut donc une plongée dans un passé possible de la femme au grand chapeau.

“Quelle calamité !”, s’exclament les habitants des caravanes sur son passage. Eh oui, Martha Jane n’en fait qu’à sa tête. Mais qui pour lui donner tort (à part ses voisins) ? Elle devrait étendre le linge, ramasser des bouses séchées, repriser les vêtements comme toutes ses camarades ? Franchement, à quoi bon ? Les garçons, eux, véritables cow-boys, sont en selle, galopent toute la journée, surveillent les troupeaux et affrontent – parfois – le danger. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour elle ? Elle est tout aussi forte et courageuse qu’eux – et même souvent plus. Ce destin, dit féminin, n’est pas une fatalité. Alors quand elle doit remplacer son père accidenté, la jeune fille saisit cette étincelle de liberté qui point, promesse d’un avenir différent. Entraînement au lasso, chevauchées effrénées, conduite du chariot… Plus rien ne l’arrête, maintenant elle sait faire ! Sauf qu’une fille qui raconte des histoires, qui porte des pantalons, qui tient tête aux adultes – et aux hommes ! -, qui ose prendre les devants en somme, ça ne plaît pas à tout le monde ! Et Martha Jane va en faire les frais…

C’est en prenant la route – dans une quasi course-poursuite – que commence le véritable apprentissage. Martha Jane n’est plus, place à Calamity ! Quittant la caravane pour réparer une injustice, elle brise définitivement les codes – et n’aura de cesse de continuer sur cette voie – et s’oppose à la société bien pensante. Esprit libre au caractère bien trempé, elle écume les steppes au rythme de la musique bluegrass. Rapidement, nous nous laissons gagner par cette atmosphère intense, prêt.e.s à la suivre jusqu’au bout. Plaines infinies et mers de nuages s’étendent sous nos yeux. À croire que l’écran s’élargit toujours un peu plus. Les aplats de couleurs sont superbes et on croirait y voir les magnifiques étendues américaines de Nomadland (Chloé Zhao, 30/12/20).

Derrière le western se cachent autant de sujets essentiels qui traversent les siècles : le deuil, le harcèlement, la difficulté d’être une femme – et une enfant – et, bien sûr, l’Histoire. Cavaliers, Indiens, orpailleurs, dans les plaines du Grand Ouest, ils sont tous là. Calamity rencontrera d’ailleurs une certaine Madame Moustache (doublée par Alexandra Lamy) – une femme qui dirige sa propre mine ! Et évidemment, Rémi Chayé n’a pas oublié l’humour ! Le fidèle destrier s’appelle “Jambon” et avec Calamity et ses comparses, les jeux de mots et les gros mots – “tête de bouse !” – fusent. Vous apprécierez sûrement une belle scène de travestissement digne de Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, 1959) ainsi que la chanson du générique “On m’appelle Calamity Jane” (promis, elle ne vous quittera plus pendant un bon bout de temps).

Vous l’aurez compris, ce film est encore une très belle réussite et s’il fallait faire une critique négative, nous en serions bien incapables. Le seul bémol serait peut-être quelques facilités dans la résolution du récit et la rapidité de certains enchaînements. Mais en même temps, l’intensité fait le charme !

Indépendante, libre et différente, Calamity est une figure féminine et féministe qui fait extrêmement plaisir à voir – quel que soit l’âge des spectateurs ! Quittons-nous sur ces belles paroles pleines de sens du réalisateur : « Calamity est un personnage génial, elle représente ce que beaucoup appellent des garçons manqués mais que je préfère baptiser des filles réussies ! » (Le Dauphiné Libéré, 19/06/2020). Vivement la sortie de son prochain projet sur les Fortifs de Paris avec une nouvelle héroïne courageuse !

Manon Koken

  • Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary
  • Réalisé par Rémi Chayé
  • Aventure, Animation, France, 1h22
  • 14 octobre 2020
  • Gebeka Films
  • A partir de 6/7 ans

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :