[CRITIQUE] Rebecca

Temps de lecture : 2 min

Cornouaille, fin des années 30. Une jeune mariée vient s’installer à Manderley, la maison familiale de son riche époux, Maxime de Winter. Elle ne tarde pas à découvrir que la demeure semble encore hantée par le souvenir omniprésent de la première femme de Maxime, Rebecca, décédée dans des circonstances mystérieuses.

Rebecca, le remix

On connaissait Rebecca, chef-d’œuvre culte d’Alfred Hitchcock, tourné à l’aube de sa carrière américaine et adapté du roman à succès de Daphné Du Maurier. Voici venu désormais Rebecca, le remake réalisé par Ben Wheatley (précédemment réalisateur de High Rise, film bordélique mais pas inintéressant) pour le compte de Netflix. Une nouvelle version « pimpée », tout en couleur et en « sexytude » mais dont l’issue du visionnage nous laisse en proie à une seule et véritable question : Mais… pourquoi ?

Telle la réaction provoquée par le remake plan par plan de Psychose réalisé jadis par Gus Van Sant, « pourquoi ? » est ainsi la question subsiste ici. En effet, quelle était ainsi la nécessité en 2020 de faire ce film ? À l’image des Garçons de la bande – récent remake/nouvelle adaptation commandé par la plateforme au grand N d’une pièce déjà portée à l’écran en 1970 par le grand William Friedkin – ce Rebecca 2.0 pose réellement la question tant cette version peine à justifier pleinement son existence. Car si Wheatley effectue ici un travail de réalisation tout à fait compétent, il échoue par ailleurs à livrer une vision ou une interprétation qui viendraient renouveler ou différer suffisamment de celles déjà proposées par Hitchcock.

Lifting raté

Alors oui, on pourrait dire que comparer Wheatley au maître incontesté du suspense ce n’est sans doute pas très juste. Toutefois, il est un peu problématique de se dire qu’il existe une version bien supérieure du film qu’on est en train de regarder, surtout lorsque celle-ci a été tournée il y a quatre-vingts ans : c’est un peu l’équivalent filmique de la quintessence d’un lifting raté. Là où Hitchcock déployait une esthétique gothique et une ambiance oppressante en entretenant le trouble et la confusion, Wheatley livre un film esthétiquement plaisant, mais conventionnel, bien filmé, mais assez ennuyeux et qui peine à rendre compte de l’ambiance paranoïaque régnant entre les murs de Manderley.

Le mystère fait pschitt tandis que la déception se traduit également côté interprétation. Un facteur d’autant plus dommage là où en comparaison la dernière version des Garçons de la bande trouvait son seul intérêt dans un casting assez exceptionnel et doté d’une belle énergie. Ici, contraints de marcher dans l’ombre des illustres Joan Fontaine et Laurence Olivier, Lily James (déjà aperçue dans Downton Abbey et chez Edgar Wright dans Baby Driver) et Armie Hammer font pâle figure. Jouant à fond sur le côté sexy (notamment dans un épilogue pas nécessaire), le film ne leur donne jamais l’occasion de trouver véritablement la lumière et si leurs interprétations ne sont pas mauvaises en soi, elles restent à l’image de ce remake : lisses et sans profondeurs. Seule Kristin Scott Thomas s’en sort honorablement dans le rôle de la gouvernante Mrs. Danvers. Dans une performance subtile et habitée, elle parvient à instaurer la même présence inquiétante déjà invoquée par Judith Anderson dans l’adaptation d’origine.

Pour en revenir à notre question d’origine et pour tirer un parallèle avec Les garçons de la bande, la seule justification à ces remakes dans la tête de Netflix et consorts semble résider dans la réintroduction de ces récits auprès d’une nouvelle audience (aka les djeuns). Néanmoins, ce prétexte en carton semble ignorer que ce n’est pas par leur ancienneté que ces œuvres deviendraient du même coup dépassées ou obsolètes. Faire des versions plus « sexy » n’a ainsi guère de sens lorsque l’on voit la fadeur des remakes proposés et c’est de surcroit porter bien peu de considération à son public que de penser que le noir et blanc ou quelques grains de pellicule pourrait l’effrayer. Ainsi, peut-être serait-il plus judicieux pour le grand N de tout simplement acheter les droits de diffusion des œuvres d’origine et de les mettre en avant correctement sur leur interface. Au lieu de se coltiner des remakes sans intérêt, il serait d’autant plus salvateur en ces temps troublés que tout le monde puisse accéder à du grand Cinéma.   

Marine Pallec

  • Rebecca
  • Réalisé par Ben Wheatley
  • Avec Lily James, Armie Hammer, Kristin Scott Thomas
  • Thriller, Royaume-Uni, 2h01
  • 21 octobre 2020
  • Netflix




Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

3 commentaires sur « [CRITIQUE] Rebecca »

  1. J’avais beaucoup aimé le premier film de Ben Wheatley, l’étrange « Kill list ». La perspective d’un remake de Rebecca, dans la lignée du chef d’œuvre d’Hitchcock a de quoi effrayer, c’est sûr. Même si c’est Ben Wheatley qui s’y colle. Mais après tout, voyons le plutôt comme une autre adaptation du roman de Daphné du Maurier.

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  2. Je ne l’ai pas encore vu, mais je suis sceptique. Se frotter à Hitchcock, c’est compliqué, on souffre toujours de la comparaison. C’est d’ailleurs ce qui a poussé Van Sant à copier chaque plan de Psychose pour le remake. Et pour Rebecca, il y avait cette formidable interprétation de Joan Fontaine, qui est marquée dans ma mémoire au fer chaud.

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