[CRITIQUE] Antoinette dans les Cévennes

Temps de lecture : 4 minutes.

Des mois qu’Antoinette attend l’été et la promesse d’une semaine en amoureux avec son amant, Vladimir. Alors quand celui-ci annule leurs vacances pour partir marcher dans les Cévennes avec sa femme et sa fille, Antoinette ne réfléchit pas longtemps : elle part sur ses traces ! Mais à son arrivée, point de Vladimir – seulement Patrick, un âne récalcitrant qui va l’accompagner dans son singulier périple…

Ne vous attendez pas à entendre beaucoup de dialogues dans le dernier long métrage de Caroline Vignal (Les Autres filles, 2000). Mais vous n’allez pas vous ennuyer pour autant. Le film suit Antoinette (jouée par Laure Calamy) lors de sa randonnée qu’elle fait seule sur le chemin de Stevenson. Certes, ne comptez pas sur ce film pour relever de bonnes répliques de répartie car la plupart du scénario est basé sur des monologues admirablement bien interprétés par l’actrice principale. Laure Calamy (Dix pour cent 2015-2020 ; Seules les bêtes, 2019), de plus en plus présente dans le paysage cinématographique français, porte plus de la moitié des répliques du film comme Patrick porte le barda d’Antoinette. Patrick ? C’est l’autre personnage principal de cette histoire originale. 

Il est tout à fait acceptable de décrire Antoinette dans les Cévennes comme étant une histoire d’amitié voire d’amour – un buddy movie teinté de romantisme. Entre amis, on se soutient, on protège l’autre et on fait tout pour le porter le plus loin possible. Aussi abstrait que cela puisse paraître, c’est le cas d’Antoinette et de son âne, Patrick. Même si les insinuations ne sont pas très subtiles dans la mise en scène, il est plaisant de voir une comédie romantique réinventée ! Le film reprend donc les codes de ce genre cinématographique : les deux protagonistes ne se supportent pas et puis au fur et à mesure des épreuves, ils vont se rapprocher et se rendre compte qu’ils s’apportent beaucoup. Qui a dit qu’on ne pouvait pas répondre aux codes tout en les bousculant un peu ? Tantôt vaudeville, tantôt film romantique, l’équilibre est très bien trouvé et permet d’avoir une dynamique agréable et fluide.

Antoinette fait cette randonnée en espérant retrouver l’homme qu’elle aime – homme avec femme et enfant. Rien ne va se passer comme elle l’avait prévu. La protagoniste se lance dans une quête pour tomber sur Vladimir alors qu’en réalité, elle va tomber nez à nez avec elle-même et découvrir qui elle est vraiment. La réalisatrice a su développer la notion de chagrin d’amour à travers des étapes de randonnée. Chaque palier du deuil amoureux est représenté par une nouvelle journée de marche. Une vraie thérapie pour Antoinette. Par exemple, un jour, Patrick refuse d’avancer donc Antoinette ne peut pas avancer non plus. La seule raison qui va motiver l’âne à continuer le chemin, c’est qu’Antoinette lui parle, qu’elle mette des mots sur ce qu’elle ressent à voix haute – ce qui va permettre aux deux personnages d’aller de l’avant. Ces métaphores sont présentes en toile de fond pendant l’intégralité du film. C’est pour cela qu’il est possible de le résumer comme ceci : Antoinette ne sait pas quoi faire, elle est perdue et se lance dans une aventure qu’elle n’est pas sûre de réussir. Son objectif est clair et pourtant elle ne sait pas par où commencer. Elle se fait aider tout au long de son chemin et malgré plusieurs épreuves comme des entorses, des sorties de route ou encore des rencontres inattendues, Antoinette va atteindre son but. Il est vrai qu’en précisant que l’aide provient d’un équidé, que l’épreuve inattendue est de passer la nuit seule en forêt et qu’Antoinette a fait une centaine de kilomètres à pied, on a tous les ingrédients d’une comédie réussie. 

De plus, toute cette histoire est portée par d’excellents comédiens. Outre la pétillante Laure Calamy, nommée dans la catégorie Meilleure Actrice aux César 2021, on retrouve Benjamin Lavernhe de la Comédie-Française (Le Sens de la fête, 2017 ; Mon Inconnue, 2019) dans le rôle de l’amant délicieusement tête à claques, que Patrick déteste, évidemment. 

Au-delà des symboles et des métaphores, le film offre une bouffée d’air frais avec des paysages sublimes du Massif Central. Le chemin qu’empruntent les personnages n’a pas été choisi au hasard. Il s’agit du GR70 qui relie Le Monastier-sur-Gazeille (Haute-Loire) à Saint-Jean-du-Gard. En 1878, l’auteur écossais Robert Louis Stevenson fit cette randonnée afin de se remettre d’un chagrin d’amour. Suite à cette aventure, il écrivit un livre : Voyage avec un âne dans les Cévennes qui est d’ailleurs évoqué dans le film.

Le talent de Laure Calamy est magnifié et elle est filmée d’une manière intime qui permet aux spectateurs de deviner ce qu’elle pense et ce qu’elle ressent tout au long du film. Ce deuxième long métrage de Caroline Vignal est nommé dans six catégories aux César 2021, dont celle du Meilleur Film. Alors, suivez les aventures d’Antoinette dans les Cévennes car l’important, ce n’est pas le but, c’est le chemin !

Déborah Mattana

Antoinette dans les Cévennes
Réalisé par Caroline Vignal
Avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe de la Comédie-Française, Olivia Côte
Comédie, France, 1h35
16 septembre 2021
Disponible à la location sur iTunes, myCanal

Publié par Phantasmagory

Cinéma - Série - VR

4 commentaires sur « [CRITIQUE] Antoinette dans les Cévennes »

  1. Un joli film c’est vrai, très rafraîchissant, amusant et dépaysant, mais qui ne pas spécialement convaincu dans sa partie finale.
    Il aura tout de même permis à Laure Calamy de s’exposer davantage dans le paysage du cinéma français. Je la vois bien récolter un Cesar pour ce rôle.

    Aimé par 1 personne

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