[CRITIQUE] Une vie cachée

Temps de lecture :  2 minutes

Franz Jägerstätter, paysan, vit avec sa femme Fani et leurs trois filles à St Radegund, dans les montagnes autrichiennes. Alors que le régime nazi envahit l’Autriche en 1938, il refuse de prêter serment d’allégeance à Hitler.

Inspiré d’une histoire vraie, le nouveau film de Terrence Malick s’ouvre sur des montagnes. Les voix off de Franz (interprété par August Diehl) et de sa femme, Fanni (incarnée par Valerie Pachner, une véritable révélation), nous suivent tout le long du récit et nous invitent à partager l’amour inébranlable du couple malgré les difficultés et les sévices. La puissance des images et de la musique s’unissent dans un récit fort. Cela faisait depuis Tree of Life (2011) que la magie du cinéaste n’avait pas opéré avec tant de grâce. Alors que ses précédents films (Knight of Cups, 2015 ; Song to Song, 2017) sonnaient creux et tournaient en rond sur une idée fixe, il plonge sa caméra dans une histoire intense, empreinte d’humanité et d’abnégation. Nous retrouvons les leitmotivs, qui réussissent à nous toucher, du réalisateur américain : contre-plongées, grands paysages, musiques célestes, voix off, montage cut. La musique de James Newton Howard se marie avec volupté aux images de Malick et s’insère parfaitement avec les musiques classiques choisies. De plus, mêlé à ses plans grandioses, Terrence Malick utilise intelligemment des images d’archives pour rappeler à chacun l’adoration que suscitait Hitler chez le peuple et renforce la prise de position de Franz.

Une vie cachée raconte l’histoire d’un héros silencieux que l’Histoire a oublié, car il n’a pas fait de bruit et son malheur n’a aidé personne directement. Franz est ancré dans ses convictions. En refusant de prêter allégeance, il fait preuve d’une force d’esprit et de caractère presque héroïque. Certains diront que c’est de l’orgueil mal placé que de faire souffrir sa famille pour rien. Pour rien ? Vraiment ? À travers sa mise en scène majestueuse, le cinéaste délivre et porte, haut et fort, le courage d’un homme qui dans le silence a fait savoir qu’il n’était pas d’accord avec la politique et l’idéologie clamées par les nazis. Quand le juge qui le condamne à mort lui demande pourquoi, il répond simplement : « I have this feeling inside me I can’t do what I believe it’s wrong ». Et il s’y tient. Malgré la douleur, malgré la souffrance et peut-être un peu grâce à l’amour que sa femme lui donne. Elle non plus ne lâche pas et continue de vivre malgré tout. Cette force, rare, est glorifiée de la meilleure manière qui soit : avec l’art. Si Terrence Malick prend mille et un chemins, que certains pourront trouver vains, c’est pour mieux revenir à son propos. Les paysages qui entourent la ferme sont sublimes, mais surtout immuables. La montagne regarde les destins des femmes et des hommes avec indifférence. Elle leur donne le courage de continuer. Et c’est ce qu’il réussit à capter dans Une vie cachée. L’immuable, l’intangible. La force d’un homme contre tout un pays, contre tout un système. La force d’un homme que rien n’a fait changer d’avis ni douter. Ce sentiment au fond de lui qu’il ne pouvait pas croire en quelque chose de profondément mauvais.

Une vie cachée est un hymne, un hommage qui prend la forme d’un cantique. Mais même la religion ne peut sauver un homme seul contre tous. Est-ce sa foi ? Est-ce son honneur ? Est-ce de l’orgueil vraiment qui le fait tenir ? Chacun pourra trouver sa réponse dans cette œuvre. La seule et unique, Franz Jägerstätter l’a emporté dans la tombe avec lui. Aujourd’hui, nous pouvons admirer sa position et lui rendre hommage. Avec ce film, le cinéaste pose également la question à chacun : et vous, qu’auriez-vous fait ?

Marine Moutot

En bonus, la sublime musique du film est juste ici.


  • Une vie cachée
  • Réalisé par Terrence Malick
  • Avec August Diehl, Valerie Pachner, Maria Simon
  • Drame, Biopic, États-Unis, Allemagne, 2h53
  • 11 décembre 2019
  • Orange Studio Cinéma / UGC Distribution
  • Disponible sur Filmo TV, Canal VOD, UniversCiné et Orange

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

3 commentaires sur « [CRITIQUE] Une vie cachée »

  1. Magnifique texte pour ce film qui ne l’est pas moins. Il fut pour moi le plus beau vu cette année là, le plus fort. August Diehl est formidable dans ce film, dans ce rôle mystique, en total opposition à celui de l’agent sournois de la Gestapo qu’il interprétait dans « Inglourious Basterds ».

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour votre commentaire. Il s’agit effectivement d’un film magnifique qui fait aussi partie de mon top 2019. Le cinéaste a su utiliser son talent au service d’une histoire forte. On est obligé.e de vibrer et ressentir dans nos tripes ce combat. Concernant August Diehl, c’est un acteur que j’admire beaucoup et cela fait plaisir effectivement qu’il puisse avoir un rôle aussi beau.

      Aimé par 1 personne

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