[CRITIQUE] L’Extraordinaire Voyage de Marona

Temps de lecture : 3 minutes.

Marona est une petite chienne qui, à force de changer de maître, a vécu de nombreuses expériences. Alors qu’elle est victime d’un accident de voiture, elle se remémore ses vies passées aux côtés de trois humains très différents qu’elle a énormément aimés. 

En 2019, j’étais évidemment un peu déçue de ne pas voir mon coup de cœur L’Extraordinaire Voyage de Marona décrocher le Cristal du long-métrage à Annecy face au très beau J’ai perdu mon corps (2019) du talentueux Jérémy Clapin que j’avais pourtant beaucoup aimé – son portrait par ici. Mais il est de ces films dont on se souvient et qui mérite d’avoir une vie aussi riche que celle de sa protagoniste. Je ne doute donc pas qu’il continuera son petit bout de chemin et qu’il émerveillera de nombreux autres yeux.

Si personne n’a de meilleure idée, je prendrais bien un moment pour rembobiner le film de ma vie. J’ai entendu dire que c’est ce qu’on fait quand on meurt. On revoit le film de sa propre vie.” Ainsi s’ouvre L’Extraordinaire Voyage de Marona, dans le choc d’une mort imminente rapidement effacé par un apaisement communicatif qui nous emmène sur les chemins du passé et du bonheur de vivre. Présenté pour la première fois en compétition officielle du Festival international du film d’animation d’Annecy 2019, c’est une merveille d’animation. La présence du dessinateur de bande dessinée belge Evens Brecht à la création graphique est d’une telle évidence qu’on ne pourrait aujourd’hui l’imaginer autrement. Il a su insuffler le mouvement à son univers complexe et coloré (Les amateurs (2011), Les rigoles (2018)). Ce mouvement continu, tantôt fluide, tantôt perturbé, nous entraîne dans une danse infinie, au rythme du vivant. Au contact de Marona, un rien s’anime. La vie est partout, intense et magnifique. Et c’est d’une telle beauté ! Ce monde extraordinaire, si inventif et coloré nous hypnotise, guidé.e.s par la voix de la petite chienne, pour ne quitter ce rêve qu’une fois les lumières rallumées. Le mouvement vital incessant est dessiné dans toute son effervescence, enrichi par la diversité des techniques. Tantôt au feutre, tantôt au crayon, la 3D fait même ponctuellement irruption dans le dessin animé, avec des accents menaçants (faudrait-il y voir un message ?). 

Le récit, en accord parfait avec la créativité d’Evens, raconte la vie à travers les yeux d’une chienne. Marona est directement inspirée d’une petite chienne recueillie par la réalisatrice Anca Damian (Le Voyage de Monsieur Crulic (2011), La Montagne magique (2015)). Menant, presque involontairement, une véritable entreprise anthropologique, Marona dépicte le monde et les humains qui l’entourent avec son esprit vif et critique mais surtout avec une bonne dose d’humour. L’histoire, et surtout le foisonnement graphique, retranscrivent magnifiquement la sensibilité de l’animal. Les odeurs, les sons, les mouvements, tous les sens sont en éveil, toujours présents d’un bout à l’autre de l’image, enrichissant notre perception, nous faisant embrasser le point de vue du chien et nous prouvant que le monde est bien plus grand qu’on ne l’imagine. Avec sa voix off, le film complète le monologue humain adressé au chien, permettant l’échange et la compréhension. Là où elles auraient pu être trop didactiques voire gênantes, la douceur et la justesse de ces paroles canines, au langage si maîtrisé, créent une attachement infini, guidant le récit jusqu’à sa fin. Car c’est avec le cœur que parle Marona, elle qui voit le vrai, bien loin des considérations égoïstes et économiques des humains. Comme elle le dit si bien, “étrange créature que l’homme.” Recomposant les périodes de vie mais aussi les époques, Marona observe et évolue avec ses maîtres : Manole l’acrobate des années 1950 l’adopte tout bébé, Istvan le chef de chantier l’élève en 1980 alors qu’elle est une jeune chienne fougueuse et c’est la petite Solange qui la guide vers la maturité, aujourd’hui. 

Pour finir, il faut saluer l’exploit d’Anca Damian de rendre cette histoire si riche, mais aussi souvent si triste, accessible au jeune public. Car tout en évoquant le racisme, l’abandon, la maladie ou encore la mort, L’Extraordinaire Voyage de Marona donne aussi à voir l’amour et les joies du quotidien. C’est une véritable réflexion sur la vie à travers le regard d’une petite chienne. En découvrant la cruauté et la stupidité humaines, Marona apprend aussi le bonheur. L’émerveillement canin est communicatif, sublimé par une magnifique bande-son et un travail très abouti sur le hors-champ. Nous revenons à la surface, riches de ces émotions. Le secret de cette communication ? La générosité sans fard et sans faille de Marona, partageant sans la moindre hésitation chaque instant de sa vie, avec beaucoup de positivité. La tristesse infinie est effacée par cette poésie simple de la vie qui peut tout faire accepter. Beau, touchant et intense, L’Extraordinaire Voyage de Marona est une invitation au voyage dans laquelle les émotions jaillissent en osmose avec les traits d’Evens pour former un monde en recomposition constante.

Alors n’hésitez pas à découvrir cette magnifique leçon d’amour, pour les petits comme pour les grands : regardez-la, revoyez-la et partagez-la.

Manon Koken

L’Extraordinaire Voyage de Marona
Réalisé par Anca Damian
Avec les voix de Shyrelle Mai Yvart, Maïra Schmitt, Lizzie Bocheré
Animation, Drame, Roumanie, France, Belgique, 1h32
8 janvier 2020
Disponible sur OCS, UniversCiné, Filmo TV, Orange VOD, Canal VOD
A partir de 7 ans

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

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